Me­nace 2.0

Fa­ce­book se­rait ci­té dans 66 di­vorces sur 200 aux Royaume-Uni. Aux Etats-Unis, un di­vorce sur cinq im­plique l’ap­pli­ca­tion au fond bleu. Le ré­seau social le plus po­pu­laire au monde se­rait-il le meilleur en­ne­mi de votre couple ?

Special Madame Figaro - - Lifestyle / Cuisine -

SSi vous n’avez pas de compte Fa­ce­book, vous faites dé­ci­dé­ment par­tie de la pe­tite mi­no­ri­té dé­con­nec­tée. Avec plus de deux mil­liards d’uti­li­sa­teurs ac­tifs par mois, Fa­ce­book est un ou­til qui a ré­vo­lu­tion­né la com­mu­ni­ca­tion… et la drague. Le ré­seau social le plus po­pu­laire au monde se­rait im­pli­qué dans 33% des di­vorces. C’est du moins ce que sup­pose une étude du ca­bi­net d’avo­cats bri­tan­nique Lake Le­gal. Une étude plus ré­cente pu­bliée dans le Jour­nal of Cy­ber­psy­cho­lo­gy and Be­ha­vior a ré­vé­lé que les per­sonnes qui uti­lisent Fa­ce­book plus d’une fois par heure sont plus sus­cep­tibles d’«éprou­ver des conflits liés à Fa­ce­book avec leurs par­te­naires».

«Plu­sieurs pa­tients consultent pour des pro­blèmes de couple liés à Fa­ce­book», avance le Dr Mi­chel Naw­fal, mé­de­cin psy­cho­thé­ra­peute. «Ac­cé­der aux comptes du par­te­naire est de plus en plus fa­cile au­jourd’hui avec les em­preintes di­gi­tales des Smart­phones et les mots de passes dé­co­dables.» ex­plique-t-il. «On dé­masque ain­si une tra­hi­son en fla­grant dé­lit. Un mes­sage en­voyé ou re­çu via Fa­ce­book peut alors pro­vo­quer une cas­sure dans la re­la­tion et ébran­ler la confiance au sein du couple.» En l’ab­sence de sta­tis­tiques fiables au Liban, plu­sieurs avo­cats contac­tés (qui ont pré­fé­ré gar­der l’ano­ny­mat par sou­ci d’éthique), as­surent que Fa­ce­book au­rait été men­tion­né dans plu­sieurs cas de di­vorce. Des mes­sages «in­ap­pro­priés» en­voyés à une per­sonne de sexe dif­fé­rent via Fa­ce­book se­raient poin­tés du doigt, mais éga­le­ment des «Likes» sus­pi­cieux ou des com­men­taires à ca­rac­tère flir­tant. Ces élé­ments di­gi­taux pour­raient même être des preuves four­nies au tri­bu­nal dans les cas de di­vorce. Si l’ap­pli­ca­tion n’est pas di­rec­te­ment une cause de di­vorce, elle offre certes les ou­tils qui ouvrent la voie de la tra­hi­son. Pour­quoi cer­taines per­sonnes se ré­fu­gient-elles au­près d’un par­fait in­con­nu ren­con­tré on­line? «On se cache der­rière Fa­ce­book pour dif­fé­rentes rai­sons», ex­plique le Dr Mi­chel Naw­fal. « Ceux qui souffrent d’an­xié­té so­ciale et de ti­mi­di­té trouvent le contact via ré­seaux so­ciaux li­bé­ra­teur dans la me­sure où il leur per­met de voi­ler leur per­tur­ba­tion et d’avoir ain­si plus confiance en soi ». L’ano­ny­mat as­so­cié au monde vir­tuel don­ne­rait aux uti­li­sa­teurs une sen­sa­tion de li­ber­té ab­sente des in­ter­ac­tions réelles. Les re­la­tions vir­tuelles de­viennent ain­si plus fa­ciles et ac­ces­sibles. «Fa­ce­book offre éga­le­ment l’oc­ca­sion de créer un faux compte et donc de s’in­ven­ter une iden­ti­té qui glo­ri­fie leur phy­sique et leur per­son­na­li­té. Les per­sonnes qui manquent d’es­time de soi se per­mettent alors de faire de nou­velles ren­contres qu’elles n’ose­raient pas faire dans la vie réelle. No­tons aus­si l’ob­ses­sion du fan­tasme de l’in­con­nu. Ren­con­trer un par­fait in­con­nu via Fa­ce­book est fa­cile et ne coûte qu’un clic », in­dique le Dr Naw­fal.

a un cLic de La tra­hi­Son

«Il ne suf­fit pas d’avoir de bonnes in­ten­tions», note Ja­son Kraf­sky, l’au­teur de Fa­ce­book and Your Mar­riage. Et d’as­su­rer que Fa­ce­book «met la ten­ta­tion sur le che­min de gens qui n’au­raient ja­mais ris­qué d’avoir une liai­son dans un mil­lion d’an­nées». Dans quelle me­sure le flirt vir­tuel est-il sy­no­nyme de tra­hi­son? «La concep­tion du terme de tra­hi­son est très re­la­tive et sub­jec­tive,» as­sure le Dr Naw­fal. «Tout com­por­te­ment non ap­prou­vé par le par­te­naire, qu’il soit ef­fec­tué sur Fa­ce­book ou dans d’autres cir­cons­tances, est signe de tra­hi­son dans l’ab­so­lu ». Ra­nia, 35 ans, en sait quelque chose. Cette ma­man et ar­chi­tecte qui a failli sa­cri­fier son ma­riage té­moigne. «Notre couple était dé­jà in­stable. Au fil des an­nées, nous nous sommes éloi­gnés, je me sen­tais de plus en plus so­li­taire, il ren­trait du tra­vail épui­sé, s’il n’était pas pris par son jeu de cartes entre potes, il ren­trait au lit. Je ne trou­vais rien d’autre à faire, je sur­fais sur le net. Fa­ce­book m’a per­mis de re­prendre contact avec mes ca­ma­rades de classe, mais aus­si avec des amis que j’avais per­du de vue. Quand on se sent seule, on a en­vie de par­ler et de li­bé­rer des émo­tions.» L’idylle n’a pas tar­dé à naître. La jeune femme commence à avoir des dis­cus­sions pro­fondes sur Fa­ce­book avec un an­cien ami d’en­fance. De confi­dences en confi­dences, l’in­fi­dé­li­té émo­tion­nelle s’est ins­tal­lée. «Nous avons fi­ni par ad­mettre que nous éprou­vions des sen­ti­ments forts l’un pour l’autre». Pour la jeune ma­man, il n’était sur­tout pas en­vi­sa­geable de les ex­plo­rer. «Pour lui comme pour moi, l’in­fi­dé­li­té était contraire à nos va­leurs». Ra­nia dé­cide de prendre de la dis­tance et désac­tive son compte Fa­ce­book. «Entre le ré­seau social et mon couple, le choix était évident», ad­met-elle.

Le cercLe vi­cieux deS «LikeS»

Ja­lou­sie et usage de Fa­ce­book sont dé­sor­mais in­dis­so­ciables. En ef­fet, chaque ac­ti­vi­té risque d’être mal in­ter­pré­tée et de gé­né­rer une dis­pute au sein du couple. Qui est ce nou­veau ami que tu viens d’ac­cep­ter? Ou en­core, pour­quoi ta col­lègue t’a ta­guée dans ce poste ? Pour­quoi tu viens de li­ker sa pho­to ? D’au­tant plus que les mé­dias so­ciaux per­mettent aux uti­li­sa­teurs de se re­con­nec­ter avec des amis, y com­pris les ex, ce qui pour­rait en­traî­ner une tra­hi­son émo­tion­nelle et même phy­sique. Si Fa­ce­book peut vite se ré­vé­ler être un cercle vi­cieux, à vous d’évi­ter d’ali­men­ter la pa­ra­noïa par l’in­dis­cré­tion. Si vous avez des rai­sons de croire que votre conjoint vous ment, par­lez-en avec lui au lieu d’épier son compte Fa­ce­book. Si votre couple est dé­jà fra­gi­li­sé, mé­fiez-vous des com­mu­ni­ca­tions sur Fa­ce­book, votre be­soin d’af­fec­tion ris­quant de vous en­gre­ner dans une re­la­tion ex­tra-conju­gale. Fa­ce­book a certes chan­gé la na­ture des re­la­tions hu­maines. Mé­fiez-vous des échanges in­no­cents et de votre pro­chain clic, les li­mites étant beau­coup plus fa­ci­le­ment fran­chis­sables der­rière un écran.

Newspapers in French

Newspapers from Lebanon

© PressReader. All rights reserved.