Voi­ci comment le bé­né­vo­lat fa­çonne la vie en Suisse

C’est si agréable de faire le bien. Des per­sonnes fort dif­fé­rentes, voire que tout op­pose, ont une qua­li­té en com­mun: la vo­lon­té d’ai­der.

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Sa­cri­fier une par­tie de son temps libre pour ai­der les autre? Pour beau­coup d’entre nous, ce­la semble noble, mais c’est sou­vent in­com­pa­tible avec notre quo­ti­dien si mou­ve­men­té. Pour­tant, une grande par­tie de l’his­toire suisse est ba­sée sur la co­hé­sion et le bé­né­vo­lat. Au­jourd’hui, de nom­breuses per­sonnes et or­ga­ni­sa­tions ca­ri­ta­tives ont un be­soin urgent de tra­vail bé­né­vole. Et sou­vent, un en­ga­ge­ment d’un seul jour peut suf­fire à rendre les autres – et sou­vent soi­même – un peu plus heu­reux.

Ma­dame Kel­ler (62 ans) et Monsieur Favre (34 ans), tous deux bé­né­voles, le savent bien. Alors que Mo­ni­ka est en­ga­gée de­puis dix ans, Cé­dric a com­men­cé à s’im­pli­quer très tôt dans des pro­jets so­ciaux et édu­ca­tifs, à l’âge de 16 ans. Tous deux parlent de leurs ex­pé­riences dans le bé­né­vo­lat:

Cé­dric, quelles ac­ti­vi­tés pra­ti­quez-vous en tant que bé­né­vole?

Je suis pré­sident et cais­sier au sein d’une as­so­cia­tion scout, les Flam­beaux de l’Évan­gile de La Côte. Je suis éga­le­ment tré­so­rier de mon église. Cet été, je me suis en­ga­gé pen­dant trois mois sur ba­teau-hô­pi­tal avec l’or­ga­ni­sa­tion Mer­cy Ships où j’ai pu ai­der à ser­vir la nour­ri­ture à l’équi­page.

Ça a l’air in­té­res­sant…

Mer­cy Ships a le plus grand ba­teau-hô­pi­tal du monde. Il mouille dans les ports afri­cains. En l’oc­cur­rence là, il était à quai au Sé­né­gal. Des opé­ra­tions chi­rur­gi­cales dif­fi­ciles, ou qui ne se font pas sur place, y sont réa­li­sées gra­tui­te­ment. Il y a 600 per­sonnes à bord, toutes bé­né­voles.

Comment avez-vous dé­ci­dé un jour de de­ve­nir bé­né­vole? C’est au tra­vers du scou­tisme. J’ai vu nos res­pon­sables s’in­ves­tir pour nous. J’ai ap­pré­cié l’as­su­rance qui était la leur dans l’or­ga­ni­sa­tion des ac­ti­vi­tés et des camps et le plai­sir qu’ils avaient de par­ta­ger des mo­ments de qua­li­té avec nous. Ils m’ont don­né en­vie de m’in­ves­tir à mon tour.

Qu’avez-vous ap­pris sur vous­même au-tra­vers de vos ac­ti­vi­tés bé­né­voles?

J’ai ap­pris à me dé­pas­ser, à me sur­pas­ser, à al­ler plus loin. J’aime bien l’image de Dum­bo qui ne veut pas vo­ler, mais qui re­çoit cette plume soi-di­sant ma­gique qui va l’ai­der à prendre son en­vol. Ma plume a été mon fou­lard scout. J’étais très ti­mide, ré­ser­vé. Ce fou­lard me don­nait le cou­rage jus­qu’au jour où j’ai réa­li­sé que ce n’était pas cette étoffe, mais bien moi qui avais ap­pris et osé. Et ce­la m’a ai­dé dans d’autres par­ties de ma vie.

Qu’avez-vous ap­pris sur les autres?

Dans le scou­tisme on ac­cueille tout le monde. Ce­la in­clut des en­fants ca­bos­sés ou han­di­ca­pés, mal par­tis dans la vie. J’ai sou­vent été im­pres­sion­né de voir comment la vie com­mu­nau­taire les a fa­çon­nés, leur a per­mis de de­ve­nir des adultes bien dans leurs bas­kets.

Quels conseils don­ne­riez­vous aux per­sonnes qui veulent éga­le­ment ai­der mais qui ne savent pas vrai­ment comment et où com­men­cer leur en­ga­ge­ment?

Elles doivent sa­voir deux choses: 1. Ce qu’elles peuvent et sou­haitent of­frir. Quelles sont leurs com­pé­tences, de quels ta­lents dis­posent-elles? 2. Quelle cause les fait vi­brer? Une fois ces deux choses dé­ter­mi­nées, il faut s’en­ga­ger, faire un es­sai sur le long terme. Des fois, les fruits de notre bé­né­vo­lat tardent à être vi­sibles.

Comment le sys­tème suisse de bé­né­vo­lat a-t-il évo­lué au fil des ans?

Il tend à se struc­tu­rer de plus en plus. C’est co­hé­rent avec notre so­cié­té qui cherche à tout maî­tri­ser, à évi­ter les risques.

Comment voyez-vous l’ave­nir du bé­né­vo­lat en Suisse? Beau­coup de gens cherchent plus que le mé­tro­bou­lot-do­do. On peut don­ner un sens à sa vie en ser­vant une cause. Mais at­ten­tion à ne pas trop en faire ou à tom­ber dans la su­per­fi­cia­li­té.

Mo­ni­ka, quelle sont vos ac­ti­vi­tés en tant que bé­né­vole?

C’est tou­jours dif­fé­rent. J’aide sur­tout le week-end, parce que c’est le mo­ment qui me convient le mieux. L’an­née der­nière, j’ai em­bal­lé des pa­quets pour la Saint-Ni­co­las qui ont en­suite été dis­tri­bués. Le soir, j’ai eu mal aux doigts en les fer­mant, mais ça va­lait le coup. Une autre fois, nous sommes al­lés au zoo pour un après-mi­di avec les ré­si­dents d’une mai­son de re­traite. A l’UBS Kids Cup, une forme de joutes spor­tives pour les en­fants, j’ai me­su­ré les temps de course et ai­dé au ca­fé. C’est très va­rié, on ap­prend tou­jours quelque chose de nou­veau.

Et qu’avez-vous ap­pris sur vous-même?

J’ai re­mar­qué que j’ap­pré­cie les gens et que j’aime faire de nou­velles ex­pé­riences. Et sur­tout, qu’ai­der les autres n’est pas seule­ment agréable pour ceux qui en bé­né­fi­cient. C’est aus­si très en­ri­chis­sant pour les per­sonnes qui donnent un coup de main.

Qu’est-ce qui vous a dé­ci­dée à vous im­pli­quer?

Je pense que ce­la fait par­tie de mon per­son­nage. Je suis une per­sonne très so­ciale. Et j’ai aus­si le temps pour ce­la, parce que je n’aime pas être stres­sée dans la vie.

Quel est votre meilleur sou­ve­nir de bé­né­vo­lat?

Il y en a même deux: vi­si­ter le zoo avec des per­sonnes en fau­teuil rou­lant, c’était très agréable parce que j’ai vrai­ment re­mar­qué com­bien c’était amu­sant pour ces gens. Et les ré­si­dents de cette mai­son de re­traite n’au­raient ja­mais pu faire cette ac­ti­vi­té sans notre aide. Lors de l’UBS Kids Cup, ce sont sur­tout les en­fants qui ont fait un grand ef­fort. C’est une ex­pé­rience a elle seule de voir l’éclat dans les yeux des en­fants lors­qu’on leur re­met un pe­tit prix après la course.

Pour­quoi le bé­né­vo­lat en Suisse est-il si im­por­tant?

Je pense que c’est im­por­tant pour la so­cié­té de voir que ce n’est pas fa­cile pour tout le monde. C’est aus­si une ques­tion de gra­ti­tude. Nous nous en sor­tons très bien en Suisse, mais il faut sans cesse se rap­pe­ler que ce n’est pas quelque chose que tout le monde consi­dère comme ac­quis. Il y a donc beau­coup de choses à faire en Suisse aus­si.

PHO­TO: LEO DUPERREX

Cé­dric Favre (34 ans) fait du bé­né­vo­lat de­puis son ado­les­cence.

PHO­TO: STEVAN BUKVIC

Mo­ni­ka Kel­ler (62 ans) fonc­tionne comme bé­né­vole de­puis dix ans.

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