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Le Quotidien (Luxembourg) - - Culture -

CI­NÉ­MA Com­ment crée-t-on un «block­bus­ter» au théâtre? L'his­toire de la pé­nible ges­ta­tion de Cy­ra­no de Ber­ge­rac, plus grand triomphe du ré­per­toire fran­çais, est trans­po­sée au grand écran avec Ed­mond, d'Alexis Mi­cha­lik.

Le jeune dra­ma­turge et met­teur en scène fran­co-bri­tan­nique rê­vait de­puis dix ans de faire ce film pour ra­con­ter com­ment la plus cé­lèbre pièce d'Ed­mond Ros­tand fi­ni­ra, contre toute at­tente, par rem­por­ter un suc­cès ins­tan­ta­né et his­to­rique dès sa pre­mière en 1897. Mi­cha­lik connaît lui-même sa propre «suc­cess sto­ry» de­puis 2016 : sa pièce Ed­mond, mon­tée avant le film, se joue à gui­chets fer­més de­puis deux ans (900 re­pré­sen­ta­tions dont 220 en tour­née), après avoir rem­por­té cinq Mo­lières. Le suc­cès est tel que la pièce a été adap­tée en an­glais et se­ra don­née en mars à Bir­min­gham.

Ed­mond, en ver­sion film, c'est un peu Sha­kes­peare in Love à la fran­çaise : Mi­cha­lik af­firme qu'il s'est ins­pi­ré du film de John Mad­den (1998) avec Jo­seph Fiennes et Gwy­neth Pal­trow et qui ima­gine la vie du cé­lèbre dra­ma­turge an­glais au mo­ment d'écrire Ro­méo et Ju­liette. Cy­ra­no de Ber­ge­rac, lui, est «un chef-d'oeuvre, la plus grande suc­cess sto­ry du théâtre fran­çais, la der­nière grande su­per­pro­duc­tion théâ­trale, alors qu'ar­rive le ci­né­ma, qui va fer­mer des théâtres...», s'émer­veille Alexis Mi­cha­lik.

Pa­ris, 1895. Le jeune Ed­mond Ros­tand, n'a rien écrit de­puis deux ans. Il va se mettre à écrire une co­mé­die hé­roïque im­pro­bable, en alexan­drins et longues ti­rades, pour le co­mé­dien géant d'alors, Co­que­lin, lui aus­si aux abois. À contre­cou­rant des goûts do­mi­nants de l'époque, Cy­ra­no fe­ra 40 rap­pels pour sa pre­mière en dé­cembre 1897 et se­ra jouée plus de 20 000 fois au siècle der­nier. Ros­tand se­ra dé­co­ré illi­co de la Lé­gion d'hon­neur.

Mi­cha­lik, 36 ans, a confié avoir rê­vé d'«un grand film en cos­tumes, un truc qui cé­lèbre l'amour que je peux avoir pour le théâtre, et un hom­mage aux sa­gas, aux grands films d'an­tan, les

le ci­né­ma de Billy Wil­der»... La fresque dut at­tendre, faute de fi­nan­ciers. Le met­teur en scène, ré­vé­lé avec Le Por­teur d'his­toire (2012), par­vient fi­na­le­ment à réunir un bud­get de «plu­sieurs mil­lions d'eu­ros».

Ed­mond, c'est un peu

Sha­kes­peare in Love à la fran­çaise!

Le film est un mé­lange des genres : «Pas un bio­pic, non, un ré­cit his­to­rique mais pas vrai­ment, une co­mé­die ro­man­tique mais pas que, une co­mé­die mais pas que, une tra­gi­co­mé­die mais pas vrai­ment...», ex­plique Mi­cha­lik. Comme la pièce, l'Ed­mond fil­mé est en­le­vé, en tem­po, une quête de rythme as­su­mée par Mi­cha­lik qui aime que les choses «swinguent». Et qui goûte le plai­sir ci­né­ma­to­gra­phique des scènes en ex­té­rieur, des fi­gu­rants, des grues, de «pou­voir mon­trer, là ou le théâtre sug­gère», mais conserve un «es­prit de troupe» de théâtre, pal­pable à l'écran.

Le Belge Oli­vier Gour­met (nom­mé au Cé­sar du meilleur ac­teur en 2012 et 2014) dit as­su­mer «l'ogre, l'hy­per­ac­tif », le « gar­gan­tuesque» mais aus­si «l'ar­tis­tique» Co­que­lin, dans un dé­li­cat «jeu dans le jeu :

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