Po­li­tique : La ren­trée des Nuls !

La Nouvelle Tribune - - Au fil de la semaine -

En cette ren­trée de sep­tembre 2018, il est lo­gique et même né­ces­saire de s’in­ter­ro­ger sur l’état ac­tuel de la scène po­li­tique et des ac­teurs cen­sés l’ani­mer.

Et, sans exa­gé­ra­tion au­cune, force est de consta­ter qu’elle est en pi­teux état.

En un état tel que les constats alar­mants, pes­si­mistes, mais aus­si ac­cu­sa­teurs fusent de toutes parts à l’en­contre es­sen­tiel­le­ment de cette ma­jo­ri­té par­le­men­taire et gou­ver­ne­men­tale di­ri­gée par le PJD et son pre­mier re­pré­sen­tant, M. Saad Eddine El Oth­ma­ni.

Car si l’on s’in­ter­roge lé­gi­ti­me­ment sur la coa­li­tion ma­jo­ri­taire, c’est par dé­faut, sa­chant que l’op­po­si­tion, re­pré­sen­tée par le PAM et le PI, est de­puis long­temps aux abon­nés ab­sents, même si le par­ti de M. Ni­zar Ba­ra­ka a ten­té au dé­but de l’été, de bou­ger sur la ques­tion d’une loi rec­ti­fi­ca­tive des Fi­nances, tom­bée ra­pi­de­ment dans l’ou­bli.

Pre­mier constat donc, la classe po­li­tique na­tio­nale, ne marche que sur une jambe, et quelle jambe !

Une si­tua­tion dra­ma­tique

Alors que la nor­ma­li­té ré­clame une confron­ta­tion per­ma­nente entre deux camps, dans l’arène par­le­men­taire no­tam­ment, pour échan­ger cri­tiques et pro­po­si­tions, pré­sen­ter des al­ter­na­tives et des voies dif­fé­rentes, l’op­po­si­tion ob­serve plu­tôt la tac­tique du «si­lence des agneaux» au mo­ment même où l’opi­nion pu­blique, sans re­pères nets, ob­serve avec ef­froi cette dé­ser­tion in­con­tes­table.

Le spec­tacle ne vaut donc que pour la ma­jo­ri­té, si tant est que l’on puisse en­core par­ler de ma­jo­ri­té pour un grou­pe­ment de par­tis qui n’ont pour seul point de ral­lie­ment la pré­sence de cer­tains de leurs re­pré­sen­tants au sein d’une équipe gou­ver­ne­men­tale sans lea­der­ship af­fir­mé, sans dé­marche so­li­daire, sans co­hé­sion in­terne. Force est de re­le­ver le triste constat qu’au­jourd’hui la classe po­li­tique na­tio­nale est, ob­jec­ti­ve­ment, à ge­noux!

Les par­tis po­li­tiques, tout au­tant qu’ils sont, n’ont plus et de­puis long­temps, la fa­veur des ci­toyens.

Tout se passe comme si l’opi­nion pu­blique était d’un cô­té et les par­tis de l’autre, oc­cu­pés à ré­gler leurs pro­blèmes in­ternes, les ques­tion d’ego de leurs di­rec­tions res­pec­tives, le jeu mes­quin des coups four­rés aux dé­pends de telle ou telle for­ma­tion, sans s’in­té­res­ser vrai­ment aux grandes et graves ques­tions de l’heure ! On se de­man­de­ra donc, à juste titre, si cet état de dé­li­ques­cence a été pro­gram­mé, exé­cu­té, mis en oeuvre au nom d’une stra­té­gie qui ne veut pas être as­su­mée pu­bli­que­ment en tant que telle ou si l’état ac­tuel n’est que la consé­quence d’une dé­rive en­ta­mée de­puis long­temps, ag­gra­vée par le vieillis­se­ment des élites po­li­tiques, la per­son­na­li­sa­tion du pou­voir po­li­ti­cien, les am­bi­tions per­son­nelles, mais aus­si un cer­tain de­gré d’in­com­pé­tence po­li­tique des res­pon­sables par­ti­sans qui n’au­raient pas la même «voi­lure» que leurs re­gret­tés pré­dé­ces­seurs... Mais, en réa­li­té, peu im­porte la rai­son pre­mière ou la cause ori­gi­nelle de cette si­tua­tion, car ce qui compte c’est l’am­pleur du hia­tus, de l’écart, du gouffre même qui sé­pare au­jourd’hui les ci­toyens des par­tis po­li­tiques.

Cette conjonc­ture, qui a ten­dance à s’ins­tal­ler dans la du­rée, n’est cer­tai­ne­ment pas bonne pour la dé­mo­cra­tie ma­ro­caine, le jeu de l’équi­libre des pou­voirs, l’ap­pli­ca­tion des dis­po­si­tions de la Consti­tu­tion de 2011, etc.

Comme ce Texte fon­da­men­tal le pro­clame avec force, les par­tis po­li­tiques ont no­tam­ment pour mis­sion d’en­ca­drer les ci­toyens, de les conduire vers l’exer­cice de leurs droits, de les in­ci­ter à la res­pon­sa­bi­li­té, au ci­visme, au pa­trio­tisme. Com­ment concré­ti­ser de telles né­ces­si­tés avec des ou­tils si peu per­for­mants ?

Avec une classe po­li­tique peu ef­fi­cace, dans sa per­cep­tion glo­bale, des par­tis af­fai­blis, dans leur grande ma­jo­ri­té, des que­relles in­tes­tines qui se mul­ti­plient, des al­liances trop fra­giles pour appliquer des po­li­tiques so­ciales et éco­no­miques har­dies et im­pé­rieuses au re­gard des prio­ri­tés de l’heure, on pré­pare des len­de­mains très in­cer­tains. En ef­fet, se pro­filent le risque d’ex­plo­sions so­ciales in­con­trô­lées, (et le pas­sé ré­cent l’a prou­vé en plu­sieurs oc­ca­sions), mais aus­si la do­mi­na­tion ou­tran­cière de la seule force qui, mal­gré un réel af­fai­blis­se­ment in­terne, dis­pose en­core de moyens puis­sants de do­mes­ti­ca­tion de l’opi­nion pu­blique, le PJD.

El Oth­ma­ni, fos­soyeur en chef ?

Avec, certes, des pro­cess in­ternes de dé­mo­cra­tie par­ti­sane, le PJD, di­vi­sé au­jourd’hui en deux, voire trois ten­dances, reste néan­moins cette for­ma­tion style «Frères mu­sul­mans» à l’agen­da bien dé­ter­mi­né pour le de­ve­nir de la po­pu­la­tion ma­ro­caine, qui se­rait mar­qué au sceau de l’in­to­lérance, du pas­séisme et du conser­va­tisme.

Il est d’ailleurs si pé­né­tré de sa mis­sion «ci­vi­li­sa­trice» qu’il semble dé­sor­mais prêt à se pas­ser de toute al­liance avec d’autres forces, comme l’ex­prime par­fai­te­ment le ren­voi sans mé­na­ge­ment du gou­ver­ne­ment de Mme Cha­ra­fat Afi­lal, se­cré­taire d’État à l’Eau, membre du Bu­reau Po­li­tique du PPS.

Le par­ti de Na­bil Be­nab­dal­lah, qui a agi en al­lié fi­dèle et sin­cère de­puis plus de sept an­nées, en est au­jourd’hui ré­duit à s’in­ter­ro­ger sur la lé­gi­ti­mi­té de sa pré­sence au sein d’une coa­li­tion où il fi­gu­rait pour­tant comme le plus sûr des com­pa­gnons de route des is­la­mistes !

Et c’est le chef de la coa­li­tion ma­jo­ri­taire et du gou­ver­ne­ment, Saad Eddine El Oth­ma­ni, qui conduit les opé­ra­tions de dé­sta­bi­li­sa­tion de sa ma­jo­ri­té, comme si la ques­tion du main­tien ou non d’une Se­cré­taire d’État is­sue du PPS était prio­ri­taire et fon­da­men­tale pour la bonne

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