Par­tis po­li­tiques, en cir­cuit fer­mé !

La Nouvelle Tribune - - Au fil de la semaine - Fahd Ya­ta

Àquoi donc la classe po­li­tique ma­ro­caine peut-elle ser­vir ? La ques­tion mé­rite d’être po­sée en ces jours de ren­trée par­le­men­taire, tant cette « no­menk­la­tu­ra plu­rielle » pa­raît dé­ca­lée, dé­pha­sée et même éloi­gnée des pré­oc­cu­pa­tions de ceux qu’elle est cen­sée, à tra­vers les par­tis, tout à la fois ac­com­pa­gner, gui­der, con­seiller et or­ga­ni­ser !

On constate, en ef­fet, et bien mal­heu­reu­se­ment, que cette classe po­li­tique ne s’im­plique pas vrai­ment dans les ques­tions, pro­blèmes et af­faires qui in­ter­pellent au quo­ti­dien nos conci­toyens. S’il s’agit de la ques­tion de la mort tra­gique d’une jeune té­toua­naise can­di­date au h’rig, ce sont les com­mu­ni­qués of­fi­ciels ou les ré­seaux so­ciaux qui évoquent le pro­blème.

S’il s’agit de la si­tua­tion so­ciale, des co­lères épi­so­diques qui par­courent cer­taines ca­té­go­ries de la po­pu­la­tion, là aus­si, ce sont Fa­ce­book, Twit­ter et autres qui battent le rap­pel des mé­con­tents et qui rap­portent la fronde, la­quelle peut al­ler jus­qu’à la consti­tu­tion de mou­ve­ments plus ou moins spon­ta­nés, tel le Hi­rak d’Al Ho­cei­ma.

S’il s’agit de crise éco­no­mique, d’at­ten­tisme des in­ves­tis­seurs, de ma­rasme dans maints sec­teurs d’ac­ti­vi­té, ce sont seule­ment le gou­ver­ne­ment et la CGEM qui s’ex­priment (à dé­faut d’agir) ! S’il s’agit des grandes orien­ta­tions des­ti­nées à so­lu­tion­ner des pro­blé­ma­tiques stra­té­giques comme celle de notre jeu­nesse, le chô­mage, la san­té ou l’édu­ca­tion, alors c’est l’af­faire du Roi et en se­cond lieu du gou­ver­ne­ment qui met en ap­pli­ca­tion, avec plus ou moins de bon­heur, d’as­si­dui­té, de com­pé­tence et donc de réus­site, les ins­truc­tions royales.

Mais alors di­ra-t-on, où sont les par­tis, que font-ils ?

J’existe donc je suis !

Ils existent, dans leur écra­sante ma­jo­ri­té, pour exis­ter, se­rait-on ten­té d’écrire, pré­oc­cu­pés de leurs seules cui­sines in­ternes, de leurs dis­putes in­tes­tines, de leurs ac­ti­vi­tés ron­ron­nantes. Ain­si, où est le PAM, si­non dans le seul es­prit de ceux qui l’ont créé, fi­nan­cé et qui osent croire en­core qu’il s’agit d’une for­ma­tion po­li­tique cen­sée jouer un rôle d’op­po­si­tion par­le­men­taire dis­po­sant de plus de cent sièges à la Chambre ?

Que fait l’Is­ti­q­lal si­non de ten­ter de­puis plu­sieurs mois d’ef­fa­cer les dé­gâts cau­sés par l’ère Cha­bat, ti­raillé par des que­relles de per­sonnes, des mises à l’écart et autres pé­ri­pé­ties in­ternes ?

Que voit-on de la « glo­rieuse » USFP, si­non des ten­ta­tives peu cré­dibles de re­trou­ver la force et la puis­sance d’an­tan, alors que les com­pa­gnons les plus proches des re­gret­tés Meh­di Ben Bar­ka, Ab­der­ra­him Boua­bid, mais aus­si de Si Ab­der­rah­mane El Yous­sou­fi et Si Mo­ha­med El Yaz­ghi, ont quit­té le ba­teau, écoeu­rés et tristes ?

Que pen­ser du PPS, qui fut le par­ti de l’in­tel­li­gent­sia éclai­rée, des éco­no­mistes poin­tus, des mi­li­tants éprou­vés de la classe ou­vrière, des jour­na­listes les plus lus, et qui, au­jourd’hui, re­porte de se­maine en se­maine de­puis près de deux mois, un plé­num de son Co­mi­té Cen­tral des­ti­né à por­ter un ju­ge­ment sur la mise à l’écart abrupte et in­fa­mante de l’une de ses di­ri­geants, vi­rée comme une mal­propre d’un gou­ver­ne­ment conduit par un al­lié pré­sen­té comme le plus proche ? Quid du PJD, ce par­ti po­pu­liste et conser­va­teur, aux cou­rants qui s’af­frontent dé­sor­mais ou­ver­te­ment, aux francs-ti­reurs dont on ne sait s’ils ex­priment tout haut ce que pensent les « chefs » ou si leurs pro­pos in­cen­diaires sont seule­ment des­ti­nés à pu­nir et à dé­sta­bi­li­ser l’ac­tuel « pri­mus in­ter pares », tom­beur du sieur Ben­ki­rane ? Fau­drait-il donc que le seul par­ti qui s’es­saie vrai­ment à la vie po­li­tique soit le RNI, qui tient mee­tings, congrès et uni­ver­si­tés d’été, qui réunit sa jeu­nesse, mo­bi­lise ses troupes, dis­pose d’un vrai pro­gramme al­ter­na­tif de gou­ver­ne­ment, no­nobs­tant des failles ori­gi­nelles qui tiennent à sa com­po­si­tion so­ciale, son mode de co­op­ta­tion et sa proxi­mi­té avec les « cercles de dé­ci­sion » ?

En­fin, que pen­ser d’un par­ti, au­tre­fois pré­sen­té comme ce­lui des « grandes tentes », ve­nu des mon­tagnes et de la ru­ra­li­té, qui se « paie » le luxe de re­con­duire à sa tête pour quatre ans, un homme âgé de 76 ans. Se­rait-il que le MP soit tant dé­con­nec­té de la réa­li­té de ce Ma­roc où plus de la moi­tié de la po­pu­la­tion a moins de trente ans ?`

Foin d’om­ni­po­tence !

Ce ta­bleau, in­con­tes­ta­ble­ment sombre, ne prouve-t-il pas que nos po­li­ti­ciens et les or­ga­ni­sa­tions qu’ils re­pré­sentent et di­rigent, ne sont rien d’autre en réa­li­té que des ren­tiers, as­sis sur leurs pri­vi­lèges et ac­quis, dont la pé­ren­ni­té est ga­ran­tie par la Consti­tu­tion, et qui, n’ont rien à prou­ver ni à faire pour jus­ti­fier de leur exis­tence et de leur ave­nir ?

Faut-il, au de­meu­rant, ac­cep­ter cer­tains de leurs ar­gu­ments, qui tous, pré­textent de la puis­sance du « Ma­kh­zen », pour ex­pli­quer leur im­mo­bi­lisme, leur pas­si­vi­té, leur fa­ta­lisme ?

Ce « Ma­kh­zen », dont ils at­tendent tous le moindre si­gnal, le plus pe­tit signe pour dé­ci­der de s’ac­ti­ver, leur re­pro­che­rait-il vrai­ment d’être dy­na­miques, dé­ter­mi­nés, ac­tifs et pré­sents comme le furent leurs aî­nés à des époques au­tre­ment dif­fi­ciles et même cru­ciales et qui, ain­si, ga­gnèrent le res­pect et la consi­dé­ra­tion de tous ? Est-ce vrai­ment avec ces « mol­lusques » de la po­li­tique que l’on ira, bien­tôt, aux élec­tions ?

Le Ma­roc et les Ma­ro­cains mé­ritent, sans au­cun doute, mieux et plus que ces par­tis, cette classe po­li­tique qui, en fait fonc­tionne en cir­cuit fer­mé, loin des pré­oc­cu­pa­tions po­pu­laires et des at­tentes des ci­toyens !

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