Faux at­ten­tat à la Rock­hal

BEL­VAL Cent bles­sés et cent morts, c'est le bi­lan d'une at­taque ter­ro­riste qui a pris de court 1 000 spec­ta­teurs pré­sents à la Rock­hal. Alors que la mu­sique bat­tait son plein, un ter­ro­riste s'est fait ex­plo­ser et quatre autres ont ti­ré dans la foule. C'es

Le Quotidien (Luxembourg) - - Vorderseite - De notre jour­na­liste Au­drey Li­biez

La Rock­hal à Bel­val s'est trans­for­mée en scène de guerre, sa­me­di ma­tin. Mille spec­ta­teurs ont été sur­pris par l'ex­plo­sion d'un ter­ro­riste à l'ex­té­rieur avant que quatre hommes ar­més entrent et ne tirent sur eux. Au fi­nal, 100 morts et 100 bles­sés : un bi­lan aus­si lourd que fic­tif puis­qu'il ne s'agis­sait que d'un gi­gan­tesque exer­cice. La ma­noeuvre aus­si réa­liste que pos­sible s'est dé­rou­lée dans le cadre du plan Vi­gil­nat. Des cen­taines de forces de l'ordre et de se­cours ont tes­té leur ca­pa­ci­té à se co­or­don­ner et à faire front lors d'une telle ca­tas­trophe.

L'ob­jec­tif prin­ci­pal pour tous les corps de mé­tiers était de tes­ter la coor­di­na­tion entre les prin­ci­paux ac­teurs. Ces der­niers sem­blaient sa­tis­faits à l'is­sue de l'exer­cice.

Il est 11 h sa­me­di ma­tin quand les 1 000 spec­ta­teurs pré­sents à la Rock­hal de Bel­val pour écou­ter un DJ en­tendent une ex­plo­sion à l'ex­té­rieur. Ils ne le savent pas en­core, mais sur le par­vis de la salle de concert, plu­sieurs ca­davres gisent à même le sol, tués par l'ex­plo­sion d'un ter­ro­riste qui s'est pro­ba­ble­ment fait sau­ter avec une cein­ture. Quatre com­plices sortent alors des armes au­to­ma­tiques et tirent sur la foule avant d'en­trer ra­pi­de­ment dans la salle. Le cau­che­mar ne fait que com­men­cer. Les vic­times se cachent où elles peuvent, bien­tôt quelques-unes d'entre elles sont prises en otage jus­qu'à ce que les ter­ro­ristes soient en­fin tous neu­tra­li­sés par l'uni­té spé­ciale de la po­lice.

Le bi­lan est très lourd : 100 morts, 100 bles­sés dont 59 très gra­ve­ment. Heu­reu­se­ment, tout ce­la n'est qu'un exer­cice pré­pa­ré de­puis en­vi­ron six mois par les dif­fé­rents corps de mé­tiers in­ves­tis dans cette jour­née, dans le cadre du plan Vi­gil­nat (le plan de vi­gi­lance na­tio­nale face aux me­naces d'ac­tions ter­ro­ristes). Le scé­na­rio s'ins­pire de l'at­ten­tat du Ba­ta­clan qui a eu lieu en 2015.

La séance de ma­quillage a dé­bu­té à 6 h pour les fi­gu­rants bles­sés, qui de­vaient mettre les se­cours en condi­tion réelles. Les fi­gu­rants ne connais­saient pas le scé­na­rio gé­né­ral, mais uni­que­ment leur propre rôle pour gar­der l'ef­fet de sur­prise et ga­ran­tir un as­pect très réa­liste. Idem pour les ser­vices qui sont in­ter­ve­nus et qui avaient pour mis­sion d'ap­prendre à se pré­pa­rer à l'im­pré­vi­sible.

Ob­jec­tif : la coor­di­na­tion

Les jour­na­listes n'ont mal­heu­reu­se­ment pas été conviés à l'in­té- rieur de la salle de concert de Bel­val mais ont pu as­sis­ter à une par­tie du scé­na­rio près des postes de com­man­de­ment de la po­lice et du CGDIS, pla­cés l'un à cô­té de l'autre pour fa­vo­ri­ser la com­mu­ni­ca­tion. C'est là tout l'en­jeu de l'exer­cice : la coor­di­na­tion. Plu­sieurs di­zaines de membres des ser­vices de se­cours fran­çais et belges par­ti­cipent éga­le­ment à cette jour­née ex­cep­tion­nelle. Là en­core, le but est d'ac­cueillir et d'in­té­grer par­fai­te­ment les étran­gers.

Tous les sec­teurs qui se­raient concer­nés dans la vie réelle par une telle at­taque sont im­pli­qués dans l'exer­cice. Ain­si, le 112 re­çoit une cin­quan­taine d'ap­pels qui sont re­grou­pés dans une salle à part pour plus d'ef­fi­ca­ci­té. Sur le ter­rain, au 112 et au CGO (Centre de ges­tion des opé­ra­tions), en­vi­ron 320 pom­piers sont mo­bi­li­sés dont un tiers sont de France et de Bel­gique. «Au jour le jour, on tra­vaille avec nos ho­mo­logues trans­fron­ta­liers, in­dique Cé­dric Gant­zer, de la di­rec­tion gé­né­rale du ser­vice de com­mu­ni­ca­tion CGDIS. Nous avons donc lo­gi­que­ment fait ap­pel à eux et les avons in­té­grés dans le dis­po­si­tif.»

Cet im­mense exer­cice «per­met de tes­ter l'in­té­gra­li­té de la chaîne de se­cours et la mon­tée en puis­sance dans le cadre de la chaîne de com­man­de­ment sur site», pour­suit-il.

Les se­cours mettent en place aus­si ra­pi­de­ment que pos­sible un point de tran­sit (PT), un poste mé­di­cal avan­cé (PMA) et un lieu d'ac­cueil des vic­times in­demnes. Ce der­nier a vu pas­ser 250 per­sonnes, au lieu des 880 non bles­sées pour des rai­sons pra­tiques.

Le pre­mier tri des vic­times

«Le PMA est en fait un hô­pi­tal de cam­pagne, qui nous per­met de ré­cu­pé­rer toutes les vic­times sor­ties de la zone dan­ge­reuse, d'en as­su­rer le tri, c'est-à-dire de voir celles qui sont gra­ve­ment ou moins gra­ve­ment bles­sées. De pou­voir les pré­pa­rer pour les ame­ner à l'hô­pi­tal», ex­plique le co­lo­nel Ray­mond Gui­dat. En tout, une cen­taine de vic­times sont pas­sées par ce poste et le co­lo­nel semble sa­tis­fait du dé­rou­le­ment de l'opé­ra­tion. Le mé­de­cin-co­lo­nel Pas­cal Stam­met in­dique que la «PMA a pour vo­ca­tion de prendre en charge toutes les vic­times». Sept mé­de­cins ac­com­pa­gnés d'in­fir­mières as­surent ce pre­mier tri.

Afin de ne pas per­tur­ber le bon fonc­tion­ne­ment des se­cours pour les cas réels, des pom­piers sont mo­bi­li­sés à tra­vers tout le pays pour com­pen­ser le per­son­nel ab­sent. Un dé­brie­fing a eu lieu sa­me­di à 17 h à chaud et, comme pour les autres corps de mé­tiers, un se­cond au­ra lieu dans les pro­chaines se­maines.

Des ob­ser­va­teurs de tous les corps de mé­tiers et de tous les pays concer­nés ont as­sis­té à chaque étape de l'exer­cice.

De son cô­té, la po­lice grand du­cale a éga­le­ment «tes­té les flux de com­mu­ni­ca­tion entre les grandes uni­tés d'in­ter­ven­tion», in­dique Franck Stoltz, porte-pa­role de la po­lice. La toute pre­mière alerte re­çue par la po­lice a été don­née par le dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té, qui com­prend des po­li­ciers et qui est sys­té­ma­ti­que­ment pré­sent lors de concerts à la Rock­hal. Les pa­trouilles en­vi­ron­nantes étaient les pre­mières à in­ter­ve­nir, ra­pi­de­ment re­jointes par l'uni­té spé­ciale. Un né­go­cia­teur, dont les tech­niques ne peuvent être dé­voi­lées, est éga­le­ment en­tré en scène pour trou­ver une is­sue à la prise d'otage.

«L'exer­cice a aus­si per­mis de tes­ter toutes les pro­cé­dures mises en place, es­sen­tiel­le­ment dans l'ex­trac­tion des vic­times», ajoute Pas­cal Pe­ters, di­rec­teur cen­tral de la po­lice ad­mi­nis­tra­tive. Dans la vie réelle, ce se­rait le dé­but pour la po­lice d'une longue en­quête qui, bien­sûr, n'au­ra pas lieu.

Les ur­gences pour der­nière étape

Der­nière étape pour les bles­sés, le Centre hos­pi­ta­lier Émile-May­risch. «Dès que nous avons re­çu l'alerte, le plan ca­tas­trophe a été dé­clen­ché», ra­conte le Dr Hans­jörg Rei­mer, di­rec­teur du CHEM. Plus d'une qua­ran­taine de pa­tients sont ar­ri­vés dans le grand hall des am­bu­lances où est ins­tal­lé ce centre de se­cours d'ur­gence, à proxi­mi­té d'un as­cen­seur qui mène di­rec­te­ment aux salles d'opé­ra­tion et de dé­cho­cage. «L'af­flux de pa­tients a été tel­le­ment im­por­tant qu'on a dû prendre des bran­cards dans les autres ser­vices. Qua­torze des qua­rante-deux pa­tients qui sont ar­ri­vés ici étaient en ur­gence ab­so­lue. À un mo­ment, nos dix salles d'opé­ra­tions étaient prises. De­puis vingt-cinq ans que je tra­vaille ici, ça n'était ja­mais ar­ri­vé», sou­ligne le di­rec­teur pour mon­trer l'en­ver­gure de l'exer­cice.

Les vic­times ont été dis­pat­chées dans les dif­fé­rentes uni­tés se­lon les be­soins. Dans la salle dé­diée à la cel-

lule de crise, toutes les 30 mi­nutes un point est fait sur le nombre de lits dis­po­nibles dans les dif­fé­rents ser­vices et les salles d'opé­ra­tion.

«Nous avons pu consta­ter que plu­sieurs choses mar­chaient très bien. Par exemple, à un mo­ment, nous n'avons plus eu as­sez de com­presses et de ban­dages. Nous avons fait ap­pel au ser­vice na­tio­nal qui a pu nous ra­vi­tailler. Nous avons eu plein de nou­velles idées pen­dant l'exer­cice, c'était aus­si le but», as­sure le Dr Rei­mer. Vers 16 h, sa­me­di, le hall se vide des der­nières vic­times et le per­son­nel soi­gnant souffle, prend des sel­fies et re­trouve le sou­rire avec des sand­wichs. Dans la réa­li­té, le rush se pour­sui­vrait sur plu­sieurs se­maines se­lon le di­rec­teur de l'hô­pi­tal. Il donne l'exemple d'une plaie par balle au foie. «Les plaies par balle sont tou­jours sales. Si on ne peut pas su­tu­rer un foie bles­sé, on va ten­ter d'ar­rê­ter l'hé­mor­ra­gie avec des com­presses et on opè­re­ra plu­sieurs jours plus tard. Cer­taines bles­sures né­ces­sitent plu­sieurs opé­ra­tions.»

Heu­reu­se­ment, les bles­sés du jour une fois ren­trés chez eux n'au­ront qu'à se dé­ma­quiller et pour­ront en­fin pro­fi­ter du week-end en es­pé­rant que cet exer­cice ne se pro­duise ja­mais réel­le­ment.

L'uni­té spé­ciale de la po­lice a neu­tra­li­sé les ter­ro­ristes.

Quelques sou­rires tra­hissent cer­tains fi­gu­rants, mais les images sont im­pres­sion­nantes. Les or­ga­ni­sa­teurs se sont beau­coup in­ves­tis pour que l'exer­cice soit aus­si réa­liste que pos­sible.

L'un des ter­ro­ristes marche à tra­vers les spec­ta­teurs bles­sés.

Les spec­ta­teurs (fi­gu­rants) qui ne sont pas bles­sés fuient pour échap­per aux ter­ro­ristes.

Les sa­peurs-pom­piers fran­çais du SDIS 57 et 54 ont par­ti­ci­pé à l'exer­cice luxem­bour­geois à Bel­val.

Plu­sieurs heures après l'at­taque, les forces spé­ciales sont par­ve­nues à neu­tra­li­ser les ter­ro­ristes.

Les se­cours sont obli­gés de trier les bles­sés par gra­vi­té pour sa­voir qui éva­cuer en pre­mier.

Les bles­sures par balle sont com­pli­quées à prendre en charge.

Cent morts ont été comp­ta­bi­li­sés pen­dant l'exer­cice.

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