Po­li­tique de l’Etat, quel mois d’août !!!

La Nouvelle Tribune - - Au fil de la semaine - Fahd Ya­ta

En août au Ma­roc, il n’y a pas que la tem­pé­ra­ture qui est éle­vée. Même l’ac­tua­li­té est brû­lante comme le confirment les dé­ci­sions et dis­cours royaux de ces der­niers jours.

Tour à tour en ef­fet, on a eu droit à un train de no­mi­na­tions, l’at­tri­bu­tion d’un ma­ro­quin d’im­por­tance, la sup­pres­sion d’un stra­pon­tin mi­nis­té­riel, outre la dé­ci­sion, stra­té­gique, du ré­ta­blis­se­ment du ser­vice mi­li­taire obli­ga­toire pour les jeunes de 19 à 25 ans.

Et ce­la, sans ou­blier l’al­lo­cu­tion royale sur la jeu­nesse et son ave­nir avec, à la clé, des pro­po­si­tions concrètes dont la ma­té­ria­li­sa­tion de­vrait être re­la­ti­ve­ment ra­pide.

Et, pour cou­ron­ner le tout, l’an­nonce de la li­bé­ra­tion de 160 dé­te­nus du Hi­rak, une grâce royale ac­cor­dée le jour de l’Aïd Al Ad­ha, à des condam­nés à des peines re­la­ti­ve­ment lé­gères et que l’on qua­li­fie­ra donc de lam­pistes.

Qui di­ra après ce­la que le mi­lieu de l’été est tou­jours calme dans notre pays ?

Cet ac­ti­visme de bon aloi se­ra po­si­ti­ve­ment per­çu par l’opi­nion pu­blique na­tio­nale qui com­prend que la conti­nui­té de l’Etat est ef­fec­tive avec de telles me­sures.

El Oth­ma­ni dé­men­ti

Ain­si, sur la no­mi­na­tion du PDG du Groupe BCP à la tête du mi­nis­tère de l’éco­no­mie et des fi­nances, le ban­quier de haut vol Mo­ha­med Ben­chaa­boun, les ci­toyens au­ront per­çu en cette oc­ca­sion, le hia­tus pro­fond qui existe entre les af­fir­ma­tions de M. Saad Eddine El Oth­ma­ni, chef du gou­ver­ne­ment, et les ap­pré­cia­tions royales.

En ef­fet, la se­maine pas­sée, le chef du gou­ver­ne­ment dé­cla­rait à un confrère de la presse quo­ti­dienne fran­co­phone, que l’évic­tion de M. Bous­said ne se­rait pas dom­ma­geable pour la pré­pa­ra­tion du PLF 2019 et, ra­jou­tant une couche, El Oth­ma­ni af­fir­mait que M. Ama­ra, in­té­ri­maire, se­rait un bon mi­nistre des fi­nances même s’il ne connais­sait rien en ce do­maine, du fait de sa grande ex­pé­rience ministérielle.

Une se­maine au plus après ces pro­pos lé­ni­fiants, le Roi Mohammed VI nom­mait M. Mo­ha­med Ben­chaa­boun au poste pré­cé­dem­ment oc­cu­pé à par M. Bous­said.

Et toc pour El Oth­ma­ni…

Autre nou­velle qui ne pou­vait pas­ser inaperçue, la sup­pres­sion du se­cré­ta­riat d’État à l’Eau, pri­vant de ce fait Mme Cha­ra­fat Afi­lal et le PPS d’un stra­pon­tin mi­nis­té­riel pour­tant pré­cieux pour ce par­ti dont le poids ins­ti­tu­tion­nel se ré­duit comme peau de cha­grin.

Mais, in­con­tes­ta­ble­ment, c’est la no­mi­na­tion de plu­sieurs am­bas­sa­deurs dans des ca­pi­tales « sen­sibles » qui au­ra re­te­nu l’at­ten­tion des ob­ser­va­teurs.

Des pro­mus et des dé­çus

Ain­si, M. Yous­sef Am­ra­ni, di­plo­mate che­vron­né, po­ly­glotte, an­cien mi­nistre dé­lé­gué aux AE et jus­qu’à pré­sent char­gé de mis­sion au ca­bi­net royal, a été dé­si­gné pour le poste à Pre­to­ria. Il s’agit là d’une af­fec­ta­tion car­di­nale pour un homme dont les convic­tions pa­trio­tiques sont connues. Mais, sur­tout, un grand chal­lenge pour un grand di­plo­mate, sa­chant qu’à comp­ter du Pre­mier jan­vier pro­chain, l’Afrique du Sud in­tè­gre­ra le Conseil de Sé­cu­ri­té de l’ONU pour deux an­nées.

Par­mi les autres no­mi­na­tions, on no­te­ra celle de M. Kha­lid Na­ci­ri à Am­man, une belle mis­sion pour ce mi­li­tant et di­ri­geant du PPS de la pre­mière heure et qui, sans nul doute, man­que­ra beau­coup à M. Na­bil Be­nab­dal­lah, lorsqu’il s’agi­ra de prendre des dé­ci­sions dif­fi­ciles au sein du BP du PPS. On re­mar­que­ra éga­le­ment la dé­si­gna­tion de M. Has­san Abouyoub à Bu­ca­rest, ce qui n’est sans doute pas la plus flam­boyante des am­bas­sades, mais qui per­met de com­prendre que son pré­dé­ces­seur, M.Fa­del Be­nyaich, dis­pa­raît des écrans ra­dar, lui qui avait été mu­té de Ma­drid à Bu­ca­rest lors du pré­cé­dent round d’af­fec­ta­tions. En­fin, der­nière dé­si­gna­tion «par­lante», celle de M. Sa­mir Dhar, qui passe d’Athènes à Pa­ris, après quelques mois seule­ment dans la ca­pi­tale hel­lène pour oc­cu­per le pres­ti­gieux poste de re­pré­sen­tant per­ma­nent du Ma­roc au­près de l’UNESCO, ce qui, in­con­tes­ta­ble­ment, le rap­pro­che­ra for­te­ment de sa fa­mille au Ma­roc.

Af­faires gou­ver­ne­men­tales, di­plo­ma­tiques, mais aus­si af­faires stra­té­giques ont donc ca­rac­té­ri­sé l’ac­tion royale ces der­niers jours, alors que la pays cé­lé­brait tout à la fois la Ré­vo­lu­tion du Roi et du Peuple, l’an­ni­ver­saire du Sou­ve­rain et l’Aïd Al Ad­ha.

Les an­nées 2020 de notre jeu­nesse

Car le Royaume est riche de sa jeu­nesse, mais celle-ci ne le per­çoit pas tou­jours.

Voi­là pour­quoi, outre l’an­nonce royale de me­sures pré­cises et po­si­tives pour as­su­rer un de­ve­nir meilleur à notre jeu­nesse, la no­mi­na­tion d’une femme jeune et com­pé­tente à la tête de l’OFPPT, c’est le re­tour de la conscrip­tion obli­ga­toire pour les jeunes de 19 à 25 ans qui a for­te­ment im­pres­sion­né l’opi­nion pu­blique.

Les FAR, qui dis­posent d’une longue ex­pé­rience en ma­tière de for­ma­tion, qui pos­sèdent l’en­ca­dre­ment né­ces­saire pour in­cul­quer dis­ci­pline, ri­gueur, res­pect des règles et pa­trio­tisme, se­ront donc mises à con­tri­bu­tion pour as­su­rer la prise en charge de di­zaines de mil­liers de jeunes au­jourd’hui lais­sés à eux­mêmes, mal et fai­ble­ment sco­la­ri­sés, dé­nués de sens ci­vique et li­vrés aux dan­gers de la rue. Le ser­vice mi­li­taire obli­ga­toire est donc une me­sure fon­da­men­ta­le­ment po­si­tive et qui pro­dui­ra, très ra­pi­de­ment, des ef­fets concrets, au grand bon­heur sans nul doute de mil­liers de pa­rents in­ca­pables de gé­rer leur pro­gé­ni­ture trop long­temps dé­lais­sée.

En­fin, comme point d’orgue à une longue sé­rie, la grâce royale ac­cor­dée aux dé­te­nus du Hi­rak, hor­mis, bien sûr, les chefs de file.

Le Hi­rak, c’est fi­ni

Cette me­sure, prise la veille de la plus im­por­tante des fêtes re­li­gieuses du peuple ma­ro­cain, outre la joie qu’elle pro­cu­re­ra aux fa­milles des am­nis­tiés, confor­te­ra chez tous les Ma­ro­cains la convic­tion que le Roi Mohammed VI est à leur écoute et agit tou­jours au mo­ment idoine pour ré­ta­blir des si­tua­tions com­pro­mises par d’autres. Alors, après tout ce­la, pour­ra-ton en­core par­ler de ren­trée au dé­but de sep­tembre ?

De tout ce qui pré­cède, il res­sort clai­re­ment en tout cas, que les prio­ri­tés de l’Etat n’ont pas connu de va­cance…

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