Vi­ve­ment la par­ti­ci­pa­tion

Le Quotidien (Luxembourg) - - Économie - De notre di­rec­teur Claude Gen­gler

De­puis que cette chro­nique existe, nous nous pen­chons ré­gu­liè­re­ment sur les pro­blèmes et les dé­fis aux­quels doivent faire face celles et ceux qui s'oc­cupent de l'amé­na­ge­ment du ter­ri­toire dans notre pays. Il suf­fit de re­lire les quelques in­ti­tu­lés qui suivent pour se rendre compte de l'ex­tra­or­di­naire dif­fi­cul­té de la tâche.

Amé­na­ger le ter­ri­toire, quel casse-tête!

«Faire fonc­tion­ner une struc­ture in­ter­mi­nis­té­rielle» (LQ, 9.7.14) : comment faire de l'amé­na­ge­ment du ter­ri­toire une des grandes po­li­tiques de co­or­di­na­tion de l'État? Comment évi­ter que chaque mi­nis­tère ne s'oc­cupe que de ses oi­gnons?

«Un amé­na­ge­ment du ter­ri­toire qui dé­range» (LQ, 30.7.14) : comment évi­ter, dans un contexte de forte crois­sance, que le mi­nistre en charge de l'Amé­na­ge­ment du ter­ri­toire, ce gar­dien de l'équi­libre ter­ri­to­rial, marche sur les plates-bandes de ses col­lègues?

«Pas fa­cile, la co­opé­ra­tion ré­gio­nale» (LQ, 4.2.15) : elle n'est fa­cile nulle part, mais en­core moins dans un mi­cro-État qui ne connaît que deux ni­veaux de dé­ci­sion, à sa­voir le na­tio­nal et le com­mu­nal.

«Rien de nou­veau sous le so­leil» (LQ, 25.3.15) : on a par­lé amé­na­ge­ment du ter­ri­toire à la Chambre des dé­pu­tés, mais les dis­cours, les cri­tiques et les re­ven­di­ca­tions se suivent et se res­semblent.

Sou­ve­nez-vous des pa­roles que Ca­mille Gi­ra, l'ac­tuel se­cré­taire d'État au Dé­ve­lop­pe­ment du­rable et aux In­fra­struc­tures, a pro­non­cées le 20 mars 2003, soit 29 ans jour pour jour après le vote de la première loi concer­nant l'amé­na­ge­ment gé­né­ral du ter­ri­toire : «À première vue, le Luxem­bourg de­vrait être cham­pion du monde dans le do­maine de l'amé­na­ge­ment du ter­ri­toire (…)», or «de­puis trente ans, l'amé­na­ge­ment du ter­ri­toire est de fac­to in­exis­tant». Ça fait mal.

«Wind of change» (LQ, 9.11.16) : d'au­cuns nous parlent des bien­faits d'une crois­sance plus qualitative, plus molle, plus douce, plus du­rable. Le pro­blème est qu'on ne la voit pas. Pour le mo­ment, on construit comme des dingues, et pas que des lo­ge­ments.

Nou­veau pro­gramme, nou­velle ap­proche

Après la ter­rible claque de cet été – le Con­seil d'État émet une dou­zaine d'op­po­si­tions for­melles à propos du pro­jet de loi concer­nant l'amé­na­ge­ment du ter­ri­toire, le mi­nis­tère est en train de se re­faire une santé. Le 24 oc­tobre, dans le cadre d'une grande confé­rence de presse, le mi­nistre Fran­çois Bausch a pré­sen­té le dé­rou­le­ment du pro­ces­sus par­ti­ci­pa­tif de re­fonte du pro­gramme di­rec­teur d'amé­na­ge­ment du ter­ri­toire.

Ce document, long­temps consi­dé­ré comme étant la «bible» de l'amé­na­ge­ment du ter­ri­toire, doit être en­tiè­re­ment re­fait, car il date de 2003 et en par­tie même de 1999. Nous en sa­vons quelque chose pour avoir fi­gu­ré par­mi les co­au­teurs.

Le pays a gran­de­ment be­soin d'une nou­velle vi­sion spa­tiale, si pos­sible com­mune, voire contrai­gnante. Le Luxem­bourg ver­sion 2017 n'a plus grand­chose à voir avec le pays que nous avons connu il y a quinze ans. La po­pu­la­tion a aug­men­té de 33 %, l'em­ploi in­té­rieur a pro­gres­sé de 50 % et le PIB s'est ac­cru de 125 %.

Pour abou­tir à cette vi­sion, le mi­nistre sou­haite sor­tir des sen­tiers bat­tus et faire par­ti­ci­per les ci­toyens. Un groupe de tra­vail in­ter­mi­nis­té­riel est char­gé de l'éla­bo­ra­tion du nou­veau pro­gramme di­rec­teur. Un pre­mier dé­bat im­pli­quant les soi-di­sant forces vives de la na­tion et les ac­teurs po­li­tiques a été or­ga­ni­sé il y a près d'un an sur la ques­tion «Quelle crois­sance qualitative pour notre pays?».

Une Charte na­tio­nale de l'amé­na­ge­ment du ter­ri­toire vient d'être pré­sen­tée au pu­blic. Il s'agit d'un document d'in­ten­tion po­li­tique des­ti­né à ci­men­ter l'ap­proche in­ter­mi­nis­té­rielle – un must pour que l'opé­ra­tion réus­sisse – et la par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne.

Ci­toyens amé­na­geurs où êtes-vous?

«Quand les ci­toyens amé­nagent le ter­ri­toire.» C'est l'in­ti­tu­lé que Ge­ne­viève Mon­tai­gu a don­né à son ar­ticle pu­blié le 25 oc­tobre dans nos co­lonnes. Nous n'en sommes pas là, mais le mi­nis­tère veut ou­vrir grand ses portes, c'est dé­jà ça. Quatre ate­liers ré­gio­naux avec 200 par­ti­ci­pants cha­cun au­ront lieu en 2018. Ce dis­po­si­tif se­ra com­plé­té par trois groupes té­moins trans­fron­ta­liers, c'est-à-dire un par pays voi­sin. Ce se­ra du jamais vu.

N'est ce­pen­dant pas ex­pert qui veut. Le che­min de la par­ti­ci­pa­tion est long et caillou­teux. Cer­tains groupes se­ront plus pro­duc­tifs que d'autres et cer­tains tra­vaux vont avan­cer plus vite que d'autres.

En fin de jour­née, il ne faut sur­tout pas l'ou­blier, ce se­ront les ac­teurs po­li­tiques qui au­ront le der­nier mot : les membres du gou­ver­ne­ment, bien sûr, dont cer­tains ne se lais­se­ront pas faire, les dé­pu­tés-maires, les bourg­mestres, sans ou­blier les dé­pu­tés.

Le Luxem­bourg est sur le point d'ar­ri­ver à un mo­ment très im­por­tant de son évo­lu­tion : tou­jours plus ou peut-être un peu moins, voi­là le choix de so­cié­té qui nous guette. Pour l'amé­na­ge­ment du ter­ri­toire, le mo­ment est éga­le­ment cru­cial : ce se­ra la fin du lais­ser-al­ler et du lais­ser­faire. L'heure est à l'es­prit col­la­bo­ra­tif à tous les ni­veaux, si­non on ne s'en sor­ti­ra pas.

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