Schneider chez les vi­gne­rons

Les vi­gne­rons in­dé­pen­dants ont été les pre­miers, dans la Mo­selle, à ap­por­ter leurs voeux pour la nou­velle an­née au nou­veau mi­nistre de la Vi­ti­cul­ture, Ro­main Schneider.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite - De notre col­la­bo­ra­teur Er­wan No­net

Le pré­sident de l'Or­ga­ni­sa­tion pro­fes­sion­nelle des vi­gne­rons in­dé­pen­dants (OPVI), Ern Schu­ma­cher, a pro­mis d'en­trée de jeu que pour les re­trou­vailles avec un mi­nistre qui était dé­jà le sien entre 2009 et 2015, il ne fe­rait pas de po­li­tique. Une in­ten­tion par­ta­gée par Ro­main Schneider. Mais il n'a pas fal­lu grat­ter long­temps pour qu'elle sur­gisse : il faut dire que les su­jets im­por­tants sont nom­breux en ce mo­ment.

Si vous de­man­dez à Ern Schu­ma­cher, le pa­tron des vi­gne­rons in­dé­pen­dants, ce qu'il faut lui sou­hai­ter pour 2019, sa ré­ponse pour­ra vous éton­ner. «J'es­père que nous n'au­rons pas au­tant de rai­sins qu'en 2018, souffle-t-il. Je veux bien la même qua­li­té, mais nous n'avons pas be­soin de cette quan­ti­té. Il faut res­ter rai­son­nable, une ré­colte nor­male se­rait dé­jà très bien.»

C'est qu'après l'eu­pho­rie d'une ven­dange de rai­sins ex­cep­tion­nels plé­tho­rique, la réa­li­té de la si­tua­tion a fait sur­face. Avec ces quan­ti­tés, cer­tains com­mencent à craindre une sur­pro­duc­tion qui pour­rait avoir un im­pact né­ga­tif sur les prix de vente. Et puis, ces rai­sins très riches ne sont pas fa­ciles à tra­vailler. Que faire de tout ce sucre? Le trans­for­mer en al­cool, mais alors les vins se­ront très al­coo­li­sés (et pour­raient alors pas­ser dans la classe de TVA su­pé­rieure, soit de 14 à 17 %) ou res­ter dans des de­grés al­coo­liques plus bas, quitte à em­bou­teiller des pro­duits in­ha­bi­tuel­le­ment su­crés… C'est un casse-tête de jouer avec ce mil­lé­sime unique, mais un casse-tête po­si­tif, puisque ces vins pro­mettent énor­mé­ment.

Bio : les dis­cus­sions se pré­parent

Une fois les dis­cours ache­vés, Ern Schu­ma­cher a tou­te­fois dres­sé une liste de re­quêtes à Ro­main Schneider. Dans la nou­velle – et très belle – salle de dé­gus­ta­tion du do­maine Kohll-Leuck (Eh­nen), la po­li­tique était de re­tour! Pre­mier su­jet : les pen­sions. «Une fois à la re­traite, les pen­sions des vi­gne­rons sont in­fé­rieures au sa­laire mi­ni­mum et ce n'est pas nor­mal, sou­ligne-t-il. Il existe des caisses uniques, il faut des pen­sions uniques.»

Deuxième su­jet : la lé­gis­la­tion au­tour des salles de dé­gus­ta­tion. «Pour l'ins­tant, ce n'est pas clair. Nous ne sommes pas un ca­fé, puisque nous ne ven­dons que nos pro­duits, nous ne de­vrions donc pas avoir be­soin d'une li­cence de ca­ba­re­tage.» Ac­tuel­le­ment, la si­tua­tion se gère par un gent­le­man agree­ment pas­sé entre le mi­nis­tère, les douanes et la po­lice. Mais les vi­gne­rons vou­draient que cette ques­tion soit trai­tée une fois pour toutes. Le mon­tant des li­cences de ca­ba­re­tage, qui ne va­laient pas grand-chose dans le pas­sé, a grim­pé en flèche. À Wor­mel­dange, par exemple, elle tourne au­tour des 13 000 eu­ros. Les vi­gne­rons vou­draient lo­gi­que­ment en être dis­pen­sés.

Mais toutes ces in­ter­ro­ga­tions ne re­pré­sentent que des dé­tails par rap­port aux chan­ge­ments aux­quels la Mo­selle va de­voir faire face. Il n'a échap­pé à au­cun vi­gne­ron que le pro­gramme gou­ver­ne­men­tal a été for­te­ment in­fluen­cé par la vi­sion des éco­lo­gistes qui ont été les grands ga­gnants des der­nières lé­gis­la­tives. Deux ob­jec­tifs les concernent di­rec­te­ment : l'aban­don du gly­pho­sate dès l'an­née pro­chaine et l'ob­jec­tif d'at­teindre les 25 % d'agri­cul­ture bio­lo­gique d'ici 2025. Un dé­fi am­bi­tieux, étant don­né que si beau­coup de vi­gne­rons tra­vaillent en agri­cul­ture rai­son­née, seules 3,5 % des sur­faces en­vi­ron sont of­fi­ciel­le­ment culti­vées en bio.

«Nous sommes sen­sibles à ces ques­tions, la preuve : nous sommes nom­breux à avoir in­ves­ti dans de nou­velles ma­chines qui per­mettent d'évi­ter l'uti­li­sa­tion du gly­pho­sate, avance Ern Schu­ma­cher. Moi, je n'en uti­lise plus du tout.» De là à pas­ser tout en bio? «C'est le cuivre qui me dé­range», tique-t-il. Di­plo­mate pour le coup, le pré­sident de l'OPVI at­tend les né­go­cia­tions avec le mi­nis­tère. Ce­la tombe bien, tous les vi­gne­rons louent la qua­li­té d'écoute et la force de tra­vail de Ro­main Schneider qui les avait convain­cus lors de son pré­cé­dent pas­sage. Ça y est, la po­li­tique est de re­tour!

Les re­la­tions sont bonnes entre Ro­main Schneider et les vi­gne­rons in­dé­pen­dants. Ce­la tombe bien : il va fal­loir beau­coup né­go­cier pen­dant cinq ans!

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