Luxemburger Wort

Sans di­gnité

La vie des sans-ab­ris de­vi­ent de plus en plus dif­fi­ci­le

- Luxembourg

L'etat, qui pré­tend fai­re tel­le­ment pour les dé­mu­nis, con­struit ces so­idi­sant bis­trots so­ci­aux, où des ven­deurs de dro­gues ara­bes me di­sent «Dé­ga­ge, fils de p...! Ta place est de­hors!» et si je res­te quand mê­me, ils vo­lent ou cas­sent mes af­fai­res ou mê­me me ta­pent. Les vi­eil­les gens, à qui je ne fais au­cun mal, ni je prends quoi que ce soit, me ju­gent, m'in­sul­tent, me haïs­sent par­ce que je me con­tente du peu que je pos­sè­de et ne cours pas der­riè­re l'ar­gent avec eux.

Les jeu­nes ré­si­dents, à qui on a appris dès l'âge de trois ans que la val­eur d'un êt­re hu­main se me­su­re en eu­ros, me con­sidè­rent com­me du dé­chet et me chas­sent dans le fro­id et la plu­ie, pour avoir, eux, une place au sec pour fu­mer leurs joints. Les jeu­nes im­mi­grants, qui viv­ent leur vie dans leur nou­vel­le pa­trie grâce aux im­pôts, que des pau­vres im­bé­ci­les com­me moi ont payés, m'agres­sent, me vo­lent mes vête­ments au dé­but de l'hi­ver, me ta­pent du pied dans la fi­gu­re, me cas­sent les côtes.

Le mer­ci de ce pays et de ces ci­toy­ens pour avoir tra­vail­lé du­rant pres­que 20 ans au Lu­xem­bourg!

Vi­v­re en tant que sans do­mi­ci­le fi­xe (SDF) dans ce pays ul­tra­li­bé­ral et hy­per-mo­der­ne uni­que­ment pour les ri­ches et les forts, c'est com­prend­re ce qu'ont dû res­sen­tir par ex­emp­le les black sous le ré­gime de l'apart­heid en Afri­que du Sud. Ex­po­sé sans dé­fen­se à ceux, qui ne re­spec­tent ni ri­en ni per­son­ne, à ceux qui éprou­vent du plai­sir à fai­re mal à tous ceux, qui ne sa­vent pas se dé­fend­re et qui ne sont dé­fen­dus par per­son­ne. Est-ce que le Lu­xem­bourg ne fait peut-êt­re plus par­tie des pays, qui ont si­gné les Droits de l'hom­me? Ou est-ce que not­re gou­ver­ne­ment a peut-êt­re chan­gé la Con­sti­tu­ti­on, ju­ge­ant que les gens, qui viv­ent dans la rue, n'ont pas as­sez de val­eur pour avoir droit à sa pro­tec­tion et à un mi­ni­mum de di­gnité hu­mai­ne?

Ce n'est pas gai de mour­ir com­me du bé­tail au bord de la rue, d'êt­re ri­di­cu­li­sé, in­sul­té, me­na­cé et ter­ro­ri­sé, sans avoir ja­mais ri­en fait de mal à per­son­ne, sans coû­ter ri­en à per­son­ne, sans cas­ser ou sa­lir quoi que ce soit, qui leur ap­par­ti­ent. En fait, pour la seu­le et uni­que rai­son, que je su­is dif­fé­rent.

Je me rap­pel­le de ce beau pays, où je su­is né, où j'ai gran­di, où je su­is al­lé à l'éco­le et où j'ai je­té 18 ans de ma vie pour al­ler tra­vail­ler. Pas vrai­ment un pa­ra­dis, car les pa­ra­dis exis­tent uni­que­ment à des endroits, où il n'y a pas d'hom­mes, mais quand-mê­me: On y ren­con­trait plein d'êtres hu­mains, des vrais, des gens qui avai­ent des sen­ti­ments, qui s'in­téres­sai­ent aux au­tres, les ai­dai­ent spon­ta­né­ment, quand ils le pou­vai­ent, qui re­spec­tai­ent ceux qui re­spec­tent au­trui, qui ne te con­dam­naient pas par­ce que tu n'as ri­en ou par­ce que tu n'es pas com­me eux. «La seu­le vil­le, où je peux vi­v­re ma vie en tant que ce­lui que je su­is», un ma­ro­cain m'a dit à Mon­tréal. Au Lu­xem­bourg 2019, c'est ex­ac­te­ment le con­trai­re: Soit tu t'in­tèg­res dans cet­te cul­tu­re gou­ver­née par le fric et où, de plus en plus, ceux qui ont les plus grands poings et les coups de pied les plus bru­taux, ont le droit de fai­re des au­tres tout ce qu'ils ont en­vie de fai­re, soit ta vie fi­ni­ra par êt­re un cau­che­mar, dont tu ne so­u­hai­te­ras qu'une seu­le cho­se: Qu'il soit en­fin ter­mi­né.

Qu­el­le hor­reur de m'ima­gi­ner, que très pro­ba­ble­ment, un jour, les gens dans le mon­de en­t­ier se­ront com­me ceux qui, dans ce pays, pré­ten­dent d'êt­re des êtres hu­mains!

Avec de plus en plus de har­cè­le­ments et de vols, mes chan­ces de sur­vi­v­re cet hi­ver sont plu­tôt min­ces. Mais, est-ce que vi­v­re dans cet­te so­cié­té sans au­cun sen­ti­ment hu­main vaut vrai­ment la pei­ne? Si seu­le­ment le voya­ge dans le temps était pos­si­ble! Avant de crever, pou­voir re­tour­ner jus­te du­rant une se­mai­ne dans ce beau Lu­xem­bourg de mon en­fan­ce ... Aly Lut­gen,

SDF

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Photo: G. Jal­lay Ce n'est pas gai d'êt­re ri­di­cu­li­séé et in­sul­té, sans avoir ja­mais ri­en fait de mal à per­son­ne, dit l'au­teur du cour­ri­er de lec­teur.

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