Aziz Ak­kan­nouch, Pri­mus…

La Nouvelle Tribune - - Au fil de la semaine - Fahd YATA

L’au­dience ac­cor­dée par le Roi Mo­ham­med VI en son pa­lais de Mar­ra­kech à M. Aziz Akhan­nouch, mi­nistre de l’Agri­cul­ture, en fin de se­maine der­nière, n’est as­su­ré­ment pas pas­sée in­aper­çue. Ne se­rait-ce que parce qu’elle a don­né lieu à un ample com­mu­ni­qué of­fi­ciel ex­pli­quant la te­neur de cette au­dience, ce qui, sauf preuve du contraire, est plu­tôt in­usuel dans la pra­tique des re­la­tions ins­ti­tu­tion­nelles entre le Chef de l’État et les membres d’un gou­ver­ne­ment do­té, en prin­cipe, d’un Chef…

Et si cer­tains ont cru consi­dé­rer que «le Roi re­ca­drait Aziz Akhan­nouch» sur la ques­tion de la stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment de l’Agri­cul­ture, la plu­part des ana­lystes pense plu­tôt qu’il s’agis­sait d’une «su­bli­ma­tion» de la mis­sion af­fec­tée au mi­nistre et non un re­ca­drage.

C’est, semble-t-il, parce que la stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur agri­cole, à qui l’on as­signe dé­sor­mais les ob­jec­tifs de construire une classe moyenne, de do­ter une par­tie de la jeu­nesse ru­rale de pers­pec­tives et d’em­plois, de fa­vo­ri­ser le re­mem­bre­ment agri­cole et l’érec­tion de co­opé­ra­tives, mais aus­si de dé­ga­ger un mil­lion d’hec­tares propres à la culture (bour, es­sen­tiel­le­ment), est de­ve­nue cen­trale, no­dale, car­di­nale même, que le Sou­ve­rain a te­nu à mar­quer l’im­por­tance qu’il ac­corde à ce sec­teur et ses pers­pec­tives en re­ce­vant Aziz Akhan­nouch.

Mais ce fai­sant, le Roi Mo­ham­med VI, en une dé­marche qua­si sub­li­mi­nale, a en­voyé plu­sieurs si­gnaux très forts, adres­sés tous azi­muts.

Le pre­mier si­gnal, vo­lens, no­lens, est que dé­sor­mais il existe des mi­nistres qui ont plus d’im­por­tance que le pre­mier d’entre eux, M. El Oth­ma­ni en l’oc­cur­rence. L’ab­sence de ce der­nier lors de cette au­dience consti­tue, en ef­fet, la preuve que le Sou­ve­rain, en quête d’ef­fi­ca­ci­té et de ra­pi­di­té, n’a point vou­lu pas­ser par les cir­cuits ha­bi­tuels, au risque, peut-être, d’ac­cré­di­ter l’idée que M. El Oth­ma­ni, sans pour au­tant être «per­so­na non gra­ta», n’est plus consi­dé­ré comme in­dis­pen­sable ou in­con­tour­nable lors­qu’il s’agit de faire avan­cer cer­taines causes et ques­tions na­tio­nales de pre­mière im­por­tance.

Certes, M. Akhan­nouch a été nom­mé par le Roi, sur pro­po­si­tion du Chef du gou­ver­ne­ment, comme le veut la Loi cons­ti­tu­tion­nelle, mais en trai­tant di­rec­te­ment avec le mi­nistre de l’Agri­cul­ture, le Sou­ve­rain a mon­tré à l’évi­dence qu’il consi­dé­rait que le fond était plus im­por­tant que la forme, n’en dé­plaise sans nul doute à M. El Oth­ma­ni… Le se­cond si­gnal aus­si in­di­rect qu’ex­pli­cite, a été de pla­cer au pre­mier plan un homme Aziz Akhan­nouch, qui a, plu­sieurs mois du­rant, su­bi d’in­croyables at­taques ad ho­mi­nem no­tam­ment sur les ré­seaux so­ciaux, qui a été vic­time d’une flo­pée de fake news, de cam­pagnes de dé­ni­gre­ment, voire de ma­ni­fes­ta­tions or­ches­trées par ses ad­ver­saires po­li­tiques comme celle in­ter­ve­nue à Tan­ger Med il y a quelques mois et at­tri­buée à des in­di­vi­dus proches du Se­cré­taire gé­né­ral du PAM, Elias El Oma­ri.

Mais il y a, outre tout ce­la, un si­gnal en­core plus fort et qui veut tordre le cou à une ru­meur par­ti­cu­liè­re­ment in­sis­tante dans cer­tains mi­lieux et qui at­tri­bue l’ori­gine de la cam­pagne de boycott à l’en­contre des marques Afri­quia, Si­di Ali et Cen­trale Da­none, à des cercles di­ri­geants très hauts pla­cés.

L’au­dience de ven­dre­di der­nier ap­porte un fort dé­men­ti à ces ana­lyses fu­meuses et confirme que M. Aziz Akhan­nouch, consi­dé­ré comme un proche du Roi Mo­ham­med VI, garde ef­fec­ti­ve­ment toute l’es­time et la confiance royales. C’est donc un su­per mi­nistre de l’Agri­cul­ture que nous avons dé­sor­mais, à la mis­sion des plus stra­té­giques et qui se­ra ac­com­plie par un fi­dèle d’entre les fi­dèles, et qui, peut-être, pour­rait être pro­mis à un plus bel ave­nir en­core dans quelques mois.

Car, qui s’op­po­se­rait va­la­ble­ment à un homme qui, ayant réus­si à lan­cer un nou­veau mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment don­nant la part belle aux «tra­vaux des champs», s’es­saie­rait, à la tête du RNI, à la conquête d’un élec­to­rat conscient de ces avan­cées ? Voi­là pour­quoi, peut-être, M. El Oth­ma­ni n’a point été convié à l’au­dience de Mar­ra­kech…

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