«À 18 h 40, sur le ta­lus, au­cun bruit»

VER­SAILLES Après une se­maine où il a été beau­coup ques­tion de Dils, des té­moins ont ap­por­té des élé­ments sur le double meurtre de Mon­ti­gny-lès-Metz.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Faits De Société -

Bien sûr, leurs sou­ve­nirs sont dé­sor­mais moins pré­cis. Bien sûr, 32 ans après les meurtres de Cy­ril Bei­ning et Alexandre Be­ckrich, le 28 sep­tembre 1986, ils ne se sou­viennent plus de «la cou­leur» des vé­los des en­fants, ni même de quelle fa­çon ils étaient pla­cés en bas du ta­lus sur le­quel les gar­çons ont été tués.

L'im­por­tance des té­moi­gnages des Jas­ku­la, ap­por­tés ven­dre­di, lors du pro­cès de Fran­cis Heaulme à la cour d'assises des Yve­lines, ne se si­tue pas là. Le couple a sta­tion­né, le jour des faits, rue Ve­ni­ze­los. Ils se sont ar­rê­tés à deux pas de la so­cié­té d'édi­tion Le Lor­rain. Il est 18 h 15. «On avait un chien, on vou­lait le faire cou­rir un peu», confie le ma­ri. Lui s'amuse avec leur fille aî­née du cô­té des bennes à pa­pier. La mère est res­tée «au­près de la voi­ture, il y avait notre bé­bé à l'in­té­rieur. Je je­tais des cailloux à notre chien pour jouer». L'avo­cat gé­né­ral veut sa­voir : «Votre fille criait-elle ou pleu­rait-elle? -Elle criait sans doute,

-Est-ce que vous avez vu pas­ser un cy­cliste? Parce qu'à un mo- ment, Heaulme dit avoir vu une voi­ture bleue avec une dame jouant avec un chien. On pense qu'il parle de vous.»

Voi­là, on y est. Dans un de ses ré­cits, l'ac­cu­sé parle de cette fa­mille. Il dit l'avoir ob­ser­vée de­puis le ta­lus. Il la dé­crit avec pré­ci­sion. Donc Fran­cis Heaulme se­rait sur le ta­lus vers 18 h 20. Les Jas­ku­la ont quit­té les lieux à 18 h 40. «Je n'ai pas en­ten­du de pleurs, au­cun bruit pro­ve­nant du ta­lus. C'était calme. Des pleurs m'au­raient aler­tée», as­sure la té­moin. À 18 h 40, il n'y a au­cun bruit. Les en­fants sont-ils dé­jà morts?

«À cette heure, les Dils sont loin»

C'est ce que pense et dit avec force Fran­çois-Louis Coste, l'avo­cat gé­né­ral du pro­cès de Lyon de 2002, au cours du­quel Pa­trick Dils a été ac­quit­té. «On peut même dire qu'après 17 h 15, il n'y a plus au­cun signe de vie des en­fants. La fa­mille Dils, qui rentre de Meuse, est en­core très loin à ce mo­ment-là.»

Avant le troi­sième pro­cès de Dils, le ma­gis­trat a re­pris la pro­cé­dure à zé­ro. «Un fou­toir pas pos­sible, di­til. J'étu­die le dossier, j'ar­rive aux aveux de Pa­trick Dils. Une ca­tas­trophe. Je n'avais ja­mais vu ça. C'était sept mois après les faits. Sept mois, c'est long. Du­rant sa garde à vue, il com­mence par nier. Ça dure long­temps. Puis il y a des aveux. Des aveux atroces. Au mi­lieu des aveux, j'ai dû al­ler res­pi­rer, je n'en pou­vais plus. Il y avait une foule de dé­tails, il parle de la vé­gé­ta­tion, des gestes… Il a cette phrase : "Lorsque je frap­pais les têtes des en­fants avec les pierres, ça fai­sait le bruit d'un me­lon qu'on écrase."»

Le juge ne s'ar­rête pas : «À un mo­ment don­né, il donne des pré­ci­sions, des dé­tails sur les voies… Je me dis : "Mais il a eu des plans sur les lieux!" For­cé­ment, il pou­vait des­si­ner ce qu'on vou­lait. Il a des pré­ci­sions in­vrai­sem­blables.» Fran­çois-Louis Coste est un fa­rouche par­ti­san de l'in­no­cence de Pa­trick Dils. «Nous ne re­met­tons pas en cause le pro­cès de Lyon qui l'a ac­quit­té», ré­pond Me Do­mi­nique Ron­du, avo­cat de la fa­mille Be­ckrich, qui ne par­tage pas cet avis. «Sim­ple­ment, vous de­vez com­prendre les fa­milles des vic­times qui ont lu les aveux de Pa­trick Dils, vous pou­vez ima­gi­ner leur exi­gence. C'est l'exi­gence de la preuve ou des aveux. Mal­heu­reu­se­ment, dans cette af­faire, il n'y a rien.»

«Je n'ai ja­mais dit : "Puisque Dils est in­nocent, Heaulme doit être cou­pable."»

Ke­vin Gre­then

(Le Ré­pu­bli­cain lor­rain)

Do­mi­nique Ron­du, avo­cat de la fa­mille d'Alexandre Be­ckrich.

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