60 mil­liards de dol­lars, aide fi­nan­cière ou ou­til po­li­tique d’in­fluence ?

7ème Fo­rum sur la co­opé­ra­tion si­no-afri­caine

La Nouvelle Tribune - - Au fil de la semaine - Has­san Zaa­tit

La Chine, his­to­ri­que­ment une éco­no­mie de plan, se donne au­jourd’hui un nou­veau vi­sage au ni­veau de sa po­li­tique com­mer­ciale. ‘‘L’usine du monde’’ ne cesse d’ailleurs de plai­der pour l’ou­ver­ture des mar­chés, la baisse des taxes doua­nières, les ALE, l’at­té­nua­tion du pro­tec­tion­nisme des Etats.

Cette ten­dance chi­noise se ren­force à un mo­ment où les éco­no­mies li­bé­rales oc­ci­den­tales, à leur tête les Etats-Unis, re­viennent sur l’ou­ver­ture de leurs mar­chés pour da­van­tage de pro­tec­tion­nisme. En ef­fet, ce qui se passe au­jourd’hui entre la Chine et les USA, deux su­per­puis­sances com­mer­ciales, en dit long. Pour la Chine, la dé­ci­sion de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump d’aug­men­ter les droits de douane sur les pro­duits en pro­ve­nance de la Chine, interpelle la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale, l’OMC en par­ti­cu­lier. En at­ten­dant, le bras de fer entre la Chine et l’Oncle Sam, ali­mente les dé­bats et per­sonne ne semble cé­der face à la me­nace pour le mo­ment.

Ce fai­sant, la Chine ne veut pas res­ter sans al­ter­na­tives, nou­veaux mar­chés, ou par­te­naires, au­tant en mal de dé­ve­lop­pe­ment so­cio-éco­no­mique soient-ils. La dé­marche ne date pas d’hier, et la Chine ne cesse de­puis des an­nées dé­jà de s’of­frir de nou­veaux mar­chés à tra­vers le monde, l’Afrique en par­ti­cu­lier. Au mois de juillet der­nier, le pré­sident chi­nois a ef­fec­tué une tour­née afri­caine.

Avant cette tour­née, le 28 juin der­nier, le Bu­reau d’In­for­ma­tion du Conseil des Af­faires d’Etat de Chine a pu­blié un Livre Blanc qui re­trace les en­ga­ge­ments de la Chine au­près de l’OMC et dé­crie ses positions pour tout ce qui concerne le com­mer­cial in­ter­na­tio­nal.

Le 24 juillet der­nier, à Ra­bat, au ni­veau de son Am­bas­sade, la Chine a pré­sen­té son Livre Blanc à la presse na­tio­nale. Jing Ning, Conseiller Eco­no­mique et Com­mer­cial de l’Am­bas­sade de la Ré­pu­blique Po­pu­laire de Chine au Ma­roc, a com­men­cé par sou­li­gner avec force que l’es­prit de ce do­cu­ment va dans le sens de l’échange et du dia­logue : ‘‘La Chine s’op­pose à toute ini­tia­tive uni­la­té­rale et sou­tient toute ap­proche mul­ti­la­té­rale s’ins­cri­vant dans le cadre de l’OMC ’’.

Et de pour­suivre que la Chine conti­nue d’ailleurs de dé­mon­trer l’ou­ver­ture de son éco­no­mie au monde. De­puis son adhé­sion à l’OMC en 2001, le pays a veillé à struc­tu­rer en pro­fon­deur sa po­li­tique com­mer­ciale so­cia­liste et amé­lio­rer l’en­vi­ron­ne­ment des af­faires.

Con­crè­te­ment, ex­plique le di­plo­mate chi­nois, le pays va com­men­cer par la baisse des droits de douane à un ni­veau moyen qui est pas­sé de 15,3% en 2001 à 9,8%. Les taxes doua­nières des pro­duits in­dus­triels sont pas­sées de 14,8% à 8,9% et celles des pro­duits agri­coles, de 23,2% à 15,2%. Dans la même lan­cée et de­puis cette date, la Chine tra­vaille à le­ver les restrictions sur les in­ves­tis­se­ments étran­gers dans cer­tains sec­teurs et élar­gir les op­por­tu­ni­tés d’af­faires. Il s’agit de 54 sous-sec­teurs tels que les banques, les as­su­rances, les NTIC, les té­lé­com­mu­ni­ca­tions… Jing Ning donne l’exemple du sec­teur au­to­mo­bile où les ta­rifs doua­niers ont connu une im­por­tante baisse, de 100% à 25%. Le vo­lume des im­por­ta­tions des vé­hi­cules est pas­sé de 890 mil­lions de dol­lars en 2001 à 37,91 mil­liards de dol­lars en 2017, soit une croissance an­nuelle moyenne de 26,4%. Du coup, le dé­fi­cit com­mer­cial s’est creu­sé pour at­teindre 34,35 mil­liards de dol­lars contre 870 mil­lions de dol­lars. Ce qui a obli­gé les en­tre­prises au­to­mo­biles chi­noises de re­cou­rir à une ré­or­ga­ni­sa­tion d’ou­ver­ture sur les ca­pi­taux étran­gers, no­tam­ment les construc­teurs mon­diaux au­to­mo­bile : «Le sec­teur a beau­coup été im­pac­té par cette me­sure doua­nière et beau­coup d’em­plois ont été per­dus, mais avec cette ré­or­ga­ni­sa­tion d’ou­ver­ture sur les ca­pi­taux étran­gers, la Chine, le sec­teur au­to­mo­bile no­tam­ment, a ga­gné en sa­voir-faire tech­nique et tech­no­lo­gique, la lo­gis­tique, le ma­na­ge­ment, les ser­vices et au fil du temps, l’in­dus­trie au­to­mo­bile chi­noise a connu une nette amé­lio­ra­tion avec en toile de fond une in­té­gra­tion gra­duelle aux chaîne de va­leur mon­diales’’.

Ombre et lu­mière

Du cô­té des chiffres, on re­tien­dra que les im­por­ta­tions aug­mentent an­nuel­le­ment de 13% et que le pays reste le troi­sième im­por­ta­teur du monde. La con­tri­bu­tion du pays dans le dé­ve­lop­pe­ment de l’éco­no­mie mon­diale est es­ti­mée à 30%. Sa croissance est pas­sé de 4,1% en 2001 à 14% en 2007, puis à 6,9% en 2017, et ce, en dé­pit de la crise éco­no­mique mon­diale qui a se­coué beau­coup de pays dans le monde. La Chine reste le pre­mier pays émet­teur de tou­ristes, soit 130 mil­lions de Chi­nois qui ont voya­gé à l’étran­ger en 2017. Le vo­lume des dé­penses liées à cet ef­fet s’est éle­vé à 115 mil­liards de dol­lars. En no­vembre pro­chain, le pays or­ga­ni­se­ra la pre­mière Foire In­ter­na­tio­nale consa­crée ex­clu­si­ve­ment à l’im­por­ta­tion.

Au­jourd’hui, le pays est en guerre com­mer­ciale avec les Etats Unis et qualifie la po­si­tion Trump de plei­ne­ment contra­dic­toire avec les stan­dards de l’OMC. Et pour y re­mé­dier, la Chine compte sur son im­mense mar­ché in­té­rieur et ses re­la­tions ami­cales et de co­opé­ra­tion qu’elle conti­nue de ren­for­cer avec tous les pays du globe.

Pour Jing Ning, la pu­bli­ca­tion du Livre Blanc vient, de nou­veau, dé­mon­trer la vo­lon­té ma­ni­feste du gou­ver­ne­ment chi­nois pour l’ou­ver­ture des mar­chés dans le cadre de l’OMC qu’il tient à ho­no­rer, no­tam­ment à tra­vers la ‘‘Route de la Soie’’.

Seul bé­mol à consta­ter tou­te­fois, à sa­voir la qua­li­té de beau­coup de pro­duits chi­nois qui ne res­pectent pas les normes de l’OMC. Aus­si, pour les pays en mal d’as­su­rer l’équi­libre sou­hai­té de leur ba­lance com­mer­ciale, un mi­ni­mum de pro­tec­tion­nisme s’im­pose… ! Le Ma­roc en est l’exemple. Last but not least, inon­dés de prêts chi­nois, les pays bé­né­fi­ciaires des chantiers d’in­fra­struc­tures des « Routes de la soie » lan­cées par Pé­kin voient leur en­det­te­ment s’en­vo­ler, au point d’alarmer le FMI et de pous­ser cer­tains Etats à se re­bif­fer.

A l’été 2013, le pré­sident chi­nois Xi Jin­ping lan­çait son ini­tia­tive ti­ta­nesque d’édi­fi­ca­tion de ports, routes et liai­sons fer­ro­viaires à tra­vers l’Asie, l’Afrique et l’Eu­rope, à coups de di­zaines de mil­liards de dol­lars.

Cinq ans plus tard, ces «nou­velles Routes de la soie» concentrent cri­tiques et in­quié­tudes, Pé­kin étant ac­cu­sé d’uti­li­ser sa force de frappe fi­nan­cière pour étendre son in­fluence... Le sou­ci en­vi­ron­ne­men­tal, lui, est un autre dé­bat !

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