Deux dis­crètes ca­gnottes fi­nan­çaient Pierre Mau­det

Le conseiller d’État a ca­ché pen­dant des an­nées au PLR des fi­nan­ce­ments «la­té­raux» pour ses opé­ra­tions po­li­tiques

24 Heures - - La Une - So­phie Ro­sel­li

Les cam­pagnes po­li­tiques du po­li­ti­cien ont été en par­tie fi­nan­cées pen­dant des an­nées par deux as­so­cia­tions dont il a to­ta­le­ment ca­ché l’exis­tence aux plus hautes ins­tances de son par­ti.

Les cam­pagnes po­li­tiques de Pierre Mau­det ont été en par­tie fi­nan­cées pen­dant des an­nées par deux as­so­cia­tions dont il a to­ta­le­ment ca­ché l’exis­tence aux plus hautes ins­tances de son par­ti. La di­rec­tion du PLR a dé­cou­vert ces en­ti­tés très ré­cem­ment, a ap­pris «24 heures».

De quoi s’agit-il? Au dé­but de l’été, en plein scan­dale au­tour de son sé­jour aux Émi­rats, Pierre Mau­det ré­vèle l’exis­tence d’une as­so­cia­tion sou­tien à son nom au tré­so­rier, Pa­trick Sen­ger, et au pré­sident du PLR, Alexandre de Se­nar­clens. Créée il y a six ans, celle en­ti­té dis­pose d’un fonds que l’élu veut re­ver­ser à ce mo­ment-là à sa fa­mille po­li­tique. N’ayant ja­mais en­ten­du par­ler de cette as­so­cia­tion et igno­rant tout de ses do­na­teurs, la di­rec­tion du PLR re­fuse le ca­deau. Quelques jours plus tard, soit le 2 juillet, c’est de­puis son compte ban­caire pri­vé que le couple Mau­det pro­cède à une do­na­tion de 50 000 francs au par­ti.

Au pas­sage, le conseiller d’État sou­haite que son geste l’exempte de sa contri­bu­tion obli­ga­toire au par­ti, s’éle­vant à 10 000 francs par an. Deal re­fu­sé. Alexandre de Se­nar­clens confirme ces élé­ments, sans en dire da­van­tage: «Le PLR a re­çu un don en 2018 de Pierre et Ca­the­rine Mau­det. Je ne peux par contre pas m’ex­pri­mer sur le mon­tant de ce­lui-ci, cette in­for­ma­tion re­le­vant de la sphère pri­vée.»

L’his­toire fait tous­ser plu­sieurs ca­ciques de droite. Cette fa­meuse as­so­cia­tion pose pro­blème. Elle a ser­vi à fi­nan­cer il y a quelques mois un son­dage pour le compte de Pierre Mau­det, à l’in­su de tous. Ob­jet: les pré­oc­cu­pa­tions des Ge­ne­vois avant l’élec­tion au Conseil d’État. Quelque 35 000 francs ont été re­cueillis no­tam­ment par l’ami du ma­gis­trat, An­toine Da­her, l’un des or­ga­ni­sa­teurs du li­ti­gieux voyage à Abu Dha­bi en 2015. Le Mi­nis­tère pu­blic in­ves­tigue sur le su­jet, l’an­cien chef de ca­bi­net de Pierre Mau­det étant pré­ve­nu pour avoir par­ti­ci­pé à cette re­cherche de fonds.

Ce n’est pas tout. Une se­conde as­so­cia­tion sort de­puis peu de l’ombre. Un vieux ra­di­cal ra­conte: «Peu après la fu­sion des ra­di­caux et li­bé­raux en mai 2011, une as­sem­blée gé­né­rale du Par­ti ra­di­cal de la ville de Ge­nève a ras­sem­blé une ving­taine de per­sonnes. Elles ont vo­té pour que le tré­sor de guerre des ra­di­caux reste entre leurs mains et ne file pas dans un pot com­mun. Tout le monde trou­vait nor­mal, dans le cli­mat de mé­fiance ré­ci­proque, de pré­ser­ver cet ar­gent et d’en faire don à une as­so­cia­tion ra­di­cale his­to­rique.»

Né­bu­leux Cercle Fa­zy-Fa­von

L’ob­ser­va­teur se rap­pelle qu’une struc­ture, dé­nom­mée Cercle Fa­zy-Fa­von, en mé­moire des fi­gures his­to­riques ra­di­cales ge­ne­voises, a ain­si pu bé­né­fi­cier d’un solde de plu­sieurs di­zaines de mil­liers de francs. «Je n’en avais pas connais­sance, ré­agit avec sur­prise AlainDo­mi­nique Mau­ris, pre­mier pré­sident du PLR. Je ne sais pas si un ac­cord a été pas­sé sur ce point entre li­bé­raux et ra­di­caux. » Au­cune per­sonne in­ter­ro­gée n’a d’ailleurs le sou­ve­nir d’un ac­cord de ce type.

Seul Guy-Oli­vier Se­gond, fi­dèle de Pierre Mau­det, tou­jours bien in­for­mé, se sou­vient: «Lors de la fu­sion, un ac­cord fi­nan­cier a été pas­sé pour que cha­cun verse la même somme afin de créer le PLR. Comme il res­tait en­core de l’ar­gent ra­di­cal, mais je ne sais pas com­bien, il a été ver­sé dans le Cercle Fa­zy-Fa­von, créé à cet ef­fet. Le sur­plus li­bé­ral al­lant au Cercle li­bé­ral, dé­jà exis­tant. » Quels sont les buts du Cercle Fa­zyFa­von? «C’est une as­so­cia­tion gé­rée par d’an­ciens pré­si­dents du Par­ti ra­di­cal, comme Pierre Mau­det, Fran­çois Long­champ, Pa­trick Ma­lek-As­ghar, des­ti­née à in­ter­ve­nir pour dé­fendre fi­nan­ciè­re­ment les idéaux ra­di­caux dans des vo­ta­tions ou élec­tions.» Il faut sa­voir que cette as­so­cia­tion n’est pas af­fi­liée au PLR et n’a pas d’ac­ti­vi­tés pu­bliques, con­trai­re­ment au Cercle li­bé­ral.

Loi sur la po­lice fi­nan­cée

À quoi l’ar­gent du Cercle Fa­zy-Fa­von a-t-il ser­vi? Guy-Oli­vier Se­gond dit ne pas le sa­voir. En fait, cette as­so­cia­tion ap­pa­raît une seule fois entre 2012 et 2017 dans les clas­seurs des comptes des par­tis, ac­ces­sibles au Ser­vice des vo­ta­tions. En 2015, elle a ver­sé 25 734,45 francs à l’As­so­cia­tion de sou­tien Oui à la Nou­velle loi sur la po­lice, por­tée par Pierre Mau­det. Mais pas seule­ment.

Un membre du Cercle Fa­zy-Fa­von, pré­fé­rant s’ex­pri­mer ano­ny­me­ment, re­con­naît du bout des lèvres qu’elle a fi­nan­cé des opé­ra­tions po­li­tiques de Pierre Mau­det. «Il y a eu quelques ver­se­ments en 2012 pour sa pre­mière cam­pagne au Conseil d’État, mais ce n’est pas ce­la qui a fait son élec­tion.» Il dit ne pas connaître l’ori­gine des fonds du Cercle et n’avoir au­cune idée du mon­tant de dé­part, mais pré­cise que «les comptes ne sont pas vides». Ceux qui es­pèrent voir un jour re­ve­nir la dot ra­di­cale au sein du couple li­bé­ral-ra­di­cal vont s’en ré­jouir.

Ven­dre­di, ni Pierre Mau­det ni ses avo­cats ne sou­hai­taient faire de com­men­taires sur les faits en ques­tion.

«Il y a eu quelques ver­se­ments en 2012 pour sa pre­mière cam­pagne au Conseil d’État, mais ce n’est pas ce­la qui a fait son élec­tion» Un membre ano­nyme du Cercle Fa­zy-Fa­von

PIERRE ALBOUY

Le Cercle Fa­zy-Fa­von a sou­te­nu Pierre Mau­det dans l’une de ses cam­pagnes.

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