Ihab Sha­wi:

« La chan­son, c’est la joie de vivre »

Prestige (Lebanon) - - Contents - Pro­pos re­cueillis par Mi­reille Bri­di Boua Bjian

« Je sou­haite en­re­gis­trer un al­bum qui res­te­rait dans l’his­toire » . ...............................................

Ihab Sha­wi n’est pas un nou­veau ve­nu dans la sphère mu­si­cale. Le jeune ar­tiste égyp­to- li­ba­nais a plu­sieurs cordes à son arc. Chan­teur plu­ri­lingue, di­rec­teur mu­si­cal, ac­teur et ar­tiste VO, son po­ten­tiel pro­met­teur est à dé­cou­vrir. Pré­sent au Li­ban pour la Fête na­tio­nale de l’Egypte, Ihab Sha­wi a bien vou­lu prê­ter sa voix au ques­tion­naire de Pres­tige.

Vous étiez au Li­ban pour cé­lé­brer la Fête na­tio­nale égyp­tienne. Quelles sont vos im­pres­sions en tant qu’ar­tiste égyp­to­li­ba­nais? Mes im­pres­sions sont un amal­game de sur­prise et de joie à la fois. Ce soir- là, en chan­tant de­vant un mil­lier de per­sonnes, dont la ma­jo­ri­té était li­ba­naise, j’ai été vrai­ment sur­pris de l’in­ter­ac­tion des in­vi­tés qui in­ter­pré­taient avec moi des chan­sons du ré­per­toire arabe de Ab­del Ha­lim Ha­fez, Cha­dia, et autres di­vas des an­nées 60 et 70. C’était une très belle sur­prise pour moi. Par contre, je n’ai pas du tout été éton­né en les voyant re­prendre les chan­sons ol­dies que j’in­ter­pré­tais en fran­çais, en an­glais, en ita­lien et en es­pa­gnol, vu l’in­té­rêt évident des Li­ba­nais pour toutes les cul­tures. J’ai éga­le­ment res­sen­ti une grande joie de­vant ce lot d’ami­tié et d’ap­pré­cia­tion mu­tuelles que les Li­ba­nais avaient pour l’Egypte et vice- ver­sa. Chan­ter au Li­ban, qui est mon se­cond pays, est un im­mense plai­sir pour moi, et j’es­père le faire plus fré­quem­ment.

Com­ment êtes- vous ve­nu au monde de la mu­sique et de la chan­son? L’his­toire a com­men­cé au Li­ban, sur les bancs du col­lège des Frères à Beit Mé­ry. J’avais cinq ans en classe de 12e et une en­vie in­las­sable de chan­ter, au point que les pro­fes­seurs di­saient à mes pa­rents qu’un beau jour, je se­rai cer­tai­ne­ment un ar­tiste doué. En 1975, nous nous sommes ins­tal­lés au Caire où mes pa­rents en­ga­geaient des pro­fes­seurs de mu­sique pour m’en­cou­ra­ger à culti­ver ce ta­lent. Ain­si à 15 ans, j’ai réus­si à for­mer mon pre­mier groupe mu­si­cal, ama­teur et mixte, avec des amis de l’école. Le Centre cultu­rel fran­çais d’Egypte or­ga­ni­sait éga­le­ment des concours de chant aux­quels je par­ti­ci­pais. Par la suite, j’ai fait une spé­cia­li­sa­tion de quatre ans dans la mise en scène théâ­trale à l’Uni­ver­si­té amé­ri­caine du Caire, et je pro­fi­tais des fêtes or­ga­ni­sées pour chan­ter en so­lo. Ma car­rière de chan­teur a pris son élan dans les pia­nos­bars à Hé­lio­po­lis, au Caire, ain­si qu’à la Ra­dio égyp­tienne où j’in­ter­pré­tais les chan­sons arabes ori­gi­nales pro­duites par la Ra­dio.

Vous maî­tri­sez plu­sieurs styles mu­si­caux... A mes dé­buts, j’étais fas­ci­né par la mu­sique oc­ci­den­tale pop et clas­sique. Tou­te­fois, ayant gran­di au Caire, il était pri­mor­dial de chan­ter en arabe. Il est vrai que les styles sont dif­fé­rents mais cha­cun a son goût. J’aime bien et ap­pré­cie les deux à la fois. Bien qu’il soit dif­fi­cile d’al­lier clas­sique et mo­derne, je penche plu­tôt du cô­té des chan­teurs à l’image de Amr Diab, Mo­ha­med Mou­nir et autres qui ont fait leur che­min. En re­vanche le style égyp­tien « Meh­ra­ja­nate » qui est trop bruyant, ne m’in­té­resse pas.

Vous êtes chan­teur mais aus­si di­rec­teur mu­si­cal, ac­teur

et ar­tiste VO. Par­lez- nous- en… En 1997, j’ai com­men­cé à faire avec Dis­ney, à par­tir du Caire, le dou­blage de films et feuille­tons, de l’an­glais à l’arabe, à l’ins­tar de « La pe­tite si­rène » , « Ala­din » et tout ré­cem­ment du fa­meux « Co­co » , dé­diés aux en­fants du monde arabe. Le Voice Over consiste à jouer avec la voix pour le dou­blage des des­sins ani­més ou feuille­tons. En tant que di­rec­teur mu­si­cal, je pro­cède moi- même au dou­blage en arabe des per­son­nages qui jouent en an­glais, ou en­core j’en­traîne les ac­teurs à le faire en tra­dui­sant les mêmes sen­ti­ments tout en gar­dant l’es­prit orien­tal proche de la ver­sion ori­gi­nale.

L’in­ter­pré­ta­tion des « ol­dies » a contri­bué à votre suc­cès.

Quel style vous tient le plus à coeur? Le style « ol­dies » évi­dem­ment, car ces chan­sons sont im­mor­telles même si elles sont re­prises ou re­mixées. Elles ont pris du temps pour être écrites et com­po­sées, elles n’ont pas été bâ­clées, elles ne meurent ja­mais.

Vous vous êtes pro­duit en Egypte et à l’étran­ger… Chan­ter et jouer en pu­blic est fan­tas­tique, su­blime. En Egypte, j’ai joué tout ré­cem­ment deux co­mé­dies mu­si­cales et j’es­père bien réa­li­ser la troi­sième l’an­née pro­chaine. Les concerts ont lieu dans des théâtres pri­vés si­tués dans les quar­tiers de Tag­gam­moe ou au Must Ope­ra House du 6 Oc­tobre. Der­niè­re­ment je me suis pro­duit au Centre cultu­rel égyp­tien à Londres de­vant un large pu­blic du monde arabe. L’an­née der­nière, c’était le tour d’Athènes, en Grèce...

Quel sou­ve­nir le plus mar­quant gar­dez- vous et que vous ai­me­riez évo­quer? Trois évé­ne­ments sont par­ti­cu­liè­re­ment mé­mo­rables. Tou­te­fois, le sou­ve­nir le plus mar­quant est ce­lui de l’énorme suc­cès rem­por­té par la co­mé­die mu­si­cale « Lei­la » que j’ai réa­li­sée l’an­née der­nière. Vous sa­vez, dans les an­nées 40 et 50, les co­mé­dies mu­si­cales bat­taient leur plein en Egypte, et « Lei­la » est ve­nue rap­pe­ler cette belle époque. Jouée dans deux théâtres, à Fes­ti­val Ci­ty et au 6 Oc­tobre, la co­mé­die a ren­con­tré un grand suc­cès au­près du pu­blic dont l’âge va­riait entre 15 et 60 ans. Le charme de cette pièce, qui se dé­roule dans une ville cô­tière im­pré­gnée de l’es­prit mé­di­ter­ra­néen, évoque le sem­pi­ter­nel conflit entre le bien et le mal, tel un conte de fées.

Es­ti­mez- vous avoir réa­li­sé votre rêve d’ar­tiste? Non, pas en­core. Je sou­haite en­re­gis­trer un al­bum ori­gi­nal qui res­te­rait dans l’his­toire. C’est mon pro­jet pré­vu pour 2019, in­chal­lah. Le chan­teur ou le groupe qui vous a le plus mar­qué… Deux per­sonnes m’ont le plus mar­qué. La di­va Oum Kal­thoum qui a consa­cré et don­né toute sa vie à l’art et à la chan­son. Rai­son pour la­quelle elle est de­ve­nue éter­nelle. Et Da­li­da, une chan­teuse ex­cep­tion­nelle qui n’a ja­mais ou­blié ses ra­cines à Shou­bra, au Caire. Elle avait tout pour être heu­reuse mais elle était mal­heu­reuse. Son his­toire tra­gique me rap­pelle l’im­por­tance d’être en­tou­ré de per­sonnes que nous ai­mons et qui nous aiment.

Ai­me­riez- vous chan­ter en duo? Oui! Avec la mer­veilleuse Ju­lia Bou­tros! Je pense que nos voix iraient bien en­semble dans une chan­son.

Si vous n’étiez pas chan­teur, vous se­riez… Pro­fes­seur d’école pri­maire. Ma pas­sion est d’es­sayer de rendre le monde meilleur même si c’est dans un cadre aus­si res­treint qu’une classe d’école.

Les qua­li­tés d’un bon mu­si­cien à votre avis? Etre ou­vert à tous les genres de mu­sique. Etre loyal, s’en­traî­ner chaque jour et ne ja­mais pen­ser avoir at­teint la per­fec­tion.

La chan­son pour vous, c’est… C’est la joie de vivre. La brise fraîche qui rend le monde agréable. C’est une forme d’ex­pres­sion qui nous fait ré­flé­chir aux dif­fé­rents su­jets im­por­tants de notre vie.

Ihab Sha­wi, dont les grands- pa­rents sont d’ori­gine li­ba­naise.

Ihab Sha­wi a te­nu à ve­nir au Li­ban pour ani­mer le cock­tail de la Fête na­tio­nale de l’Egypte.

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