Un wes­tern sauce in­dienne concoc­té par des Vau­dois

«Cur­ry Wes­tern» est pro­je­té à Ve­vey tous les week-ends du mois. Une co­mé­die noire in­ter­na­tio­nale, de Ka­mal Mu­sale

24 Heures - - Vaud - Sté­pha­nie Ar­boit

Les temples de Ham­pi, en Inde, se si­tuent dans un en­vi­ron­ne­ment dé­ser­tique qua­si lu­naire. Dès les pre­mières images, la fa­çon de les fil­mer cap­tive. La langue par­lée: l’an­glais, dans cette co­mé­die noire sou­te­nue par le Bri­tish Film Ins­ti­tute. Sauf que «Cur­ry Wes­tern», le film dont il s’agit, a été concoc­té grâce à des in­gré­dients vau­dois, dont le réa­li­sa­teur Ka­mal Mu­sale (lire ci-des­sous).

Les spec­ta­teurs se dé­lec­te­ront de dé­cou­vrir sous les traits de Bin­du, le hip­pie psy­cho­pathe, une per­son­na­li­té de la Ri­vie­ra: le DJ Dr Zé (alias Syl­vain Rey­mond), qui of­fi­cie de­puis plus de vingt ans sur les pla­tines de la ré­gion. Le co­mé­dien Syl­vain Rey­mond en­dosse l’un des trois rôles prin­ci­paux. Aux cô­tés de Gia Sand­hu (ac­trice bri­tan­nique d’ori­gine in­dienne) et de Chris­to­pher Shyer (qui a in­car­né Ri­chard Nixon dans le long-mé­trage de Clint East­wood, «J. Ed­gar», aux cô­tés de Leo­nar­do DiCa­prio, et qui a joué dans des pro­duc­tions pri­mées, dont la mi­ni­sé­rie «Nu­rem­berg», avec Alec Bald­win). Le rôle qu’en­dosse Chris­to­pher Shyer dans «Cur­ry Wes­tern» semble lui avoir été taillé sur me­sure, un écri­vain ra­té en­clin à la bois­son et qui lit «La voile pour les nuls», dans l’es­poir d’ac­qué­rir un ba­teau.

Une fable amu­sante

L’his­toire de «Cur­ry Wes­tern»? Le scé­na­rio s’est étof­fé en cours de route de deux autres au­teurs, mais il a été au dé­part écrit par Ka­mal Mu­sale et Syl­vain Rey­mond. Une jeune Bri­tan­nique d’ori­gine In­dienne, Shee­la (Gia Sand­hu), ap­prend la mort de son père qui l’a aban­don­née il y a long­temps. Avec son ma­ri Si­mon ( Chris­to­pher Shyer), ils dé­cident de se rendre en Inde pour vendre la pro­prié­té hé­ri­tée, qui vau­drait son pe­sant d’or. Sauf que cette der­nière est «squat­tée» par Bin­du (Syl­vain Rey­mond). C’est là que les en­nuis dé­marrent… et que le film com­mence à in­cor­po­rer les in­gré­dients des wes­terns: duel de mâles avec fu­sil obli­ga­toire, pous­sière du sol aride, bâ­tons de dy­na­mite et fils bar­be­lés. Sauf que ces In­diens-là, con­trai­re­ment à ceux du Far West, n’ont pas de plumes, et que les vaches et che­vaux ont été rem­pla­cés par… une chèvre et un élé­phant!

In­té­grer les codes du wes­tern a ser­vi le pro­pos du réa­li­sa­teur: «Je vou­lais fil­mer un huis clos au­tour de la ques­tion de la pro­prié­té (au dé­part dans les Alpes), car cette ques­tion, ar­ché­ty­pale, me semble au coeur de tous les conflits. Puis il m’a sem­blé in­té­res­sant d’uti­li­ser les codes des wes­terns, car ces der­niers parlent sou­vent de luttes pour la terre. Je vou­lais ti­rer d’un pe­tit li­tige de pro­prié­té une fable amu­sante, avec une mo­rale: jus­qu’où peut-on se battre pour dé­fendre son droit de sol contre son droit de sang?»

Der­rière cet as­pect se dé­gagent d’autres thé­ma­tiques, comme l’iden­ti­té (Bin­du se sent par exem- ple «brun à l’in­té­rieur») ou la condi­tion fé­mi­nine. Ain­si, si la dé­non­cia­tion du trai­te­ment fait aux femmes en Inde est ex­pli­cite dans la bouche de Shee­la, les com­por­te­ments des deux mâles blancs dé­montrent que les Oc­ci­den­taux ne sont pas ir­ré­pro­chables non plus. «Je n’ai pas vou­lu faire un film à thèse, af­firme Ka­mal Mu­sale. Mais ces strates se sont ajou­tées au fil du temps. Je vou­lais sur­tout réa­li­ser une co­mé­die où on sou­rit tout le long.» Et où l’on rit éga­le­ment, dans des mo­ments bur­lesques, ou bien dans une fin sur­prise. «Ce n’est pas un gag gra­tuit, mais une mo­rale. Ce­la me plaît que les gens sortent sur un éclat de rire.»

Dif­fi­cul­tés de pro­duc­tion

Cette fin qui n’est « pas bien­pen­sante» a re­froi­di les ar­deurs de cer­tains pro­duc­teurs. «C’est dé­jà dif­fi­cile quand le nom du réa­li­sa- teur et des ac­teurs ne sont pas connus. En­core plus quand le film est sus­cep­tible d’amu­ser les spec­ta­teurs: ce­la semble louche pour une frange de pro­fes­sion­nels qui pro­duisent des films d’au­teur», constate Ka­mal Mu­sale. Pro­gram­mé dans 4 fes­ti­vals (dont le VIFFF, à Ve­vey), le film se­ra pro­je­té ce mois à Ve­vey avant une sor­tie pré­vue au prin­temps.

Deux pe­tits bé­mols: les ex­plo­sions ne bé­né­fi­cient pas d’ef­fets spé­ciaux de Hol­ly­wood. Et le mon­tage du pre­mier tiers du film mé­ri­te­rait d’être res­ser­ré, pour un tem­po plus ner­veux. «J’aime qu’on ait le temps de dé­ve­lop­per de la sym­pa­thie pour les per­son­nages», dé­fend Ka­mal Mu­sale.

«Cur­ry Wes­tern», les sa­me­dis et di­manches de no­vembre à Ve­vey, ce week-end à 18 h 10 au Rex

PIOTR JAXA

L’ac­teur et DJ Dr Zé (Syl­vain Rey­mond) joue le per­son­nage de Bin­du, tan­dis que l’ac­trice Gia Sand­hu joue Shee­la.

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