«Je n'ai pas peur des hommes!»

Elle est la pre­mière femme à de­ve­nir pré­si­dente de la frac­tion par­le­men­taire de l'his­toire du CSV. Connue pour son franc-par­ler, la nou­velle cheffe de l'op­po­si­tion, Mar­tine Han­sen, est prête pour cette lé­gis­la­ture.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Politique Et Société - En­tre­tien avec notre jour­na­liste Claude Da­mia­ni

La dé­pu­tée du Nord en était ar­ri­vée au cha­pitre «Lo­ge­ment» de l'ac­cord de coa­li­tion gou­ver­ne­men­tal lorsque Le Quo­ti­dien l'a contac­tée, ven­dre­di. Sans langue de bois, elle évoque son élection à la tête de son groupe par­le­men­taire mais aus­si le nou­veau gou­ver­ne­ment et son pro­gramme, qu'elle s'ap­prête à re­mettre en ques­tion «de ma­nière construc­tive» et ce, dès mer­cre­di, à la Chambre des dé­pu­tés, c'est-à-dire au len­de­main de la dé­cla­ra­tion du Pre­mier mi­nistre au su­jet du­dit pro­gramme de coa­li­tion.

Vous avez été élue pré­si­dente du groupe par­le­men­taire du CSV, mer­cre­di, par vos col­lègues dé­pu­tés. Étiez-vous consciente de de­ve­nir la pre­mière femme de l'his­toire à ac­cé­der à ce poste?

Mar­tine Han­sen : Non! On m'a po­sé la ques­tion et j'ai même dû vé­ri­fier...

Quinze dé­pu­tés CSV ont vo­té pour vous, mais il y a tout de même eu 3 voix contre et une abs­ten­tion (19 dé­pu­tés pré­sents sur les 21 que compte la frac­tion chré­tienne-so­ciale). Que vous ins­pire ce­la?

J'en avais dis­cu­té en amont avec Claude Wi­se­ler (NDLR : son pré­dé­ces­seur à ce poste) et il m'avait pré­ve­nu qu'il n'y au­rait pro­ba­ble­ment pas d'una­ni­mi­té. Ce­la étant, je suis très contente et le fait que je sois la pre­mière femme à exer­cer ces fonc­tions ne m'in­quiète pas le moins du monde, car j'ai sou­vent tra­vaillé avec des hommes et sur­tout parce que je n'ai pas peur des hommes!

Com­ment s'est con­crè­te­ment dé­rou­lé ce vote?

Nous avions une réunion, mer­cre­di, vers 11 h 30, dans les lo­caux de notre frac­tion. Claude (Wi­se­ler) a dé­bu­té par une dis­cus­sion au su­jet du Brexit. Deux des 21 dé­pu­tés CSV s'étaient ex­cu­sés, tan­dis qu'un troi­sième était chez le den­tiste et ne pou­vait pas trop par­ler (elle sou­rit), mais il est ar­ri­vé par après. J'ai moi­même de­man­dé un vote se­cret car de cette ma­nière cha­cun peut vrai­ment s'ex­pri­mer, au contraire d'un vote à main le­vée.

Étiez-vous la seule can­di­date?

Je pense que 2 ou 3 autres dé­pu­tés ont hé­si­té à po­ser leur can­di­da­ture mais en fin de compte, j'étais la seule can­di­date.

Mais com­ment cette tran­si­tion avec Claude Wi­se­ler s'est-elle pré­ci­sé­ment dé­rou­lée?

Je n'au­rais ja­mais pos­tu­lé à ce poste si Claude (Wi­se­ler) ne me l'avait pas de­man­dé. À par­tir du mo­ment où il a an­non­cé qu'il ne sou­hai­tait pas conti­nuer pour une lé­gis­la­ture sup­plé­men­taire, je me suis por­tée can­di­date. Il faut dire que Claude était un chef de frac­tion vrai­ment très sym­pa­thique, com­pé­tent et qui était bien consi­dé­ré par la grande ma­jo­ri­té des dé­pu­tés. En ce sens, je di­rais même qu'il est dif­fi­cile de le rem­pla­cer! (Elle sou­rit.)

Quand est-ce que Claude Wi­se­ler vous a de­man­dé de prendre sa suc­ces­sion?

Il y a eu quelques "pe­tites" dis­cus­sions qua­si­ment tout de suite après les élec­tions du 14 oc­tobre. Des gens, dont Claude, sont ve­nus me voir en me di­sant : "Tu as été élue avec quelque 20 000 suf­frages dans la cir­cons­crip­tion Nord, alors il fau­drait que tu poses ta can­di­da­ture, soit pour le poste de cheffe de la frac­tion soit pour ce­lui de pré­si­dente du par­ti." À cet ins­tant, j'ai bien sen­ti que l'on at­ten­dait quelque chose de ma part, même si l'on avait dé­ci­dé de ne pas évo­quer d'éven­tuels chan­ge­ments de poste, avant que le gou­ver­ne­ment ne soit en place.

Le poste de pré­sident du CSV ne vous in­té­res­sait pas, Marc Spautz ayant ré­cem­ment an­non­cé qu'il ne se re­pré­sen­te­rait pas?

Le poste de pré­sident est éga­le­ment très in­té­res­sant et très im­por­tant, mais ma dé­ci­sion s'est tour­née vers ce­lui de cheffe de frac­tion.

Alors, qui pres­sen­tez-vous pour le poste de pré­sident du CSV?

Il fau­dra un pré­sident qui ras­semble et qui mo­tive tous nos membres et élec­teurs pour que l'on avance. Ce­la dit, tout le monde peut en­core po­ser sa can­di­da­ture jus­qu'au 9 jan­vier, alors je ne fe­rais pas de pro­nos­tics! (Elle rit.)

Trois dé­pu­tés ont tout de même vo­té contre vous. Avez-vous une pe­tite idée de qui il pour­rait s'agir?

On a tou­jours des doutes, mais je pré­fère ne pas y pen­ser! Je suis dé­sor­mais la pré­si­dente de la frac­tion et, à ce titre, je sou­haite une bonne col­la­bo­ra­tion entre tous les dé­pu­tés de notre groupe. Je mise sur le tra­vail d'équipe et sur la confiance, car la mé­fiance n'ap­por­te­rait rien.

Quel style d'op­po­si­tion al­lez­vous pri­vi­lé­gier du­rant cette lé­gis­la­ture?

Je veux faire une op­po­si­tion cri­tique et construc­tive. Nous al­lons faire des pro­po­si­tions, pré­sen­ter des amen­de­ments lorsque nous ne se­rons pas sur la même ligne que la ma­jo­ri­té; le gou­ver­ne­ment de­vra vé­ri­ta­ble­ment se rendre compte à chaque fois que le CSV ne se­ra pas d'ac­cord avec sa vi­sion! Pour ce faire, cha­cun des 21 dé­pu­tés CSV de­vra tra­vailler sur ses dos­siers et éla­bo­rer des vi­sions concrètes dans leur do­maine. Il fau­dra aus­si être un peu moins "soft" qu'au cours de la der­nière lé­gis­la­ture, car beau­coup de pro­jets de loi qui étaient dé­bat­tus à la Chambre avaient été éla­bo­rés par nos propres mi­nistres (NDLR : avant 2013, lorsque le C SV était au pou­voir) : nous avons donc lo­gi­que­ment connu des si­tua­tions où il était com­pli­qué de faire une réelle op­po­si­tion. Ce­la va chan­ger et nous al­lons, dès mer­cre­di, en­ta­mer notre tra­vail d'op­po­si­tion et com­men­cer à contrô­ler le gou­ver­ne­ment, c'est-à-dire dès le len­de­main de la dé­cla­ra­tion de Xa­vier Bet­tel sur son pro­gramme gou­ver­ne­men­tal. Et je peux vous as­su­rer que nous se­rons ac­tifs, ré­ac­tifs, parce que nous sommes plus que prêts!

Jus­te­ment, quel re­gard por­tez­vous sur ce nou­veau gou­ver­ne­ment et sur son pro­gramme?

Sur la forme, je trouve qu'il y a beau­coup trop de mi­nistres. Le LSAP avait an­non­cé, dans son pro­gramme élec­to­ral, sa vo­lon­té de ré­duire le nombre de mi­nistres à 15. Dans un débat entre Xa­vier Bet­tel et Claude Wi­se­ler, ce der­nier avait es­ti­mé que le fu­tur gou­ver­ne­ment de­vait idéa­le­ment être com­po­sé de 12 à 15 mi­nistres au maxi­mum, et Xa­vier Bet­tel avait ap­prou­vé ses dires... Ce­la dit, nous avons main­te­nant 17 mi­nistres, alors qu'en Al­le­magne, pays de plus de 80 mil­lions d'ha­bi­tants, il y en a 15. Donc, pour moi, 17, c'est trop et ce n'est pas ra­tion­nel. De plus, je ne sais pas si nous avons vrai­ment be­soin de deux vice-Pre­miers mi­nistres; d'ailleurs, c'est du ja­mais vu au Luxem­bourg! Par ailleurs, beau­coup de gens ne sont pas sa­tis­faits de cer­taines no­mi­na­tions. D'une part, on vient ré­gu­liè­re­ment me dire : "On ne vo­te­ra plus parce que ce­la ne sert à rien, parce qu'on ne nous en­tend pas", mal­gré le fait qu'un tiers des élec­teurs a vo­té CSV. D'autre part, les gens, no­tam­ment du Nord, ne com­prennent pas com­ment Marc Han­sen (NDLR : entre autres, mi­nistre de la Fonc­tion pu­blique), qui n'a pas été élu, le 14 oc­tobre, aux lé­gis­la­tives, en vue de de­ve­nir dé­pu­té, puisse res­ter mi­nistre. Moi­même, j'ai été mi­nistre dans le pas­sé sans avoir été élue, mais je ne m'étais pas pré­sen­tée à des élec­tions lé­gis­la­tives! Les gens n'ac­ceptent vrai­ment pas ce­la et il ne fau­drait pas pro­cé­der ain­si!

Et quant au fond de ce pro­gramme élec­to­ral?

Je le trouve lourd, vo­lu­mi­neux et vague sur beau­coup de points. Ce qui me marque vé­ri­ta­ble­ment est l'ab­sence de fil rouge. On va ana­ly­ser tout ce­la mais je ne com­prends pas pour­quoi la ques­tion de la crois­sance éco­no­mique, qui a lar­ge­ment été dis­cu­tée en amont du scru­tin, ne fait pas of­fice de fil conduc­teur. C'est in­com­pré­hen­sible!

Il n'y a au­cun fil rouge dans le pro­gramme de Xa­vier Bet­tel

Dé­ter­mi­née, Mar­tine Han­sen a le re­gard dé­jà tour­né vers le fu­tur.

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