Fes­ti­val de Cannes:

Le Li­ban à l’hon­neur

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Sa­me­di 19 mai, les ca­siers ont été vi­dés, les mi­cros en­le­vés, plus per­sonne de­vant les or­di­na­teurs de la salle de presse. C’est la der­nière de­mi- heure avant que le ri­deau ne se ferme sur ce 71e Fes­ti­val de Cannes. Le pa­lais du Fes­ti­val est dé­sert. On voit juste quelques per­sonnes qui dé­am­bulent ici et là. Et dire que ce pa­lais, il y a juste trois heures grouillait en­core de monde. On y aper­ce­vait des files d’at­tente de­vant les dif­fé­rentes salles de pro­jec­tion ain­si que de mul­tiples jour­na­listes de­vant la salle de con­fé­rence de presse en at­tente de la cé­ré­mo­nie de clô­ture et des confé­rences de presse du ju­ry ain­si que des lau­réats. Avant de sor­tir du pa­lais, en bu­vant un der­nier ca­fé, je re­pen­sais à ma joie d’être re­ve­nue en­core cette an­née ne se­rait- ce que pour ce pal­ma­rès qui a vu une Li­ba­naise ga­gner le prix du ju­ry du Fes­ti­val. Même si, comme l’a sou­li­gnée Na­dine La­ba­ki lors de sa con­fé­rence de presse, j’étais, comme elle, par­ta­gée entre la joie de ce prix et le ma­laise face au thème trai­té dans son « Ca­phar­naüm » . En fait, tout le monde me de­man­dait ce qu’al­lait faire Zain, cet en­fant sur le­quel re­pose presque tout le film, une fois re­tour­né au Li­ban.

Li­ban, Ita­lie, Ja­pon ou la re­vanche de l’en­fance?

En réa­li­té, tout comme la réa­li­sa­trice qui a re­çu aus­si le prix du ju­ry oe­cu­mé­nique pour son film, je ne sa­vais que ré­pondre. Mais, en mon for in­té­rieur, je pen­sais que, peut- être un jour, il de­vien­dra un ac­teur pri­mé à Cannes, comme Mar­cel­lo Fonte, l’ac­teur ita­lien qui a re­çu le prix d’in­ter­pré­ta­tion mas­cu­line pour le film Dog­man de Mat­teo Gar­rone. Lors de la con­fé­rence de presse, ce der­nier est re­ve­nu sur ce qu’il avait dit alors qu’il re­ce­vait son prix des mains de Ro­ber­to Be­ni­gni: « Je suis très content de re­ce­voir ces ap­plau­dis­se­ments qui me rap­pellent mon en­fance quand j’en­ten­dais la pluie tom­ber sur les lu­mières de notre mai­son en tôle et que j’ima­gi­nais dé­jà alors être des ap­plau­dis­se­ments » . Il a pré­ci­sé que son père avait du mal à joindre les deux bouts pour les nour­rir et qu’il s’ar­ran­geait pour leur as­su­rer un peu de pain. Il a ajou­té que ce­lui- ci se­rait bien content de sa­voir que mal­gré son phy­sique, il était de­ve­nu ac­teur et qu’il avait dé­jà joué dans quelques films dont le pre­mier d’Alice Rohr­wa­cher. A no­ter que cette der­nière a ob­te­nu le meilleur prix du scé­na­rio pour Laz­za­ro Fe­lice, un autre film ita­lien en com­pé­ti­tion. Je pen­sais que Zain, le pe­tit hé­ros de Na­dine La­ba­ki, pou­vait aus­si de­ve­nir un réa­li­sa­teur comme le Ja­po­nais Kore- Eda Hi­ro­ka­zu qui, tout au long de sa car­rière a ac­cu­mu­lé les films et les prix jus­qu’à ob­te­nir cette an­née, la Palme d’Or pour son film, une Af­faire de Fa­mille, des mains de Cate Blan­chett, la pré­si­dente du ju­ry, qui, soit dit en pas­sant se­lon un confrère, avait mis un ki­mo­no pour la cir­cons­tance. Pour en re­ve­nir à Kore- Eda qui, dans son film parle aus­si d’une cer­taine fa­çon, d’en­fants qui s’ar­rangent comme ils peuvent pour « sa­tis­faire » leurs fa­milles. Il nous a ra­con­té du­rant la con­fé­rence de presse que lors­qu’il était ga­min, il vi­vait dans un pe­tit ap­par­te­ment et que de son pla­card, il ob­ser­vait ce qui se pas­sait... Tout en des­cen­dant les marches du troi­sième étage vers la sor­tie, je re­pen­sais aus­si aux deux films que j’avais vus ce sa­me­di- là, jour de re­prise de tous les films en com­pé­ti­tion et qui ont été ré­com­pen­sés. J’étais un peu éton­née qu’on ait don­né le prix d’in­ter­pré­ta­tion fé­mi­nine à Sa­mal Yes­lya­mo­va, l’ac­trice prin­ci­pale d’Ay­ka, ce film du Ka­za­khs­tan qui ra­conte l’his­toire d’une jeune femme Ka­za­khe, ré­fu­giée en Rus­sie, sans pa­pier, qui vient d’ac­cou­cher. Mais j’ai com­pris par la suite que ce film avant qu’il soit ter­mi­né a pris des an­nées et que l’ac­trice fi­dèle au réa­li­sa­teur a pa­tiem­ment at­ten­du qu’on ar­rive au but et que rien que pour ça elle était heu­reuse. Par contre, j’étais très contente que Spike Lee avec Bla­ckkk­lans­man re­çoive le grand prix du Fes­ti­val. J’ai ado­ré ce film à l’his­toire vraie ins­pi­ré d’un po­li­cier noir in­fil­tré dans le Ku Klux Klan lo­cal de Co­lo­ra­do Springs. Film plein de sus­pense et d’hu­mour comme tous les autres films du réa­li­sa­teur dont je suis fan.

Star Wars, Grease et… Ver­ti­go sur la Croi­sette

Il est mi­nuit et me voi­là fi­na­le­ment sor­tie du pa­lais. Je jette un coup d’oeil sur le ta­pis rouge qui a vu Sting chan­ter et faire dan­ser tous les lau­réats, les membres du ju­ry, les or­ga­ni­sa­teurs, le di­rec­teur ar­tis­tique, qui sou­riaient, se ser­raient les mains, contem­plaient leurs palmes avec joie. Je dé­cide alors de me pro­me­ner en cette belle soi­rée sur la Croi­sette, et je m’ar­rête de­vant l’écran du ci­né­ma de la plage. Là, j’ai re­vu mon bon­heur im­mense du 15 mai. L’après- mi­di, j’avais vu Di Qiu Zui Hou De Ye Wan du réa­li­sa­teur chi­nois BI GAN, en com­pé­ti­tion dans la sec­tion Un Cer­tain Re­gard. Mu­nie de lu­nettes 3D, je suis ren­trée en salle et là on nous a dit de les mettre quand le hé­ros le fe­ra. En ef­fet, c’était l’his­toire d’un homme qui re­vient dans son pays na­tal à la re­cherche de la femme qu’il ai­mait, al­lant jus­qu’à por­ter ces lu­nettes en rê­vant cette ren­contre. Le soir de ce 15 mai, donc, en­rou­lée sous une cou­ver­ture, as­sise sur une chaise longue sur le sable, je re­gar­dais Ver­ti­go de Hit­ch­cock lorsque sou­dain l’écran s’éteint et d’une ma­nière ful­gu­rante de la mer s’in­vite Star Wars avec sa mu­sique et son feu d’ar­ti­fice ma­gni­fique. C’est vrai ce jour- là sur le ta­pis rouge, Ron Ho­ward avait dé­bar­qué avec So­lo: A Star Wars Sto­ry. A ce mo­ment- là en bonne fes­ti­va­lière, j’ai vou­lu par­ta­ger cet ins­tant sur ma page Fa­ce­book mais j’ai ap­pris à mes dé­pens que je ne pou­vais pas dif­fu­ser toute la mu­sique. Tout ce­la pour un pro­blème de droits. Rien ne pou­vait ce­pen­dant en­ta­mer ma joie et le 16 mai, au ma­tin, re­gar­dant le ciel nua­geux, je me de­man­dais si le dé­jeu­ner of­fert par le maire aux membres du ju­ry ain­si qu’aux jour­na­listes au Su­quet au­ra lieu ou se­ra an­nu­lé à cause du temps. Mais, à 13 heures, le ciel se dé­gage, le so­leil brille et nous voi­là tous, sur les hau­teurs de Cannes à par­ta­ger l’aïo­li et à boire. Je ne sais pour­quoi, mais, pour moi, le ro­sé bu là, a un autre goût. Je des­cends, un peu émé­chée des hau­teurs et me pré­ci­pite vers la salle Buñuel à l’in­té­rieur du pa­lais, pour ren­con­trer John Tra­vol­ta. At­tendre plus d’une heure pour re­trou­ver un ac­teur qui a fait de bons films, a eu une car­rière ex­cep­tion­nelle et qui, sur­prise, ac­cepte de ré­pondre à toutes les ques­tions du­rant en­vi­ron trois heures, vaut la peine. Cette an­née le Fes­ti­val a dé­ci­dé de ne plus pro­po­ser une seule « mas­ter­class » mais quatre ren­dez- vous avec dif­fé­rents pro­fes­sion­nels du ci­né­ma. Si j’ai ra­té les ren­contres avec les deux réa­li­sa­teurs Ryan Coo­gler et Ch­ris­to­pher No­lan, je ne pou­vais man­quer ce­lui avec Tra­vol­ta. D’au­tant plus que le soir on cé­lé­brait les 40 ans de Grease en le pro­je­tant sur l’écran de la plage en pré­sence de Dan­ny lui- même qui en com­pa­gnie du pu­blic a swin­gué. Pour en re­ve­nir à cet après- mi­di mé­mo­rable, Tra­vol­ta nous a pré­sen­té sa fa­mille: son épouse, sa fille, sa soeur... Il a mis en va­leur les ta­lents de cha­cun, évo­qué sa ma­nière de jouer, de se pré­pa­rer pour ses rôles, de sa col­la­bo­ra­tion avec les réa­li­sa­teurs, sou­li­gnant que jouer dans une sé­rie té­lé ou au ci­né­ma c’est pa­reil pour lui. Il a évo­qué le pre­mier film « ita­lien » qui lui a don­né en­vie de de­ve­nir ac­teur. Sur­tout, il a ré­pon­du avec beau­coup d’hu­mour aux étu­diants des dif­fé­rentes écoles de ci­né­ma. Une qui se pro­po­sait comme ac­trice dans un de ses films, un qui vou­lait lui pro­po­ser un rôle dans un film qu’il réa­li­se­rait et en­fin un échange amu­sant avec une fille que les pa­rents ont ap­pe­lée San­dy comme Oli­via New­ton John dans Grease...

Re­gards sur le Bré­sil, la France et le Ka­za­khs­tan

Vers la fin de la jour­née de ce mer­cre­di j’ai dé­ci­dé de voya­ger au Bré­sil avec un couple de réa­li­sa­teurs com­pa­gnons dans la vie. Lui s’ap­pelle João Sa­la­vi­za. Elle, s’ap­pelle Re­née Na­der Mes­so­ra et avec leur film, Chu­va E Can­to­ria Na Al­deia Dos Mor­tos, ils ont ob­te­nu le prix du ju­ry d’Un Cer­tain Re­gard, pré­si­dé par Be­ni­cio Del To­ro. Ren­contre ma­gni­fique au nord du Bré­sil, à Pe­dra Bran­ca, avec la com­mu­nau­té in­di­gène Kra­hô, et ses ri­tuels. Très beaux pay­sages et belles pho­tos... Ce n’est pas fa­cile quand on est in­di­gène de s’en­fuir pour al­ler vivre en zone ur­baine. Le jeu­di 17 mai, je vais dans la salle Ba­zin et là je me dé­cide à voir La Tra­ver­sée des Fran­çais Ro­main Gou­pil et Da­ny Cohn- Ben­dit. Je m’at­ten­dais à un road- mo­vie clas­sique. J’avais ou­blié que c’étaient des ex de 68 et lors de ce voyage, ils nous montrent les es­poirs, les pro­blèmes et les réus­sites des Fran­çais. Le plus éton­nant et amu­sant c’est leur ren­contre avec le pré­sident Ma­cron, une vraie sur­prise. Le soir, je re­çois comme un coup de poing Ca­phar­naüm le film de Na­dine La­bakl. J’en­tends à cô­té de moi les gens pleu­rer et moi je ne sais où me ca­cher. Le soir, je me console un peu avec la poé­sie d’un film du Ka­za­khs­tan dont le titre en fran­çais est La Tendre In­dif­fé­rence du Monde. L’his­toire de cette jeune femme qui vit dans son monde fait de poé­sie et d’élé­gance loin de sa réa­li­té sor­dide de­vrait être triste. Mais la pho­to­gra­phie très belle adou­cit le tout. Bra­vo au réa­li­sa­teur Adil­khan Yerz­ha­nov.

Ga­ry Old­man, Va­nes­sa Pa­ra­dis...

Heu­reu­se­ment, ven­dre­di, le jour est en­so­leillé. Je me dé­pêche au Pa­lais pour la con­fé­rence de presse de Va­nes­sa Pa­ra­dis, à la­quelle je vou­lais as­sis­ter par cu­rio­si­té. Etant ar­ri­vée un peu en re­tard, on ne me laisse pas en­trer. Que m’im­porte. Je la re­garde par­ler sur l’écran de la salle de presse qui se trouve à cô­té. Je me rends compte que c’est sans doute l’une des rares ac­trices qui n’a pas eu re­cours au bis­tou­ri et qui ac­cepte ses im­per­fec­tions. Je lui prends quelques pho­tos pen­dant sa pause « ci­ga­rette » . Puis je rentre à la con­fé­rence de presse du film li­ba­nais en com­pa­gnie de Na­dine La­ba­ki, Yor­da­nos Shi­fe­ra, Zain Al­ra­feea, Kha­led Mou­za­nar... A la fin de la con­fé­rence je cours de­vant la salle Buñuel pour at­tendre Ga­ry Old­man. Evi­dem­ment je ne suis pas la seule. Mais au bout de deux heures, nous re­trou­vons l’ac­teur bri­tan­nique os­ca­ri­sé pour son rôle de Winston Chur­chill. Beau­coup d’hu­mour an­glais et de sé­rieux. Du­rant ce ren­dez- vous on ap­prend que de sa fil­mo­gra­phie, il aime re­gar­der sur­tout JFK d’Oli­ver Stone, film dans le­quel il a joué le rôle d’Os­wald, l’as­sas­sin du pré­sident. Il parle du tour­nage, de la li­ber­té don­née par le réa­li­sa­teur. Il avoue que le film qu’il aime le moins est Dra­cu­la. Il ex­plique aux élèves com­ment il tra­vaille sa voix, évoque la dif­fé­rence entre la pré­pa­ra­tion des ac­teurs en An­gle­terre et aux Etats- Unis, la dif­fé­rence entre jouer au théâtre et au ci­né­ma... Une belle le­çon de ci­né­ma par un grand ac­teur. Mon seul re­gret pour ce 71e Fes­ti­val de Cannes c’est de n’avoir pas pu as­sis­ter, de près, à la mon­tée des marches de Pe­ne­lope Cruz et Ja­vier Bar­dem, un couple d’ac­teurs que j’aime bien. Mais ce n’est que par­tie re­mise, je suis sûre.

Le ju­ry, pré­si­dé par Cate Blan­chett, à la cé­ré­mo­nie d’ou­ver­ture. Ava Du­ver­nay est pa­rée de bi­joux Mes­si­ka.

Na­dine La­ba­ki, en robe Elie Saab et bi­joux Cho­pard, ac­com­pa­gnée par Zain Al Ra­feea.

El­sa Hosk en Al­ber­ta Fer­ret­ti.

Ca­mi­la Coel­ho en Mes­si­ka.

Le di­rec­teur Hi­ro­ka­zu Ko­ree­da re­ce­vant le prix Palme d’Or pour « Sho­plif­ters » .

Cate Blan­chett en bi­joux Cho­pard.

Iri­na Shayk en Sal­va­tore Fer­ra­ga­mo.

Nieves Al­va­rez en Al­ber­ta Fer­ret­ti.

Cé­li­na Jade en Dior.

Emi­lia Clarke en Dior à la pre­mière de « So­lo: A Star Wars Sto­ry » .

Ju­lianne Moore en Gi­ven­chy Haute Cou­ture.

He­len Mir­ren en Elie Saab.

Nicolas Mau­ry, Va­nes­sa Pa­ra­dis en Cha­nel, Yann Go­na­za­lez et Kate Mo­ran en Cha­nel, à la pro­jec­tion du film « Un Cou­teau dans le Coeur » .

Pe­ne­lope Cruz en Cha­nel.

Kris­ten Ste­wart en Cha­nel.

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