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« Jai une res­pon­sa­bi­li­té de porte-dra­peau ! »

L'Officiel Hommes (Morocco) - - LA UNE - Pro­pos re­cueillis par Driss Douad et El Meh­di Bens­maïl

Med­hi Be­na­tia, coeur de lion

De Rome à la Ju­ven­tus en pas­sant par le Bayern Mu­nich, Meh­di Be­na­tia a dé­jà der­rière lui une car­rière bien rem­plie. Ce­lui qu’on sur­nomme El Ca­pi­ta­no a su faire fi des cri­tiques et sur­mon­ter ses bles­sures pour s’im­po­ser comme une pièce maî­tresse de la sé­lec­tion ma­ro­caine.

Ce 11 no­vembre 2017 res­te­ra à ja­mais gra­vé dans la mé­moire des Ma­ro­cains et des Lions de l’Atlas en par­ti­cu­lier. Deux buts, si­gnés Di­rar et Be­na­tia, en­voient les hommes de Her­vé Re­nard en Rus­sie, dé­li­vrant tout un pays qui re­noue en­fin avec la Coupe du monde, vingt ans après l’édi­tion fran­çaise de 1998. La re­cette ? Une équipe sou­dée et or­ga­ni­sée, un coach ef­fi­cace et le sou­tien de tout un peuple. Mais cette étape fran­chie, un énorme dé­fi at­tend les hommes d’Her­vé Re­nard qui hé­ritent d’un groupe re­le­vé où ils au­ront à af­fron­ter l’Iran, le Por­tu­gal et l’Es­pagne. « Mê­me­sic’est­dif­fi­ci­le­sur­le­pa­pier » , aux joueurs de « conti­nuer­sur­la­mê­me­dy­na­mi­quea­ve­cla­quel­leil­sont ter­mi­néle squa­li­fi­ca­tion­sa­fri­cai­nes­puis­que­rienn’est im­pos­si­ble­dans­le­foot­ball » , a ré­agi Re­nard, vendredi 1er dé­cembre à l’is­sue du ti­rage au sort. Les dès sont je­tés et le 15 juin, les Lions de l’Atlas en­ta­me­ront, à SaintPé­ters­bourg, ces phases fi­nales face à la sé­lec­tion ira­nienne. En at­ten­dant le jour J, ren­contre avec El Ca­pi­ta­no Meh­di Be­na­tia qui par­tage avec nous ces mo­ments forts à Abid­jan, ses es­poirs et ses dé­fis.

L’Of­fi­ciel Hommes : Vous avez dé­cla­ré lors de la qua­li­fi­ca­tion du Ma­roc au Mon­dial que c’était le plus beau mo­ment de votre car­rière. On di­rait que vous vi­brez plus pour les Lions que pour le Bayern ou la Ju­ven­tus.

Med­hi Be­na­tia : J’ai un grand res­pect pour les clubs où je suis pas­sé, c’est d’ailleurs eux qui m’ont per­mis de de­ve­nir le joueur que je suis suis au­jourd’hui. Mais les émo­tions avec l’équipe na­tio­nale sont dif­fé­rentes, c’est le sum­mum, car tu sens que tu re­pré­sentes tout un pays. De plus, pour moi en tant que ca­pi­taine, je pense que j’ai une res­pon­sa­bi­li­té de “porte-dra­peau”.

Vous avez été l’homme du match Côte d’Ivoire-Ma­roc et avez bien as­su­ré votre rôle de ca­pi­taine. C’est quoi votre re­cette ?

Ça ne me plaît pas trop de dis­tin­guer un joueur plus qu’un autre, car dans ce genre de match, et ce­lui-là en par­ti­cu­lier, tout le monde était au dia­pa­son. Je sen­tais qu’à cô­té de moi, il y avait des “sol­dats”. Donc, en toute hon­nê­te­té, connais­sant l’im­por­tance de l’évé­ne­ment, je n’ai pas eu grand-chose à dire. Juste en re­gar­dant cha­cun des joueurs, le mes­sage était pas­sé.

Après l’ex­ploit à Abid­jan, vous avez re­çu un ap­pel té­lé­pho­nique du roi Mo­ham­med VI. Que vous a-t-il dit ? Quelle a été votre ré­ac­tion ?

C’était un mo­ment in­ou­bliable de par­ler avec Sa Ma­jes­té, je ne l’au­rais même pas ima­gi­né. Il m’a fé­li­ci­té et m’a de­man­dé de com­pli­men­ter l’en­semble du groupe, chose que j’ai faite. Nous étions tous émus de sa­voir que le roi avait sui­vi ce match avec at­ten­tion. On sait que le foot­ball a une place très im­por­tante dans la so­cié­té ma­ro­caine, et donc Sa Ma­jes­té était ra­vie de ce que nous ve­nions d’ac­com­plir pour le peuple. Je le re­mer­cie pour son ap­pel et pour tout ce qu’il en­tre­prend pour notre pays.

À quel mo­ment le groupe de joueurs dont vous faites par­tie a eu le dé­clic et a pris conscience de son po­ten­tiel ?

Ce­la fait un pe­tit mo­ment que l’équipe na­tio­nale évo­lue se­rei­ne­ment, car Her­vé Re­nard a tra­vaillé dans la conti­nui­té de Ba­dou Za­ki. Il est vrai que de­puis le stage de pré­pa­ra­tion avant la CAN 2017, on a sen­ti un groupe très sou­dé, ce­la s’est d’ailleurs res­sen­ti dans nos per­for­mances au Ga­bon, même si je pense que l’on mé­ri­tait mieux. Nous avons un groupe de qua­li­té et ce n’est pas un ha­sard si nous sommes la seule équipe du conti­nent à ne pas avoir en­cais­sé de but pen­dant ces éli­mi­na­toires.

À quel mo­ment avez-vous su que vous pou­viez vous qua­li­fier au Mon­dial ?

On y croit de­puis le debut, même si on a mal dé­mar­ré avec deux matchs nuls, nous avons tou­jours cru en notre po­ten­tiel. Nous n’avons pas per­du un seul match, ni pris au­cun but et au fi­nal nous avons mon­tré que nous étions la meilleure équipe du groupe.

Que vous a ap­por­té Her­vé Re­nard, à vous et au groupe ?

Il a ap­por­té beau­coup, lui et son staff. Il a une phi­lo­so­phie de jeu et une ri­gueur qu’il trans­met à chaque séance d’en­traî­ne­ment. Per­son­nel­le­ment il m’a beau­coup ap­por­té. Sur le plan hu­main, c’est un su­per mec, il est droit et hon­nête et n’hé­site pas à dire en face ce qu’il pense de vous. J’en pro­fite pour le re­mer­cier pour ce qu’il ap­porte à notre sé­lec­tion.

Quels élé­ments dans le dis­cours de Re­nard ont fa­ci­li­té la mé­ta­mor­phose des Lions ?

Comme je vous l’ai dit, il tient un dis­cours plu­tôt di­rect. Quand il est ar­ri­vé en sé­lec­tion, il nous a dit cash : “Vous sa­vez quelle est la dif­fé­rence entre le Ma­roc et l’Al­gé­rie ? Ce n’est pas une ques­tion foot­bal­lis­tique, mais les Al­gé­riens lors­qu’ils sont sur le ter­rain, ils peuvent lais­ser leur vie pour leur pays”. Je me sou­viens que ces mots ont pro­vo­qué une ré­ac­tion am­bigüe au sein du groupe. Beau­coup ont mal ré­agi, car nous aus­si nous ai­mons et dé­fen­dons notre pays. Clai­re­ment ça nous a fait un élec­tro­choc, ça nous a pi­qués au vif et mo­ti­vés par la suite.

Le 1er dé­cembre, lors du ti­rage au sort pour le Mon­dial 2018, le Ma­roc a hé­ri­té de deux poids-lourds du foot­ball in­ter­na­tio­nal. Comment al­lez-vous abor­der ces matchs ?

Nous sommes ef­fec­ti­ve­ment tom­bés dans un groupe avec deux na­tions fortes du foot­ball mon­dial : l’Es­pagne a do­mi­né ces dix der­nières an­nées pra­ti­que­ment toutes les com­pé­ti­tions et le Por­tu­gal est le cham­pion d’Eu­rope en titre, donc un des fa­vo­ris. Je connais un peu moins l’Iran, mais s’ils font par­tie des qua­li­fiés au Mon­dial, c’est qu’ils ont des qua­li­tés à faire va­loir. Mais je vous ras­sure, nous au­rons à coeur de bien fi­gu­rer.

Quelles sont les sé­lec­tions que vous vou­driez évi­ter à tout prix ? Et celle que vous ai­me­riez af­fron­ter ?

Hon­nê­te­ment il y a au­cune sé­lec­tion que je sou­haite évi­ter ! J’ai­me­rais bien ren­con­trer la France car c’est un pays où j’ai gran­di et j’ai beau­coup d’amis dans cette équipe. Le Bré­sil, un pays my­thique du foot­ball et dans le­quel j’ai des amis éga­le­ment. L’Ar­gen­tine, car ça me per­met­trait d’af­fron­ter mes co­équi­piers et amis de la Juve Hi­guain et Dy­ba­la.

Quels sont vos ob­jec­tifs à court et moyen termes avec l’équipe na­tio­nale pour ce qui concerne le Mon­dial et la pro­chaine CAN ?

Hon­nê­te­ment, mon seul ob­jec­tif est de faire une belle Coupe du monde, de bien faire fi­gu­rer mon équipe. Comme je l’ai dé­jà dit, on ne pas va pas en Rus­sie pour faire du tou­risme. On fe­ra le maxi­mum pour pas­ser les poules. Nous avons en­vie de rêves et de faire pro­fi­ter cette fête à tout le peuple ma­ro­cain.

On vous a sou­vent re­pro­ché d’être un ca­pi­taine “ré­ser­vé” voir “tai­seux”, en com­pa­rai­son avec cer­tains de vos pré­dé­ces­seurs comme Khar­ja ou Nay­bet. Qu’en dîtes-vous?

J’en dis que ce sont des bê­tises ! Ca­pi­taine ré­ser­vé ? C’est aux dif­fé­rents coachs que j’ai eus, et à tous les joueurs avec qui j’ai évo­lué qu’il faut le de­man­der. Si un ca­pi­taine doit pas­ser son temps à crier ou in­sul­ter les joueurs, je ne sais pas faire. Car le res­pect c’est im­por­tant. Je sais en re­vanche faire pas­ser des mes­sages et res­ter à l’écoute de mes co­équi­piers. Dans tous les clubs où je suis pas­sé, j’ai eu la chance de connaître de grands ca­pi­taines. Je pense à Di­na­tale à Udines, Tot­ti à la Ro­ma, Lahm au Bayern et Buf­fon à la Ju­ven­tus. Ce sont tous des lé­gendes. J’ai donc pu ap­prendre à leurs co­tés et ça m’aide beau­coup au­jourd’hui dans ce rôle qui m’est confié. En­suite, c’est clair qu’en de­hors du ter­rain, je ne fais pas de grands dis­cours, ce n’est pas mon genre, mais sur le ter­rain, je peux vous as­su­rer que je n’ai pas at­ten­du d’être ca­pi­taine pour don­ner des consignes ou ai­der mes par­te­naires.

Vous êtes pas­sé par un pas­sage à vide tant en sé­lec­tion qu’en club. Comment avez-vous re­trou­vé votre ni­veau qui vous a per­mis d’en­chaî­ner de bonnes pres­ta­tions ?

Je n’ap­pel­le­rai pas ça un pas­sage à vide, mais il est vrai que j’ai eu une pé­riode com­pli­quée après des bles­sures à ré­pé­ti­tion. Mais que ce soit au Bayern de Mu­nich ou à la Ju­ven­tus de Tu­rin, à chaque fois qu’on a fait ap­pel à moi, j’es­time avoir ré­pon­du pré­sent.

« AU MON­DIAL, J’AI­ME­RAIS BIEN REN­CON­TRER LA FRANCE CAR C’EST UN PAYS OÙ J’AI GRAN­DI ET J’AI BEAU­COUP D’AMIS DANS CETTE ÉQUIPE. »

En­suite, c’est cer­tain que lorsque je suis en pleine pos­ses­sion de mes moyens, tout le monde sait ce que je peux ap­por­ter à mon équipe grâce à Dieu. Mais mal­heu­reu­se­ment quand tu ne peux pas en­chaî­ner à cause de pé­pins phy­siques, ça se res­sent. Mais n’im­porte quel joueur ne peut être tout le temps à 100 %, donc je ne peux pas ap­pe­ler ça un pas­sage à vide, mais une pé­riode dé­li­cate. Quand le phy­sique suit, tout est beau­coup plus fa­cile !

On dit sou­vent qu’in­té­grer la Juve, c’est in­té­grer une fa­mille. Est-ce vrai pour ce qui vous concerne ?

Que ce soit à la Ro­ma ou au Bayern Mu­nich j’ai eu la chance grâce à Dieu de connaître des gens de très haut ni­veau. La Juve est un club très fa­mi­lial, je m’y sens très bien. De­puis mon ar­ri­vée tout le monde fait le maxi­mum pour que je m’y sente bien ma fa­mille et moi. J’es­time avoir la chance d’être dans ce très grand club, c’est le tra­vail qui à payé ham­dou­li­lah.

Par­lez-nous de votre re­la­tion avec Buf­fon et Chiel­li­ni.

Buf­fon, c’est comme un grand frère. Dans ce ves­tiaire de cham­pions, s’il y en a un qui sort du lot, c’est bien lui, c’est une lé­gende vi­vante ! Son nom res­te­ra gra­vé. Chiel­li­ni, c’est un cham­pion, un vrai dé­fen­seur à l’ita­lienne qui ne lâche rien. Nous avons de très bons rap­ports, c’est un su­per mec.

Plus jeune, quels ont été les joueurs ou dé­fen­seurs qui ont été vos mo­dèles ?

Zi­dane ! Il a été une grande source d’ins­pi­ra­tion, un mo­dèle pour moi. À l’époque, je jouais mi­lieu de ter­rain donc je rê­vais. Ro­nal­do - l’an­cien -, était aus­si pour moi un phé­no­mène. Mal­heu­reu­se­ment, il a été stop­pé par des bles­sures. Et lorsque j’ai com­men­cé à jouer en dé­fense, j’ai beau­coup ap­pré­cié Mal­di­ni et Nes­ta.

Et au­jourd’hui, qui est se­lon vous le meilleur joueur ?

Au­jourd’hui, les sta­tis­tiques parlent d’elles-mêmes : Ro­nal­do et Mes­si sont sans conteste des monstres.

Et le meilleur en­traî­neur ?

C’est dif­fi­cile de ju­ger, je ne les connais pas tous. Mais force est de consta­ter que Zi­dane est en train de mar­quer l’his­toire.

On parle de vous aus­si à l’OM pour le pro­chain mer­ca­to hi­ver­nal. Vous vous voyez évo­luer à Mar­seille ?

Non non, ce­la fait deux ans que cette ru­meur tourne, elle coïn­cide avec l’ar­ri­vée de Ru­di Gar­cia, un en­traî­neur avec qui j’ai eu de très bons rap­ports à la Ro­ma. Je lui sou­haite d’ailleurs plein de bonnes choses à Mar­seille, mais pour le mo­ment, j’ai d’autres pro­jets.

Sui­vez-vous le foot­ball ma­ro­cain ? Est-ce que vous sup­por­tez un club en par­ti­cu­lier ?

Je re­garde ce que fait l’équipe du FUS de Ra­bat, car j’aime bien leur fa­çon de jouer et de plus, elle est en­traî­née par Wa­lid Re­gra­gui, un su­per coach qui est aus­si un ami. Bien évi­dem­ment, je suis at­ten­tif au WAC et au Ra­ja qui sont deux clubs my­thiques au Ma­roc et dont cer­tains de leurs joueurs sont avec nous en sé­lec­tion. Donc, dès que j’en ai l’oc­ca­sion, je re­garde leurs matchs, mais je ne sou­tiens au­cune équipe en par­ti­cu­lier.

Le 20 no­vembre der­nier, vous avez lan­cé votre fon­da­tion. Qu’est ce qui vous a mo­ti­vé et dans quel but ?

Ma réus­site per­son­nelle d’abord. Je me rends compte que tout le monde n’a pas for­cé­ment les mêmes chances, donc si nous pou­vons ve­nir en aide aux plus dé­mu­nis en “ par­ta­geant ”, c’est avec plai­sir que je le fais. Et au tra­vers de cette Fon­da­tion, j’es­père pé­ren­ni­ser cette ac­tion dans le temps et fa­ci­li­ter le quo­ti­dien de per­sonnes en dif­fi­cul­té. J’in­vite d’ailleurs tout le monde à nous ac­com­pa­gner dans notre dé­marche en contac­tant les membres de notre bu­reau sur le site www.fon­da­tion­med­hi­be­na­tia.com

Créer une école de foot­ball au Ma­roc, ce­la vous ins­pire-t-il ?

C’est un pro­jet envisageable, mais pour créer une telle struc­ture, il faut être très pré­sent et der­rière en per­ma­nence. Pour l’ins­tant, je me concentre sur ma car­rière et le mo­ment ve­nu j’y son­ge­rais.

Quels sont vos en­droits pré­fé­rés au Ma­roc ?

Au Ma­roc, je me sens bien par­tout, quels que soient les en­droits. Je suis tou­jours très bien ac­cueilli là où je vais, mais il est vrai que je passe beau­coup de temps à Ca­sa­blan­ca et à Mar­ra­kech. Tan­ger est une ville nou­velle que j’as­pire à dé­cou­vrir. Nous avons le meilleur pays au monde : Di­ma Magh­rib !

« BUF­FON, C’EST UN GRAND FRÈRE. DANS CE VES­TIAIRE DE CHAM­PIONS, S’IL Y EN A UN QUI SORT DU LOT, C’EST BIEN LUI, C’EST UNE LÉ­GENDE VI­VANTE ! »

Ci- des­sus, El Ca­pi­ta­no avec l a sé­lec­tion ma­ro­caine. Ci- des­sous, avec son co­équi­pier et grand ami de l a Ju­ven­tus, Gian­lui­gi Buf­fon.

En cou­ver­ture : Med­hi Be­na­tia Pho­to : Pro­duc­tion Ju­ven­tus

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