TURBULENCES EN VUE

L'an­née 2018 n'a pas été for­mi­dable pour les Bourses. À New York, 2019 a com­men­cé avec des clô­tures à la baisse. Les ex­perts de la fi­nance, s'ils ne s'at­tendent pas à un krach, craignent la vo­la­ti­li­té des mar­chés.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite - De notre jour­na­liste Aude Fo­res­tier (avec l'AFP)

Il faut sur­tout s'at­tendre à de la vo­la­ti­li­té. Outre la guerre com­mer­ciale entre la Chine et les États-Unis et les consé­quences en­core in­con­nues du Brexit, d'autres dan­gers comme l'éro­sion des marges at­tendent les mar­chés bour­siers en 2019.

Sur les mar­chés, 2018 res­te­ra dans les an­nales comme une an­née dé­ce­vante. «Qua­si­ment tous les in­dices bour­siers ont ter­mi­né l'an­née à un ni­veau bien in­fé­rieur à ce­lui du 1er jan­vier», ré­sume Laurent Si­meo­ni, Head of Port­fo­lio Ma­na­ge­ment (ges­tion de por­te­feuille) chez ING Luxem­bourg. «Dans la zone eu­ro, la baisse avait dé­jà dé­bu­té pen­dant les mois d'été, mais de­puis dé­but oc­tobre, la Bourse amé­ri­caine n'a pas non plus réus­si à échap­per au ma­laise», conti­nue-t-il. Au dé­but du mois, les places bour­sières ont ter­mi­né les deux pre­mières séances avec des jambes de plomb jus­qu'au sur­saut du ven­dre­di 4 jan­vier, at­tri­bué à des nou­velles ras­su­rantes, no­tam­ment en pro­ve­nance de Chine, ain­si qu'à un rap­port amé­ri­cain ro­buste sur l'em­ploi et les pro­pos conci­liants de Je­rome Po­well, le chef de la Banque cen­trale amé­ri­caine (FED). Ce der­nier avait as­su­ré que la Banque cen­trale res­te­rait «pa­tiente» concer­nant les taux d'in­té­rêt, en «éva­luant com­ment l'éco­no­mie évo­lue» et af­fir­mé que les don­nées éco­no­miques res­taient «sur une bonne dy­na­mique».

Un phé­no­mène im­pré­vi­sible

De quoi don­ner de l'élan aux in­ves­tis­seurs. Cette clô­ture en baisse de Wall Street lors de la pre­mière séance de 2019 est-elle le signe qu'un krach bour­sier se pro­dui­ra cette an­née? «Le fait que les mar­chés ont mal­heu­reu­se­ment clô­tu­ré la pre­mière jour­née de l'an­née dans le rouge ne per­met pas de ti­rer des conclu­sions sur les per­for­mances que nous pou­vons at­tendre pour le reste de 2019», as­sure Pierre-Hen­ry Oger, ges­tion­naire de fonds chez Ca­pi­ta­latWork. De ma­nière gé­né­rale, «les krachs bour­siers de­meurent im­pré­vi­sibles et cor­res­pondent à des si­tua­tions de pa­nique du­rant les­quelles les émo­tions prennent le pas sur la rai­son», conti­nue-t-il. Se­lon Laurent Jac­quier-La­forge, Ma­na­ging Di­rec­tor et CIO Equi­ties (di­rec­teur gé­né­ral et di­rec­teur des in­ves­tis­se­ments Ac­tions) chez La Fran­çaise AM, «nous n'at­ten­dons pas de krach bour­sier en 2019, même si les mar­chés res­te­ront ex­trême- ment vo­la­tils ». « La chose la plus vrai­sem­blable, d'après Pierre-Hen­ry Oger, et que nous avons consta­té à plu­sieurs re­prises en 2018, est que les mar­chés res­te­ront vo­la­tils.» Pour étayer sa thèse, le ges­tion­naire de fonds prend l'exemple de l'in­dice VIX, une me­sure de la vo­la­ti­li­té at­ten­due pour le S&P500; en d'autres termes, du ni­veau d'in­cer­ti­tude dans les mar­chés. «Nous avons consta­té une hausse si­gni­fi­ca­tive en 2018. Alors que son ni­veau moyen était de 11 en 2017, il est pas­sé à 16,6 en 2018.» Le ni­veau bas des der­nières an­nées pour cet in­dice était «prin­ci­pa­le­ment lié à l'in­ter­ven­tion des banques cen­trales», dit-il. Il n'y au­ra pas de krach bour­sier cette an­née mais des pro­blèmes à sur­mon­ter : la guerre com­mer­ciale entre les ÉtatsU­nis et la Chine, ain­si que le Brexit. Sur ce point, Ila­rio At­ta­si, Head of Group In­vest­ment Re­search chez KBL epb, pense que ces deux thèmes «risquent en­core de pe­ser sur les Bourses dans les mois à ve­nir. La guerre com­mer­ciale de­vrait nous ac­com­pa­gner pen­dant plu­sieurs an­nées, et même si une so­lu­tion était trou­vée à court terme, les dé­gâts se­ront tan­gibles avec des ni­veaux de vo­la­ti­li­té plus éle­vés et des ni­veaux de va­lo­ri­sa­tion plus faibles.»

Des eu­ro­péennes scru­tées

Pour les Bourses, les grands dan­gers de l'an­née sont «l'éro­sion des marges en­traî­née par l'éveil de l'in­fla­tion, les sa­laires et les prix de ma­tières pre­mières», ain­si que les élec­tions eu­ro­péennes de mai 2019 avec «un risque d'es­sor des po­pu­listes et le chan­ge­ment de "ré­gime"» avec le dé­part de Ma­rio Dra­ghi de la tête de la Banque cen­trale eu­ro­péenne. À pro­pos des élec­tions eu­ro­péennes, Alexandre Gau­thy, ma­croé­co­no­miste chez De­groof Pe­ter­cam, es­time de son cô­té que le ré­sul­tat «se­ra par­ti­cu­liè­re­ment scru­té par les mar­chés». Le ré­sul­tat de ce scru­tin «af­fec­te­ra sans doute la per­cep­tion des in­ves­tis­seurs in­ter­na­tio­naux en­vers l'Eu­rope». Une perte de sièges des par­tis pro-eu­ro­péens «ren­dra en­core plus dif­fi­ciles l'in­té­gra­tion eu­ro­péenne et la so­li­di­fi­ca­tion de la zone eu­ro». Sur le Brexit, Pierre-Hen­ry Oger dit que «l'im­pact sur les Bourses est quant à lui plus dif­fi­cile à quan­ti­fier». Au su­jet de la guerre com­mer­ciale, Laurent Jac­quier-La­forge af­firme : «Toute es­ca­lade sup­plé­men­taire dans cette guerre com­mer­ciale consti­tue­rait une source d'ac­cé­lé­ra­tion de fin d'un cycle éco­no­mique.» Le prin­ci­pal dan­ger est ce­lui «de la ges­tion de la fin d'un cycle de crois­sance en place de­puis une di­zaine d'an­nées». Cette fin de cycle pose la ques­tion de la fin des po­li­tiques mo­né­taires sti­mu­lantes, mais aus­si «de la ges­tion des bud­gets des États et de leurs sys­tèmes so­ciaux», sou­ligne-t-il.

Les Bourses mon­diales fe­ront face à de grands dé­fis cette an­née, comme la guerre com­mer­ciale entre la Chine et les États-Unis. Si, d'après les spé­cia­listes, un krach n'est pas à re­dou­ter, il fau­dra com­po­ser avec la vo­la­ti­li­té.

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