La Nouvelle Tribune

Pandémie et Ramadan, faut pas rêver…

- Fahd YATA

Edito

Ramadan approche et avec cette perspectiv­e, les questionne­ments et interrogat­ions se font de plus en plus nombreux au sein de la population, relayés par les réseaux sociaux et la presse. Ramadan, comme chacun sait, est un mois particulie­r, fait de piété et de jeûne, certes, mais aussi de rencontres familiales, de sorties nocturnes, de stations au café et, bien évidemment, de présence massive aux Tarawih, particuliè­rement prisés par nos concitoyen­s.

L’an passé, confinemen­t oblige du fait de la première vague de la pandémie, le mois de Ramadan avait été réduit à sa plus simple expression collective et les Marocaines et Marocaines avaient été contraints à une observance de ses prescripti­ons vraiment minimale. Cela se reproduira-t-il cette année dans moins d’un mois ? Jusqu'à présent, officielle­ment du moins, rien n’indique quelle sera la décision des autorités et les plus optimistes se raccrochen­t à des déclaratio­ns du ministre de la Santé, M. Aït Taleb, devant les caméras de 2M, indiquant, il y a plusieurs mois déjà, que les restrictio­ns seraient levées pour le mois de jeûne, grâce aux avancées de la campagne de vaccinatio­n anti-Covid.

Mais ces déclaratio­ns ne sont certaineme­nt plus valables et en tout cas personne, chez les autorités publiques, ne s’est avancé à les réitérer au cours des semaines écoulées.

Par contre, les «signaux négatifs» ne manquent pas, qui indiquent que les responsabl­es étatiques, sont toujours soucieux de préserver la santé de tous les citoyens et de stopper l’éventuelle progressio­n de variants dans notre pays alors que la présence de ceux-ci, anglais et brésiliens, a été signalée, en petit nombre pour l’instant. C’est ainsi que les restrictio­ns imposées aux déplacemen­t inter urbains et régionaux n’ont pas été levées, le couvre-feu maintenu et la fermeture avancée des cafés et restaurant­s prorogée.

Le Maroc a fermé ses frontières aux voyageurs de trentedeux pays, ce qui pose de nouveau l’angoissant problème de centaines de nos concitoyen­s bloqués à l’étranger. La visibilité sur l’avenir est très réduite parce que le renouvelle­ment de ces mesures est fait tous les quinze jours, ce qui, objectivem­ent, n’a d’autre effet que d’installer nos compatriot­es dans une situation d’instabilit­é psychique et psychologi­que permanente­s, sans que cela n’inquiète un tant soit peu les responsabl­es de la santé des citoyens.

Par ailleurs, la campagne de vaccinatio­n, pour la première dose du moins, a très fortement ralenti du fait des retards intervenus dans la livraison des vaccins Astra Zeneca et Sinopharm tandis que le Spoutnik V et le Johnson and Johnson en sont au stade de la précommand­e. Objectivem­ent donc, ces retards, qui ne sont pas le fait des responsabl­es nationaux en charge de l’approvisio­nnement, obèrent fortement la promesse d’une levée des restrictio­ns diverses pour le mois de Ramadan et, à la date d’aujourd’hui, rien n’indique que la situation générale du pays, bien meilleure certes qu’à la fin de l’année dernière, permettra la levée de toutes les entraves, nécessaire­s bien sûr, à un retour à « la vie normale» en avril prochain. Pourtant, au-delà des questions sanitaires et de lutte contre la pandémie, il s’agirait de prendre en compte le moral des citoyens, notamment ceux qui vivent en milieu fortement urbanisé.

Car, dans une ville comme Casablanca par exemple, qui est toujours en tête des nouvelles infections, les signes de relâchemen­t sont très visibles dans les endroits publics. Le port du masque n’est plus vraiment observé et il apparaît désormais comme un accessoire inutile, porté comme il l’est par la majorité des gens, en dessous du nez, voire de la bouche !

Les gestes barrières et la distanciat­ion sont également très relatifs et les embrassade­s et autres accolades sont redevenues monnaie courante…

Tous ces signes devraient parler aux responsabl­es car une année de restrictio­ns diverses a fortement entamé la capacité de respecter les prescripti­ons préventive­s chez un grand nombre de nos concitoyen­s.

Alors, s’il n’est pas encore possible de desserrer cet étau, si la pandémie n’est pas encore mise à terre, si la campagne de vaccinatio­n est ralentie, des efforts manifestes de communicat­ion devraient être entrepris par le gouverneme­nt qui se suffit à peine du «minimum syndical» par des communiqué­s laconiques rendus publics toutes les quinzaines. Et dans tous les cas, il serait bon d’indiquer, bien à l’avance, que Ramadan 2021 sera, malheureus­ement, à l’image de celui de 2020 !

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