Les ha­bi­tants les moins ai­sés sont me­na­cés de de­voir quit­ter Nyon

La ré­no­va­tion de plus de 200 lo­ge­ments fait pla­ner le risque que la ville perde des ha­bi­tants aux re­ve­nus plus faibles Té­moi­gnage

24 Heures - - Vaud - Ra­phaël Ebin­ger

Nyon, ses fes­ti­vals et sa riche vie cultu­relle et spor­tive. Le ta­bleau semble im­muable. Et pour­tant, un dan­ger plane sur l’ani­ma­tion de la ci­té. «Le risque que Nyon de­vienne une ci­té-dor­toir est à nou­veau as­sez fort, pré­vient Sté­pha­nie Sch­mutz, mu­ni­ci­pale du So­cial et du Lo­ge­ment. Il est pri­mor­dial de pré­ser­ver un équi­libre au sein de la po­pu­la­tion pour main­te­nir l’ani­ma­tion so­ciale, cultu­relle et éco­no­mique dans la com­mune.»

Le constat fait écho à plu­sieurs pro­jets de ré­no­va­tion d’im­meuble qui mettent sous pres­sion une po­pu­la­tion aux re­ve­nus faibles et donc fra­gi­li­sée. Ces der­niers mois, ce sont 221 lo­ge­ments aux loyers net­te­ment en des­sous du mar­ché qui sont concer­nés, re­pré­sen­tant plus de 500 ha­bi­tants ré­par­tis dans trois bâ­ti­ments. Les lo­ca­taires en ques­tion doivent quit­ter les ap­par­te­ments dans les­quels ils ha­bitent par­fois de­puis plu­sieurs dé­cen­nies.

Pré­ser­ver l’équi­libre

Si cette po­pu­la­tion ne rap­porte que peu d’im­pôts, elle a des atouts pour la ville. «Elle consomme lo­ca­le­ment et elle est in­té­grée dans la vie as­so­cia­tive de la com­mune, contrai­re­ment aux ha­bi­tants plus ai­sés qui ont plus ten­dance à com­man­der sur in­ter­net, à faire leurs achats dans les centres com­mer­ciaux en pé­ri­phé­rie et à pas­ser leurs week-ends à l’ex­té­rieur de la ville » , ana­lyse Sté­pha­nie Sch­mutz.

Pré­ser­ver l’équi­libre est donc une ga­geure pour les po­li­tiques. D’au­tant plus que de nom­breux bâ­ti­ments locatifs où ha­bite une po­pu­la­tion moins ai­sée doivent su­bir des tra­vaux. Ils ont été construits lors du boom dé­mo­gra­phique du mi­lieu du siècle der­nier, quand Nyon est pas­sé de 6500 ha­bi­tants en 1955 à 10 200 en 1966. «Il y a un im­por­tant be­soin de ré­no­va­tion éner­gé­tique des im­meubles bâ­tis à cette pé­riode pour ré­pondre aux exi­gences de la Stra­té­gie éner­gé­tique 2050 vou­lue par le peuple suisse», ex-

plique Oli­vier Fel­ler, di­rec­teur de la Chambre vau­doise im­mo­bi­lière.

Le phé­no­mène est réel à Nyon. «Lau­sanne l’a con­nu avec quelques an­nées d’avance. Dé­sor­mais, nous le sen­tons de­puis une an­née et de­mie dans la ré­gion», sou­ligne Jes­si­ca Jac­coud, pré­si­dente de la sec­tion nyon­naise de l’As­so­cia­tion suisse des lo­ca­taires (As­lo­ca), qui re­grette les ef­fets pour les lo­ca­taires. Les ré­no­va­tions vont par­fois avec la ré­si­lia­tion des baux, ce qui peut en­traî­ner une hausse de la gamme des lo­ge­ments et les rendre in­ac­ces­sibles aux an­ciens lo­ca­taires.

Dé­lé­gué au lo­ge­ment

Pour at­té­nuer les ef­fets de ces ré­no­va­tions, la Ville en­tend en­ga­ger un dé­lé­gué au lo­ge­ment. Ce­lui-ci au­ra la tâche d’être en con-

tact avec les pro­prié­taires et les ré­gies pour ac­com­pa­gner les ha­bi­tants et fa­ci­li­ter les re­lo­ge­ments, entre autres. L’an­ti­ci­pa­tion est pri­mor­diale pour pré­ser­ver la po­pu­la­tion aux moyens les plus faibles. Car s’il y a une dé­tente pour les ap­par­te­ments haut de gamme et les PPE, celle-ci peine à se faire res­sen­tir pour la ca­té­go­rie des lo­ge­ments d’uti­li­té pu­blique.

Pour gar­der la classe in­fé­rieure sur son ter­ri­toire, son ac­com­pa­gne­ment est es­sen­tiel. L’exemple de la Suet­taz, à la route des Tattes-d’Oie, la plus grande barre d’ha­bi­ta­tion de la ville avec ses 176 ap­par­te­ments, est criant. La So­cié­té coo­pé­ra­tive d’ha­bi­ta­tion de Lau­sanne qui gère le site a pris toutes les pré­cau­tions pour pré­pa­rer son chan­tier de dé­mo­li­tion (en au­tomne 2019 si tout va bien) qui per­met­tra de re­cons­truire mieux et plus grand.

Lo­ge­ment

«Le risque que Nyon de­vienne une ci­té-dor­toir est à nou­veau as­sez fort»

Sté­pha­nie Sch­mutz Mu­ni­ci­pale du So­cial et du Lo­ge­ment

«Des ren­contres in­di­vi­duelles avec chaque mé­nage ont été or­ga­ni­sées pour trou­ver des so­lu­tions adap­tées, sou­ligne Il­han Bü­chler, di­rec­teur de la coo­pé­ra­tive. Nous les ai­dons à dé­mé­na­ger et, pour les plus vul­né­rables, nous leur fai­sons les car­tons.» Pour l’ins­tant, au­cun lo­ca­taire n’a ré­si­lié son bail. Les 66 pre­miers ré­si­dents ont dé­jà mi­gré dans un im­meuble proche.

La bonne ma­nière

À la route de Di­vonne 21, la Ville a pu né­go­cier avec le pro­prié­taire, La Mo­bi­lière, puisque ce­lui-ci vou­lait ache­ter une par­celle com­mu­nale afin de re­cons­truire plus grand. L’im­meuble de 14 ap­par­te­ments se­ra dé­truit et un nou­veau se­ra construit avec 10 lo­ge­ments sup­plé­men­taires. Au fi­nal, tous les loyers se­ront 17% en des­sous du prix du mar­ché. Les lo­ca­taires se­ront eux aus­si re­lo­gés à proxi­mi­té pen­dant le chan­tier. «Ce que nous pro­pose notre pro­prié­taire est top classe, aver­tit un des ré­si­dents. On nous a ga­ran­ti des loyers stables et on nous paie le dé­mé­na­ge­ment pour quit­ter notre ap­par­te­ment et ce­lui pour re­ve­nir dans le neuf.»

Il n’em­pêche, il a fal­lu ba­tailler au Tri­bu­nal des baux pour en ar­ri­ver là. Ce qui a pro­vo­qué le dé­part de deux mé­nages, alors que le stress a pro­vo­qué des en­nuis de san­té au­près de deux se­niors. «Un sou­tien pour fa­ci­li­ter les dé­marches et évi­ter de de­voir se battre de­vant un tri­bu­nal nous au­rait été utile», re­con­naît le lo­ca­taire.

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