Le long che­min vers l’ac­qui­si­tion d’une cure

Ac­qué­rir une an­cienne de­meure de pas­teur est pos­sible. L’État de Vaud veut en cé­der vingt, mal­gré les cri­tiques. Il pri­vi­lé­gie les Com­munes avant les par­ti­cu­liers.

24 Heures - - La Une - JEAN-PAUL GUINNARD

Pa­tri­moine Vingt an­ciennes mai­sons de pas­teurs vau­dois sont tou­jours en vente, comme celle de Dom­mar­tin ci-des­sus. En 2015, le Can­ton an­non­çait sa vo­lon­té de s’en sé­pa­rer, mais de­puis le dos­sier est ge­lé. Et ces perles res­tent déses­pé­ré­ment vides.

Vous êtes un par­ti­cu­lier et vous rê­vez de vous payer une cure vau­doise? C’est en­vi­sa­geable. Vingt de ces an­ciennes de­meures de pas­teurs sont tou­jours à vendre dans le can­ton. De grandes bâ­tisses his­to­riques avec des jar­dins, idéa­le­ment si­tuées au coeur des lo­ca­li­tés, re­con­nais­sables à leurs vo­lets verts et blancs.

Pour en ac­qué­rir une, vous de­vrez ré­pondre à un ap­pel d’offres de l’État de Vaud – le­quel gère les cures pro­tes­tantes de­puis l’An­cien Ré­gime. Une tra­di­tion hé­ri­tée de l’oc­cu­pa­tion ber­noise. Vous de­vrez pro­ba­ble­ment dé­bour­ser plus de 700 000 francs, voire le double. Sans comp­ter des ré­no­va­tions in­té­rieures. Tou­jours mo­ti­vé?

Même si vous avez les moyens, sa­chez que votre tran­sac­tion est loin d’être faite. Le pro­jet de vente de ces vingt cures est en at­tente de­puis 2015. Cette an­née-là, le conseiller d’État Pas­cal Brou­lis avait an­non­cé que «l’État n’a pas pour vo­ca­tion d’être un gé­rant im­mo­bi­lier», comp­tant en­gran­ger 12 à 18 mil­lions avec cette vente. Mais l’an­nonce de la ces­sion de ces perles ar­chi­tec­tu­rales a pro­vo­qué des cris­pa­tions, cer­tains es­ti­mant que l’État n’a pas à bra­der ses «bi­joux de fa­mille».

Certes, dix-neuf pre­mières cures avaient dé­jà été ven­dues, pour près de 16 mil­lions de francs, entre 2006 et 2012. Mais il ne s’agis­sait pas bâ­ti­ments clas­sés. Cette fois, dix-huit des vingt mai­sons à vendre fi­gurent au pa­tri­moine. La cure de Dom­mar­tin est clas­sée mo­nu­ment his­to­rique; onze autres fi­gurent à l’in­ven­taire et six pré­sentent un «in­té­rêt» de conser­va­tion.

Sa­chez en­core que Pa­tri­moine Suisse s’op­pose à votre achat: l’as­so­cia­tion s’op­pose à l’ac­qui­si­tion de ces cures par des par­ti­cu­liers. Elle a dé­po­sé, en 2017, une pé­ti­tion de 1200 si­gna­tures au Grand Conseil pour de­man­der au gou­ver­ne­ment de faire mac­hine ar­rière. De­man­dant de clas­ser ces mai­sons avec la note maxi­male, elle sug­gère à l’État de les mettre à dis­po­si­tion des com­munes ou des pa­roisses pour «des ac­ti­vi­tés d’in­té­rêt com­mun.» Ces cures «consti- tuent un en­semble ar­chi­tec­tu­ral im­por­tant. C’est comme un échi­quier: si on en­lève des pièces, on l’af­fai­blit», es­time De­nis de Tech­ter­mann, l’an­cien pré­sident de la sec­tion vau­doise de Pa­tri­moine Suisse. Le dé­pu­té Vas­si­lis Ve­ni­ze­los (Verts) a dé­po­sé en sep­tembre 2017 une in­ter­pel­la­tion al­lant dans le même sens.

Vous avez ce­pen­dant des sou­tiens dans les rangs du Grand Conseil. Le dé­pu­té Guy-Phi­lippe Bo­lay (PLR) juge qu’il est «abu­sif de vou­loir consi­dé­rer toutes ces cures comme un en­semble. Elles doivent être trai­tées au cas par cas et les col­lec­ti­vi­tés ne peuvent pas for­cé­ment in­ves­tir dans de tels ob­jets.»

Gar­de­ries en­vi­sa­gées

Il vous fau­dra en tout cas de la pa­tience: l’État de Vaud n’en­tend pas ré­ac­ti­ver son pro­jet de vente avant 2019. Vous ris­quez sur­tout de vous re­trou­ver en concur­rence avec les Com­munes. Le Conseil d’État a dé­ci­dé de leur don­ner la prio­ri­té pour l’achat de ces cures. Cer­taines pour­raient en pro­fi­ter: «Nous sommes en train d’étu­dier une offre d’achat faite par le Can­ton… Nous ré­flé­chis­sons à plu­sieurs so­lu­tions, dont la créa­tion d’une gar­de­rie. Ce­la dé­pen­dra du prix de vente», in­dique Louise Sch­wei­zer, syn­dique d’Ar­zier-Le Muids. À Aigle aus­si, la Mu­ni­ci­pa­li­té étu­die l’op­por­tu­ni­té de ra­che­ter «l’an­cien pres­by­tère» pour en faire une gar­de­rie.»

Des Com­munes re­fusent

«Les Com­munes n’ont pas non plus pour vo­ca­tion à être des gé­rants im­mo­bi­liers»

Oli­vier Pon­cet

Syn­dic de Champvent

Votre chance, c’est que cer­taines Com­munes n’en ont pas l’uti­li­té. «Nous avons dé­jà un res­tau­rant et une gar­de­rie ne se­rait pas com­pa­tible avec les fi­nances com­mu­nales», ré­agit Lise Cour­voi­sier, syn­dique de Don­ne­loye. «Qu’est-ce qu’on en fe­rait? Les Com­munes n’ont pas non plus pour vo­ca­tion à être des gé­rants im­mo­bi­liers», lance Oli­vier Pon­cet, syn­dic de Champvent. À Saint-Livres aus­si, le vent pour­rait vous être fa­vo­rable: «On vou­lait en faire notre ad­mi­nis­tra­tion com­mu­nale, nous avons pro­po­sé 750 000 francs à l’État, pas as­sez, puis 100 000 de plus, pas en­core as­sez, re­grette le syn­dic Hen­ri Bour­geois. Ils ne nous ont pas dit com­bien ils vou­laient. Nous avons re­non­cé.»

Bref, vos chances d’ac­qué­rir une cure sont loin d’être nulles. Une fois ces vingt mai­sons ven­dues, sa­chez qu’il en res­te­rait 116, dont 65 oc­cu­pées par des pas­teurs ou des em­ployés de l’Église ré­for­mée et 51 vides ou en­core louées à des par­ti­cu­liers. Vous pour­riez concré­ti­ser votre rêve, à moins que l’État ne change sa po­li­tique de ges­tion des bâ­ti­ments.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.