Airbnb : les dé­rives pointent à l'ho­ri­zon

Alors que l'ap­pli­ca­tion amé­ri­caine est uti­li­sée par 88 000 Luxem­bour­geois, le manque de lé­gis­la­tion au Grand-Du­ché laisse le champ libre aux dé­rives.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Dossier Airbnb - De notre jour­na­liste Je­re­my Za­bat­ta

Dans de nom­breux pays, l'ap­pli­ca­tion amé­ri­caine Airbnb, qui, pour rap­pel, per­met à des par­ti­cu­liers de louer leur bien im­mo­bi­lier sur une très courte pé­riode, est ré­gu­liè­re­ment la cible des hô­te­liers. Ces der­niers y voient une concur­rence dé­loyale plus qu'une offre com­plé­men­taire. Un pro­blème tou­chant éga­le­ment le Grand-Du­ché, où la pla­te­forme de ré­ser­va­tion en ligne est sou­vent la cible de l'Ho­res­ca (Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des hô­te­liers, res­tau­ra­teurs et ca­fe­tiers) du pays.

De­puis 2016, le su­jet est ré­curent par­mi les ques­tions par­le­men­taires adres­sées au mi­nistre de l'Économie. Des dé­pu­tés s'in­ter­rogent sur une forme de concur­rence dé­loyale d'Airbnb en­vers les hô­te­liers et de­mandent des comptes au mi­nistre dans la me­sure où, contrai­re­ment à des pays comme la France ou l'Espagne, le Luxem­bourg n'a pas en­core lé­gi­fé­ré sur ce nou­veau mode d'hé­ber­ge­ment.

Le mi­nis­tère, qui a com­man­dé une étude sur le su­jet, a pro­mis d'en dé­voi­ler les ré­sul­tats cou­rant 2019.

En un peu plus de deux ans, de nom­breux chiffres sur les ac­ti­vi­tés d'Airbnb au Luxem­bourg ont cir­cu­lé, l'Ho­res­ca par­lant même de 250 000 nui­tées, en 2017, sur le ter­ri­toire luxem­bour­geois, via l'ap­pli­ca­tion. Soit au­tant de nui­tées que les hô­te­liers consi­dèrent comme un manque à ga­gner.

Du cô­té du mi­nis­tère, on parle plu­tôt de 70 000 nui­tées, soit en­vi­ron 2 % des 3 mil­lions de nui­tées, toutes ca­té­go­ries confon­dues, en­re­gis­trées en 2017.

Contac­té par nos soins, Airbnb a ac­cep­té de par­ta­ger ses propres chiffres et af­firme qu'avec «710 hé­ber­ge­ments Airbnb, la pla­te­forme a en­re­gis­tré 36 000 clients au Luxem­bourg, en 2017». La so­cié­té amé­ri­caine a éga­le­ment pré­ci­sé qu'il s'agis­sait es­sen­tiel­le­ment «de groupe de deux per­sonnes, ve­nant d'Eu­rope et d'Amé­rique du Nord, res­tant en moyenne quatre jours au Luxem­bourg». Dans la me­sure où une ré­ser­va­tion est faite sur un seul nom, on peut donc sup­po­ser qu'avec 36 000 clients res­tant 4 jours au Luxem­bourg, le nombre de nui­tées Airbnb se monte à 144 000, et non 250 000.

Mais, outre le nombre de clients qu'at­tire l'ap­pli­ca­tion au Luxem­bourg, ali­men­tant ain­si le tou­risme, les hô­te­liers s'in­surgent sur les dif­fé­rences au ni­veau des normes. En ef­fet, un par­ti­cu­lier n'est pas sou­mis aux mêmes normes sa­ni­taires et de sé­cu­ri­té qu'un hô­tel.

Les agences im­mo­bi­lières s'in­vitent

Si l'ar­gu­ment des hô­te­liers peut être en­ten­du, ils ne sont pas pour au­tant in­flexibles sur la ques­tion. L'an­née der­nière, Fran­çois Koepp, se­cré­taire gé­né­ral de l'Ho­res­ca, avait af­fir­mé n'être «ni an­ti-Airbnb ni proAirbnb, tout comme nous n'avons ja­mais de­man­dé l'in­ter­dic­tion de cette pla­te­forme, mais bien une com­pé­ti­tion loyale. J'irais même plus loin, en af­fir­mant que le Luxem­bourg au­rait pu jouer un rôle im­por­tant en pro­po­sant, avec Airbnb, de mettre en place une base lé­gale, créant un ter­rain loyal entre les dif­fé­rents ac­teurs du sec­teur».

Mais der­niè­re­ment, un autre point a été sou­le­vé, d'au­tant plus in­quié­tant dans la me­sure où cer­taines annonces sur la pla­te­forme n'émanent plus d'un par­ti­cu­lier mais bien d'un pro­fes­sion­nel de l'im­mo­bi­lier.

Ain­si, sur l'ap­pli­ca­tion, on peut comp­ter sur Nicolas, qui pos­sède 10 chambres d'en­vi­ron 12 m2 à Bon­ne­voie, à 52 eu­ros la nuit. À la lo­ca­tion, pour un ré­sident, il fau­dra comp­ter en­vi­ron 650 eu­ros pour une chambre à Bon­ne­voie. Un mon­tant at­tei­gnable en 12,5 jours sur Airbnb. On peut éga­le­ment comp­ter sur Da­nie­la, qui pro­pose 12 lo­ge­ments à Eh­le­range, à 54 eu­ros la nuit. Sans ou­blier Ky­ra et ses 6 lo­ge­ments, ou en­core Tia­go et ses 34 lo­ge­ments en sa pos­ses­sion sur Airbnb.

Mieux en­core, des agences im­mo­bi­lières, comme Roof­top, sont clai­re­ment pré­sentes sur l'ap­pli­ca­tion. Al­téa, une autre agence im­mo­bi­lière luxem­bour­geoise, a même créé «Mybnb.lu» et pro­pose aux par­ti­cu­liers ayant un bien à louer sur Airbnb de s'oc­cu­per de tout, de l'an­nonce à la re­mise des clés aux tou­ristes en pas­sant par le mé­nage, contre 18 % du prix de la lo­ca­tion.

Bref, des offres et des ser­vices s'éloi­gnant de plus en plus de l'es­prit «Airbnb» de dé­part et ou­vrant sur des dé­rives pé­cu­niaires.

Sans une lé­gis­la­tion sur la ques­tion et avec des agences im­mo­bi­lières qui com­mencent à s'in­té­res­ser aux op­por­tu­ni­tés que peut of­frir l'ap­pli­ca­tion, le pro­blème du lo­ge­ment au Luxem­bourg pour­rait en­core se com­plexi­fier. De­puis deux ans, le mi­nis­tère de l'Économie, et plus gé­né­ra­le­ment le gou­ver­ne­ment, se sont tou­jours don­né le temps d'ana­ly­ser la si­tua­tion luxem­bour­geoise avant de lé­gi­fé­rer sur la ques­tion. Si une pre­mière étude mi­nis­té­rielle sur le su­jet doit voir le jour dans les mois à ve­nir, le jeune dé­pu­té Lex Delles a lais­sé en­tendre vou­loir tra­vailler sur le su­jet, afin d'ar­ri­ver à une ré­gle­men­ta­tion luxem­bour­geoise per­met­tant un juste équi­libre entre les par­ti­cu­liers et l'hô­tel­le­rie.

De son cô­té, Airbnb s'est éga­le­ment dit ou­vert à tra­vailler avec le gou­ver­ne­ment luxem­bour­geois. «Nous sommes tou­jours heu­reux de pou­voir tra­vailler avec les gou­ver­ne­ments sur des règles claires en ma­tière de par­tage du lo­ge­ment et d'ai­der les hôtes à payer leur juste part d'im­pôts, comme nous l'avons dé­jà fait avec plu­sieurs gou­ver­ne­ments dans le monde», a as­su­ré la pla­te­forme amé­ri­caine au Quo­ti­dien.

En 2017, se­lon Airbnb, les charmes du Luxem­bourg ont at­ti­ré 36 000 per­sonnes qui ont été hé­ber­gées via l'ap­pli­ca­tion amé­ri­caine.

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