Ra­chel Weisz

En toutE sim­pli­ci­té

Special Madame Figaro - - Mag / Interview -

Ac­trice, réa­li­sa­trice et pro­duc­trice bri­tan­nique mul­ti­ré­com­pen­sée, RA­chel WeIsz est aus­si et sur­tout une femme ul­tra-se­crète. son der­nier film, The Mer­cy*, l’as­so­cie au réa­li­sa­teur os­ca­ri­sé James Marsh pour l’his­toire du na­vi­ga­teur bri­tan­nique Do­nald crow­hurst, dont la ten­ta­tive de na­vi­guer en so­li­taire à tra­vers le monde en 1968 s’est ter­mi­née en tra­gé­die. Au cô­té de co­lin Firth, qui joue le rôle de Do­nald, Weisz joue le rôle de sa fi­dèle épouse clare. Rencontre avec une an­ti-star.

Quelle était la rai­son prin­ci­pale de votre at­ti­rance en­vers cette oeuvre ? Était-ce James Marsh, le réa­li­sa­teur, ou l’his­toire de Do­nald Crow­hurst ?

Tout, tout. James en tant que réa­li­sa­teur. Co­lin jouait dé­jà Do­nald. Je ne connais­sais rien de l’his­toire au préa­lable, mais une fois avoir lu le scé­na­rio et conduit ma pe­tite en­quête, j’étais com­plè­te­ment fascinée. Il s’agis­sait donc de l’en­semble, de chaque élé­ment. J’es­ti­mais que Clare était un per­son­nage très in­té­res­sant et émou­vant.

Com­ment avez-vous vé­cu votre collaboration avec Co­lin Firth ?

Nous avons tous deux trouvé très fa­cile de tra­vailler en­semble. Je pense que nous avions une fa­çon as­sez si­mi­laire de tra­vailler. Nous fon­çons et agis­sons, es­sayons dif­fé­rentes choses et voyons com­ment ça se passe sans vrai­ment s’in­quié­ter !

Avez-vous une ex­pé­rience de na­vi­ga­tion vous-même?

Au­cune. Et moins j’en connais­sais, mieux c’était (pour le film), parce que Clare n’en sa­vait rien elle-même. En fait, il y a même une scène dans la­quelle nous fai­sons une sor­tie sur un ba­teau un week-end; le rôle de Clare avait été ce­lui d’un pas­sa­ger, mais elle n’a ja­mais été une na­vi­ga­trice.

Vous avez fil­mé à Tei­gn­mouth, lieu d’ori­gine de la fa­mille Crow­hurst. Com­ment ce­la s’est pas­sé ?

Nous y avons re­créé son dé­part. C’est la même je­tée, les mêmes mai­sons, le même front de mer. Il y avait des gens qui ve­naient re­gar­der, et ils étaient pré­sents en 68. C’était as­sez étrange. Il s’agit de la re­pro­duc­tion du même ba­teau. Je porte les vê­te­ments que Clare avait por­tés, comme le fou­lard vert. Pour James, il était très im­por­tant de re­créer les évè­ne­ments au mieux.

Est-ce utile pour vous d’être en­tou­rée par au­tant de dé­tails ?

Eh bien, dans ce cas, et vu que c’était une his­toire vraie, bien sûr, il était utile d’avoir des ré­fé­rences ti­rées de la réa­li­té. Mais si vous n’en avez pas, vous en in­ven­tez, au lieu d’en in­té­grer.

Qu’en est-il des vê­te­ments ? Ce­la contri­bue-t-il à en­trer dans le per­son­nage ?

Oui et non. Nous au­rions pu tout in­ven­ter. Mais il y avait du ma­té­riel de base. Elle avait une écharpe de soie qu’elle a pro­ba­ble­ment mis au­tour de son cou et elle es­sayait d’em­pê­cher le vent de la faire vo­ler ... c’était certes utile mais c’était sur­tout un dé­tail char­mant. Ils n’avaient pas beau­coup d’ar­gent mais réus­sis­saient quand même être élé­gants.

Le do­cu­men­taire Deep Wa­ter concer­nant Crow­hurst a-t-il été utile ?

C’est vrai­ment un très bon do­cu­men­taire et Clare y est in­ter­viewée. Ce fut le pre­mier point de ré­fé­rence. Il y a un autre do­cu­men­taire qui avait été réa­li­sé à un mo­ment plus rap­pro­ché par Are­na. James avait ac­cès aux archives de la BBC ; il m’a ain­si don­né un DVD avec tous les dé­tails de cette his­toire, et j’avais tout le temps d’ob­ser­ver Clare.

Était-ce né­ces­saire de connaître sa fa­çon de pen­ser ?

Eh bien, je ne pour­rais ja­mais vrai­ment connaître sa fa­çon de pen­ser. Toutes les en­tre­vues qu’elle a faites étaient pour la presse et non pas des vi­déos pri­vées. Elle tra­vaillait sur les re­la­tions pu­bliques de son ma­ri. C’est pour ce­la qu’il n’est pas évident d’en ap­prendre sur la per­son­na­li­té d’une per­sonne qui, en quelque sorte, joue un rôle de­vant la ca­mé­ra. Mais j’ai quand même eu un aper­çu de sa voix, de son at­ti­tude, de sa di­gni­té, de sa grâce et de sa force in­té­rieure. J’ai cer­tai­ne­ment res­sen­ti de la com­pas­sion pour elle.

Con­si­dé­rez-vous cette his­toire comme étant tra­gique ou hé­roïque ?

Les deux à la fois. Je pense qu’il s’agit d’un hé­ros tra­gique, im­par­fait. Comme tous les hé­ros tra­giques d’ailleurs. Ils sont im­par­faits ; ils sont hu­mains, ce sont des gens or­di­naires qui es­saient d’ac­com­plir des choses ex­tra­or­di­naires et se font pié­ger par les cir­cons­tances et les grosses er­reurs, ou plu­tôt les mau­vaises dé­ci­sions, comme on dit en Amé­rique de nos jours !

Vous ad­mi­rez sans doute son am­bi­tion d’es­sayer de na­vi­guer en so­li­taire au­tour du globe ...

Ah ça, oui ! Oser rê­ver ! Le risque que ce­la re­pré­sente... il s’agis­sait d’une chose ex­tra­or­di­naire à oser ac­com­plir pour un homme or­di­naire. En fait, je ne pense pas qu’il était un homme or­di­naire. Il s’agis­sait d’un gé­nie, d’un rê­veur et d’un in­ven­teur. Mais il s’agis­sait éga­le­ment d’un père et d’un ma­ri

et il a osé faire quelque chose d’ex­tra­or­di­naire. Ce­la n’a pas fonc­tion­né, mais c’est tel­le­ment hu­main.

Qu’en est-il du tra­vail avec les en­fants.Avez­vous pas­sé du temps à es­sayer de construire une cer­taine dy­na­mique fa­mi­liale ?

Oui, au­tant qu’il m’en est pos­sible. Les en­fants doivent suivre leur propre cours et ils ont des heures très strictes. Mais ils étaient vrai­ment ado­rables. La collaboration avec eux était si fa­cile. James a choi­si des en­fants doués qui se sont avé­rés être des ac­teurs très na­tu­rels.

Vous êtes ve­nue en stu­dio une fois pour la scène où Do­nald hal­lu­cine que Clare est sur le ba­teau. Qu’avez-vous pen­sé du ba­teau et de l’état dans le­quel se trou­vait Co­lin ?

C’était très claus­tro­phobe et j’ai été vrai­ment im­pres­sion­née par l’émo­tion que dé­ga­geait Co­lin et par sa per­for­mance. Il était pas­sé à un état émo­tion­nel et psy­cho­lo­gique as­sez vul­né­rable et sombre. Je n’ai tou­jours pas vu l’en­semble de ses per­for­mances, mais je n’ai rien vu de tel (de sa part) au­pa­ra­vant.

Que pen­sez-vous de la re­la­tion entre Do­nald et les mé­dias ?

Comme la course était par­rai­née par le Sun­day Times, elle est au­to­ma­ti­que­ment sor­tie de la sphère pri­vée, et les mé­dias y ont été hau­te­ment im­pli­qués. Mais ce n’est pas parce qu’il a co­opé­ré avec les mé­dias et qu’il avait be­soin de leur sou­tien qu’il mé­rite ce qui lui est ar­ri­vé comme pres­sion. Il est de­ve­nu – à l’ins­tar des gens cé­lèbres - un vais­seau pour les peurs, la co­lère et les rêves des gens. Il n’est plus ce qu’il est ; il est de­ve­nu une his­toire et il est ma­ni­pu­lé par la presse. Et je pense que Clare avait tout à fait et com­plè­te­ment res­sen­ti ce­la à ce mo­ment-là. Pour elle, il s’agis­sait d’un homme réel, un père et un ma­ri.

Est-ce que le fait d’être sous le feu des pro­jec­teurs l’a fait s’ef­fon­drer ?

Oui, il avait tous les re­gards du monde fixés sur lui, sur sa femme, sa fa­mille ... tout ce­la fai­sait par­tie de l’énorme pres­sion qu’il su­bis­sait. Il ne pou­vait pas re­ve­nir en ar­rière sans pas­ser in­aper­çu. Bien sûr. Mais il par­ti­ci­pait vo­lon­tai­re­ment à la si­tua­tion dans la­quelle il se trou­vait, mais ce­la est sim­ple­ment de­ve­nu in­con­trô­lable. C’est de­ve­nu trop ex­trême.

Pen­sez-vous que le film at­ti­re­rait les spec­ta­teurs en de­hors de la Grande-Bre­tagne ?

Pour moi, la rai­son pour la­quelle les gens, peut-être prin­ci­pa­le­ment en Grande-Bre­tagne, ont été fas­ci­nés par l’his­toire, c’est qu’elle est uni­ver­sel­le­ment hu­maine. La fra­gi­li­té de cette hu­ma­ni­té et les er­reurs com­mises ... Je la trouve uni­ver­selle. Je m’iden­ti­fie à lui dans cette his­toire. Je me suis en­fer­mée dans une boîte, où tout s’ef­fondre au­tour de moi - des en­jeux beau­coup moins im­por­tants et pas po­ten­tiel­le­ment mor­tels mais (c’est) in­croya­ble­ment hu­main. J’ai une grande em­pa­thie pour lui. Je suis très émue par son his­toire.

Vous al­lez ap­pa­raître dans Di­so­be­dience, qui ra­conte l’his­toire d’un amour in­ter­dit au sein de la com­mu­nau­té juive or­tho­doxe à Londres. Com­ment est-ce ar­ri­vé ?

Je suis aus­si la pro­duc­trice de ce film. J’ai envoyé le livre au di­rec­teur chi­lien Se­bas­tián Le­lio; il s’agit de la seule per­sonne à qui nous l’avons envoyé, il a im­mé­dia­te­ment dit « oui », et a te­nu à adop­ter ce pro­jet comme un an­thro­po­logue, en res­pec­tant scru­pu­leu­se­ment l’es­prit d’au­then­ti­ci­té. Ce film se concentre plus sur le per­son­nage de Ra­chel McA­dams, parce que mon per­son­nage a quit­té cette com­mu­nau­té, et Ra­chel et Alessandro Ni­vo­la se sont im­mer­gés pro­fon­dé­ment dans cette culture. Les gens qui ont vu Di­so­be­dience, comme Nao­mi Al­der­man, qui a écrit le livre et qui a gran­di dans ce monde... ont été émus par l’au­then­ti­ci­té que dé­gage ce film.

Qu’est-ce qui vous a don­né l’en­vie de pro­duire Di­so­be­dience?

Il s’agis­sait juste de trou­ver des rôles que je se­rais vrai­ment heureuse de jouer. C’est un moyen sûr d’ob­te­nir le rôle ! Et avec ce­la, j’ai es­ti­mé qu’il s’agis­sait de deux grands per­son­nages fé­mi­nins et d’un grand per­son­nage mas­cu­lin. Donc, il y avait trois pistes mer­veilleuses. C’est très émou­vant, as­sez com­pli­qué. Ce­la se passe dans une com­mu­nau­té dont per­sonne ne connaît quoi que ce soit, à part les gens qui y ont gran­di. * «The Mer­cy» de James Marsh, sor­tie en Avril dans les salles Grand Ci­ne­mas.

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