L'ADR FUS­TIGE LA PRESSE

C'est le grand da­da de l'ADR de s'at­ta­quer ré­gu­liè­re­ment à la presse. Le pré­sident Jean Schoos a es­ti­mé, ven­dre­di soir, que son par­ti avait été clas­sé dans le camp des mé­chants.

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite - De notre jour­na­liste Ge­ne­viève Mon­tai­gu

La mé­chante presse s'est mal com­por­tée avec l'ADR, al­lié aux po­pu­listes de «Wee 2050», pour les élec­tions lé­gis­la­tives. Pour­tant, le par­ti a ga­gné un dé­pu­té en plus mais au­rait pu aus­si en avoir un cin­quième si le sys­tème élec­to­ral n'était pas ce qu'il est. Peut-on tout dire sans se faire ta­per sur les doigts? C'est ce que pense en tout cas Fer­nand Kar­thei­ser.

Fi­na­le­ment, le seul ex­trait que l'ADR a choi­si de mettre en ligne ven­dre­di soir après son pot du nou­vel an, que le par­ti a cé­lé­bré au Cents, concerne les cri­tiques en­vers la presse. Rien de sur­pre­nant quand on sait que l'ex­pres­sion «fake news» est de­ve­nue leur fa­vo­rite dans tous les dis­cours. Ain­si, le pré­sident Jean Schoos s'en est pris à la ra­dio RTL Luxem­bourg et à nos confrères du Jour­nal et de la Re­vue, qu'il ac­cuse d'avoir, dès le dé­but de la cam­pagne élec­to­rale pour les lé­gis­la­tives, dé­ter­mi­né «qui étaient les bons et qui étaient les mé­chants».

En s'al­liant avec le mou­ve­ment «Wee 2050» qui avait com­bat­tu avec achar­ne­ment le droit de vote des étran­gers lors du ré­fé­ren­dum de juin 2015, l'ADR n'avait pas amé­lio­ré son image, of­frant en­core da­van­tage un pro­fil po­pu­liste que le pré­sident Jean Schoos re­fuse tou­jours d'ad­mettre. «Nous sommes un par­ti conser­va­teur», dé­clare-t-il au mi­cro de la ra­dio RTL Luxem­bourg, pas ran­cu­nière vu qu'elle a cou­vert la pe­tite cé­ré­mo­nie de ven­dre­di soir, mon­trant ain­si son pro­fes­sion­na­lisme tant dé­crié par le par­ti.

L'ADR a cou­tume de dire qu'il re­pré­sente ce que le CSV était il y a 20ans, qu'il dé­fend les prin­cipes chré­tiens comme le droit à la vie ou en­core la po­li­tique fa­mi­liale. Le pré­sident Jean Schoos avait d'ailleurs quit­té le par­ti au mo­ment du vote en fa­veur de l'euthanasie. De son cô­té, le CSV re­fuse de par­ta­ger bon nombre de po­si­tions de l'ADR.

Ce n'est pas une nou­veau­té de s'at­ta­quer à la presse et l'ADR est très friand sur le su­jet. Son dé­pu­té le plus achar­né dans ce do­maine, Fer­nand Kar­thei­ser, qui pose une ques­tion par­le­men­taire tous les deux jours, a cri­ti­qué le fait que le mi­nis­tère de l'Éga­li­té des chances puisse pos­ter un ar­ticle du Spie­gel sur sa page Fa­ce­book, rap­pe­lant que le jour­nal avait pu­blié de faux re­por­tages ré­di­gés par son jour­na­liste «star». Même si le jour­nal al­le­mand, ré­pu­té ri­gou­reux, avait fait son mea­cul­pa en re­con­nais­sant s'être fait ber­ner par le jour­na­liste en ques­tion, Fer­nand Kar­thei­ser jette l'op­probre sur l'en­semble des équipes ré­dac­tion­nelles du jour­nal.

Li­ber­té d'ex­pres­sion maxi­male…

Fer­nand Kar­thei­ser est aus­si un fervent par­ti­san de la li­ber­té d'ex­pres­sion. Ce se­rait tout à son hon­neur s'il ne vi­sait pas en par­ti­cu­lier le droit d'émettre des pro­pos qui pour­raient of­fen­ser toute une com­mu­nau­té. Dans une interview qu'il nous avait ac­cor­dée en avril 2017, il ex­pli­quait que la li­ber­té d'ex­pres­sion était en dan­ger et que la loi qui l'ins­tau­rait était «mal ré­di­gée».

«Cette loi est ré­di­gée de fa­çon telle qu'elle per­met des in­ter­pré­ta­tions très larges.» Le mi­nistre de la Jus­tice, Fé­lix Braz, avait ré­pon­du à une de ses ques­tions sur le su­jet que «le sen­ti­ment d'être of­fen­sé» jus­ti­fiait des pour­suites ju­di­ciaires. «C'est très sub­jec­tif», es­ti­mait Fer­nand Kar­thei­ser. Il avait ob­te­nu qu'un dé­bat puisse être or­ga­ni­sé sur la ques­tion à la Chambre des dé­pu­tés en no­vembre 2017 et il y avait bien sûr mis le feu…

«J'ai l'im­pres­sion tou­te­fois qu'il y a confu­sion en ce qui concerne l'em­ploi de l'ex­pres­sion "ap­pel à la haine"» et il de­man­dait «où est l'ap­pel à la haine lorsque cer­tains ex­priment une opi­nion dé­gra­dante par rap­port à d'autres» alors que cer­taines per­sonnes condam­nées n'ap­pe­laient pas «à haïr cette per­sonne».

Il es­time que le de­voir du lé­gis­la­teur qu'il est tou­jours est de ré­di­ger des lois qui soient «claires, ef­fi­caces et res­pec­tueuses des conven­tions in­ter­na­tio­nales», tout en se pre­nant à une au­to­cen­sure qu'il sent gran­dis­sante. Il évo­quait «une ten­dance à l'uni­for­mi­sa­tion, à la pen­sée unique où tout ce qui sort de ce cadre est cri­ti­quable et même pour­sui­vi».

Fer­nand Kar­thei­ser se dit «contre la cen­sure et pour une li­ber­té d'ex­pres­sion maxi­male». Mais qu'en­tend-il exac­te­ment par-là? Dans ce même en­tre­tien, il nous confiait que Joe Thein, connu pour ses dé­ra­pages ra­cistes et xé­no­phobes, ex­clu de l'ADR, avait le droit de dire ce qu'il vou­lait sur les ré­seaux so­ciaux. «Même si quel­qu'un dit quelque chose que je juge per­son­nel­le­ment in­dé­fen­dable, je dois pou­voir le sup­por­ter comme toute la so­cié­té doit le faire. Le risque est plus grand lorsque l'on com­mence à res­treindre la li­ber­té d'ex­pres­sion car ce­la ouvre la voie au totalitarisme», concluait-il.

Une li­ber­té d'ex­pres­sion to­tale et sans li­mite in­duit donc que tout peut être ex­pri­mé. Que va pen­ser dès lors son pré­sident de frac­tion, Gast Gi­bé­ryen, membre de la com­mis­sion des Pé­ti­tions qui de­vra s'ex­pri­mer sur la pé­ti­tion dé­po­sée par un mul­ti­ré­ci­di­viste des dé­bor­de­ments de lan­gage qui de­mande, ni plus ni moins que l'abro­ga­tion de la loi pé­nale contre le ra­cisme, l'an­ti­sé­mi­tisme et la dis­cri­mi­na­tion?

Qu'en pen­se­ra d'ailleurs l'en­semble de la com­mis­sion qui exa­mi­ne­ra sa re­ce­va­bi­li­té de­main en com­mis­sion?

Ven­dre­di, lors du pot du nou­vel an de l'ADR, Jean Schoos ne s'est pas gê­né pour émettre des cri­tiques en­vers la presse.

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