Adieu, Riyad!

Prestige (Lebanon) - - Carnet Du Voyageur -

Et puis il a fal­lu tour­ner la page, fer­mer le livre, mettre un point fi­nal à une his­toire en sept cha­pitres. C’en était fi­ni de l’Ara­bie heu­reuse. Des pay­sages mo­no­tones, du dé­sert brû­lant, des éten­dues in­fi­nies de sable et de dunes, des tours hé­té­ro­clites qui fendent le ciel, de ce monde mo­no­chrome qui se dé­cline en noir et blanc. Fi­nis ces re­lents d’un Orient qui in­ter­pelle, fas­cine et sé­duit, ter­mi­née cette exis­tence confi­née sous une bulle en verre. Dans les li­mites d’un Quar­tier di­plo­ma­tique, ra­tis­sé comme une map­pe­monde. Fi­ni le ré­gi­ment de pal­miers au garde- à- vous comme au­tant de sol­dats, les ef­fluves des épices et des souks ba­rio­lés où le plus grand plai­sir est de mar­chan­der âpre­ment, le chant gut­tu­ral du muez­zin, l’in­ter­rup­tion exas­pé­rante des cinq prières, les longues jour­nées som­no­lentes et as­sou­pies du mois de Ra­ma­dan. Ter­mi­née cette proxi­mi­té avec toi Bey­routh, tes er­rances et tes fo­lies, ces al­lers- re­tours qui m’ont per­mis de te re­dé­cou­vrir et de m’at­ta­cher en­core plus à toi. Il est temps de le­ver les voiles et de par­tir vers cet ailleurs qui nous ap­pelle. Je rentre au Sud, au vent aus­tral, au pays du tan­go et du spleen, à cette pa­trie qu’ont faite sienne tant d’émi­grés avant moi. Mais j’em­porte le par­fum de cette Ara­bie heu­reuse que j’ai ef­feuillée pa­tiem­ment, at­ten­ti­ve­ment. J’ai sui­vi ses sou­bre­sauts, sa mu­ta­tion et ses chan­ge­ments. Je me suis des fois im­pa­tien­tée de son évo­lu­tion fri­leuse à pas d’es­car­got, de son at­ta­che­ment vis­cé­ral à ses tra­di­tions sé­cu­laires. J’ai ai­mé ses ha­bi­tants, leur cha­leu­reuse hos­pi­ta­li­té, leur gen­tillesse spon­ta­née. Que se­rait- ce un pays sans son peuple? Et les gens de Riyad sont l’es­prit et l’âme de leur ville. Ils sont son plus fi­dèle mi­roir. Et puis c’en était fi­ni de cette exis­tence à la li­sière du temps, en marge des cri­tères hâ­tifs du monde mo­derne.

Il a fal­lu tour­ner la page et dire adieu à Riyad, une ville qui est de­ve­nue un peu mienne et que je m’étais ap­pro­priée ins­tinc­ti­ve­ment. J’ai tou­jours ai­mé re­le­ver les dé­fis, et Riyad en était un avec sa pous­sière, son cli­mat et sa ré­pu­ta­tion mal ter­nie. Je me sou­vien­drai du vent sec et sa­blon­neux qui fai­sait lar­moyer les yeux et pi­co­ter la gorge, du crois­sant de lune dans le ciel blême, du jour qui bas­cu­lait dans la nuit sans crier gare, des bou­gain­vil­lées roses qui fleu­ris­saient dans la rue chauf­fée à blanc, des longues heures qui s’égre­naient comme la li­ta­nie d’un ro­saire. De ta so­li­tude, Riyad qui s’est cal­quée à la mienne. Oui je me sou­vien­drai, sur­tout de l’ami­tié qui s’ex­ha­lait comme les vo­lutes d’un ca­fé arabe, bien cor­sé.

L’Ara­bie saou­dite, un dé­sert brû­lant et des éten­dues in­fi­nies de sable et de dunes.

Sa­bine Far­ra de Cer­da.

Des tours hé­té­ro­clites fendent le ciel de la ca­pi­tale Riyad.

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