Luxemburger Wort

Le mot du père Noël

- Par Gaston Carré

Billet

Je suis une légende, je suis le père Noël, un mythe. Une légende de votre enfance, une histoire vraie en somme, une fable véridique. Vous y avez cru d’ailleurs, toujours, petits et grands. Ma barbe blanche mon traîneau mes cadeaux, qu’en passant par la cheminée je dépose dans vos souliers. C’est magique, oui, et Noël est cette magie, non la barbe et le traîneau, les rois mages et mes rennes mais les étoiles dans les yeux, votre aptitude au merveilleu­x.

Vous y avez cru, mais cette fois vous n’y croyez plus. Le père Noël ne viendra pas cette année, dites-vous. La pandémie, le couvre-feu, il ne pourra pas. Lamentable! Croyez-vous, vraiment, qu’une épidémie va me souffler, comme on mouche une chandelle quand les fées vont se coucher? Croyez-vous, vraiment, que le virus est assez toxique pour éteindre ma pipe? Oserez-vous dire à vos enfants que je suis en quarantain­e, que Jésus est confiné en crèche, qu’il y a blackout sur Melchior, Gaspard et Balthazar? Trouble-fête! Défêtistes!

Certes, il faudra s’adapter. S’organiser et être prudent. Mais prudent je l’ai toujours été, sans quoi mille fois je me serai crashé avec mon carrosse délabré, en cette période où les voies du seigneur aussi sont verglacées, où sur Bethléem Tsahal tire sans sommation. Et on ne fait pas leçon d’organisati­on à un homme qui depuis

2000 ans enchante cinq continents, dissémine du rêve en temps réel, alors que vos petits chiards insinuent que j’ai un deal avec Alibaba, que c’est par DHL que je fais livrer leurs babioles.

Je viendrai masqué, mais j’ai toujours été masqué, sans quoi il y a longtemps que j’aurais été déjoué, qu’on n’y croirait plus, à mes prodiges, mon cirque étoilé. Mon patron quant à lui opère en télétravai­l, il a toujours opéré en télétravai­l, dans le cloud, le Très-Haut est en Ascension quand je vais au charbon.

Je vais au taf, oui, et m’expose aux critiques des écolos, qui au vu des distances parcourues flairent mon bilan carbone. J’y croise les végétarien­s, qui tiennent la dinde pour une farce, les censeurs du chocolat, les délateurs de l’huile de palme, mille autres philistins du nouvel ordre moral. Ce n’est pas le virus qui me gêne, voyez-vous, c’est votre fièvre normative. Qu’êtes-vous devenus, parents zélés, pour annoncer l’apocalypse à des petits qui rêvent d’épiphanies? Quel fléau vous a-t-il dégradés en douaniers, à fouiller ma hotte pour débusquer des articles de contrefaço­n? A exiger des certificat­s de conformité, à palper mes peluches, scanner mon âne pour voir s’il fait la mule? J’en connais qui me feraient procès pour violation de domicile, d’autres qui me dénoncerai­ent pour séjour illégal, clandestin­o, oui, j’en ai ras la mitre qu’on me cherche des crosses.

Ras la mitre, oui, et pourtant je serai là, une fois encore. Pour les enfants surtout, pour leurs parents s’il leur reste un peu de fantaisie. Au soir de Noël regardez le ciel: une comète y filera, vous direz la barbe, c’est lui! Ce sera moi, oui, pour permettre à tous d’y croire encore. Pour éviter que les légendes

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