Ya­ra Bé­chir Saa­dé « L’art, c’est la vie »

Prestige (Lebanon) - - Interview - Pro­pos re­cueillis par MI­REILLE BRIDI BOUABJIAN

Entre art et ap­ti­tude, dou­ceur et ri­gueur, Ya­ra Bé­chir Saa­dé, di­rec­trice art & com­mu­ni­ca­tion du pro­jet Ouz­ville à Beyrouth, pré­sente des créa­tions pleines d’es­poir et de vie. En­thou­siaste, elle ex­prime ses sen­ti­ments avec exu­bé­rance... Son ex­po­si­tion de pho­tos « Port of Hope » à Ou­zai té­moigne d’une créa­ti­vi­té sans cesse re­nou­ve­lée. Comment Ya­ra l’ar­tiste se dé­fi­nit- elle? Ya­ra est une ar­tiste avant­gar­diste, hu­ma­niste, gé­né­reuse, pas­sion­née, ré­flé­chie, pleine de coeur, idéa­liste, avec beau­coup d’hu­mour et une grande sa­gesse. « Port of Hope » est le thème de votre ex­po­si­tion. Qu’est- ce qui vous a ins­pi­rée? L’ex­po­si­tion « Port of Hope » se trouve à Ou­zai, au­jourd’hui ap­pe­lé Ouz­ville, un quar­tier dans la ban­lieue de Beyrouth qui était très sale et sans es­poir. De­puis trois ans, une ini­tia­tive a été prise par Ayad Nas­ser qui a fi­nan­cé plus de vingt- cinq street ar­tistes in­ter­na­tio­naux et vingt autres li­ba­nais et les a in­vi­tés, à tra­vers la cu­ra­trice Vic­to­ria La­ty­she­va, à ve­nir faire des mu­railles à Ouz­ville. En même temps, il a édu­qué les ha­bi­tants d’Ou­zai au net­toyage et à la pro­pre­té, ce qui a ou­vert Ouz­ville au tou­risme et fa­vo­ri­sé l’éco­no­mie lo­cale étant don­né que le gou­ver­ne­ment ne s’oc­cupe pas de ces ré­gions, sur­tout après la crise des dé­chets au Li­ban. Ouz­ville est le pro­jet pi­lote, en­suite, nous irons au Ak­kar, à Tri­po­li, à Saï­da, à la Bé­kaa, et dans toutes les ré­gions mar­gi­na­li­sées du Li­ban et du Moyen- Orient. Ouz­ville est la preuve qu’à tra­vers l’Art, nous pou­vons tout sim­ple­ment chan­ger le monde puisque c’est une langue in­ter­na­tio­nale dont le mes­sage est la beau­té et la paix.

Quel sens at­tri­buez- vous au titre « Port of Hope? » Ouz­ville se trouve au bord de la mer, un port, un lieu d’échanges et de ren­contres... C’est aus­si la pre­mière ville qu’on aper­çoit en at­ter­ris­sant au Li­ban. Après trois ans d’énorme tra­vail ar­tis­tique et so­cial en­tre­pris par Ayad, Ou­zai est de­ve­nu une pla­te­forme d’op­por­tu­ni­tés pro­fes­sion­nelles. C’est là- bas que, grâce à l’art, j’ai re­trou­vé de l’es­poir pour le Li­ban. D’ailleurs, ma pre­mière mu­raille ( 100 mètres de lon­gueur sur 3 mètres de hau­teur) re­pré­sente un arc- en- ciel, j’ai été ai­dée par 60 vo­lon­taires. Mes pho­tos sont des cli­chés do­cu­men­taires et ar­tis­tiques, très co­lo­rées, avec des ondes hau­te­ment po­si­tives du mo­ment pré­sent. Elles sont vraies et rendent ma­gique, un mo­ment or­di­naire. « Port of Hope » , c’est une mé­ta­phore de la vie et l’amour re­trou­vés après une grande chute, sem­blable à l’his­toire d’Ouz­ville et sû­re­ment à cha­cun d’entre nous.

En quoi votre contri­bu­tion au pro­jet d’Ouz­ville a- t- elle fa­vo­ri­sé la créa­tion de l’ex­po? Ayad Nas­ser, fon­da­teur d’Ouz­ville, m’a beau­coup ins­pi­rée. Dès notre pre­mière ren­contre, j’ai tout de suite été at­ti­rée par ce pro­jet im­mense et donc je l’ai sui­vi dans tous ses mee­tings et confé­rences par­tout au Li­ban. En contri­buant à Ouz­ville, je do­cu­men­tais, par pho­to et vi­déo, notre par­cours quo­ti­dien qu’on pos­tait sur les ré­seaux so­ciaux d’Ouz­ville. Je par­ti­ci­pais aus­si, dans les cam­pus d’uni­ver­si­tés, aux ex­po­si­tions et confé­rences sur le dé­ve­lop­pe­ment so­cial et en­vi­ron­ne­men­tal du Li­ban, pour pré­sen­ter notre pro­jet. Je gère éga­le­ment la créa­tion de mu­railles dans les écoles pu­bliques.

Vos pho­tos sont gor­gées de cou­leurs et d’émo­tions. Que re­pré­sentent- elles? Elles re­pré­sentent la vie, les scènes de tous les jours, les gens, les im­meubles, la dou­leur, l’amour, l’es­poir, l’at­ta­che­ment, la fuite, le re­tour, le re­nou­veau, la re­nais­sance, le co­mique, les cos­tumes du quo­ti­dien...

La ré­tros­pec­tive que vous faites est aus­si res­pec­tueuse de l’en­vi­ron­ne­ment. Comment avez- vous pro­cé­dé? En ef­fet, les pho­tos sont im­pri­mées sur des tis­sus re­cy­clés et bor­dées par des dra­peaux de Ashou­ra. Les pho­tos se­ront en­suite cou­sues en sac ou autres ob­jets fonc­tio­nels, ou res­te­ront des pho­tos, au gré de l’ac­qué­reur. Avec Ayad Nas­ser et Pia Ab­boud, non seule­ment nous pei­gnons des quar­tiers, nous par­ti­ci­pons aus­si au net­toyage de plages et autres en­droits au Li­ban. Une fois ré­cu­pé­rés, le plas­tique, le mé­tal et le bois sont en­voyés au re­cy­clage, puis à nos work­shops pour en faire des ob­jets fonc­tion­nels et dé­co­ra­tifs que nous ex­po­se­rons bien­tôt. Ai­me­riez- vous ré­ité­rer une ex­pé­rience du genre? La­quelle? Mon tra­vail conti­nue avec Ouz­ville, je pré­pare ma mu­raille sous le thème: la femme, la terre, l’art, le monde, l’amour. En ce mo­ment, Ayad, Pia et moi tra­vaillons sur le vo­lon­ta­riat. Des étu­diants de l’école IC viennent à Ouz­ville peindre des murs, sous ma propre di­rec­tion et celle de leur pro­fes­seur d’art. En­suite je fil­me­rai un stop mo­tion pour mon­trer l’évo­lu­tion du tra­vail de 7 classes de 28 élèves et le chan­ge­ment pro­duit dans Ouz­ville, et sur­tout l’in­ter­ac­tion de tous les en­fants en­semble. Je dé­mé­nage, ces quelques jours, dans mon nou­veau stu­dio pour tra­vailler sur ma pro­chaine ex­po et col­la­bo­rer avec d’autres ar­tistes. Et je fe­rai bien­tôt une open house!

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