Un bal­con illé­gal pour se ven­ger d’un voi­sin

Cor­seaux Le ga­rage illi­cite de son voi­sin, mais to­lé­ré par le Can­ton, lui bouche la vue. Il se venge en créant un bal­con de rêve au mi­lieu des vignes

24 Heures - - La Une - Ka­rim Di Mat­teo

Écoeu­ré de voir que le ga­rage de son voi­sin non seule­ment lui bouche la vue mais est aus­si to­lé­ré par le Can­ton alors qu’il est illi­cite, Fré­dé­ric Gay a ré­agi par la provocation. En édi­fiant à son tour et dans la plus par­faite illé­ga­li­té une ter­rasse de 200 m2 avec vue pa­no­ra­mique sur le lac.

Mal­gré la fraî­cheur de l’au­tomne, la ter­rasse ins­tal­lée au mi­lieu de vignes de La­vaux par Fré­dé­ric Gay in­vite à se lais­ser choir dans le ca­na­pé avec vue pa­no­ra­mique sur le lac et les Dents-du-Mi­di. Le rêve! Sauf que la struc­ture de 200 m2 est aus­si ro­man­tique que to­ta­le­ment illé­gale. «On ne peut pas faire plus illé­gal en La­vaux. Ça de­vrait être in­ter­dit», iro­nise le pro­prié­taire des lieux de­puis 2014, pa­tron des Jar­dins de Cor­seaux, dans les hauts de la com­mune. «Je l’ai ins­tal­lée en trois jours avec l’in­ten­tion d’y or­ga­ni­ser un bar et des lo­ge­ments pen­dant la Fête des Vi­gne­rons.» Rien que ça!

La rai­son de ce coup de fo­lie? Faire en­tendre sa co­lère après ce qu’il consi­dère comme un passe- droit ac­cor­dé par le Can­ton à son voi­sin, cou­pable d’avoir construit un cou­vert à voi­tures ir­ré­gu­liè­re­ment de­vant la pe­tite ter­rasse du do­mi­cile de Fré­dé­ric Gay, lui bou­chant sa vue sur le lac.

Pas lé­ga­li­sé, mais to­lé­ré

«Quand j’ai réa­li­sé pour le cou­vert, le ton est mon­té. Après quoi je suis al­lé me plaindre au­près du Bu­reau tech­nique in­ter­com­mu­nal du Cercle de Cor­sier (BTI). Où on m’a ré­tor­qué que le cou­vert était construit hors zone à bâ­tir et que ce­la re­le­vait du Ser­vice du dé­ve­lop­pe­ment ter­ri­to­rial (SDT) à Lau­sanne.» En 2016, le SDT dé­cide au fi­nal de ne pas le faire dé­mon­ter. «Pour des mo­tifs de pro­por­tion­na­li­té, jus­ti­fie le porte-pa­role Pa­trick Ge­noud. Le cou­vert ayant une sur­face lé­gè­re­ment plus grande que ce qui est ac­cep­té, nous avons re­non­cé à de­man­der la re­mise en état. Cet ou­vrage est donc illi­cite, mais to­lé­ré, ce qui si­gni­fie qu’il ne pour­ra pas être rem­pla­cé en cas de des­truc­tion.» Les émo­lu­ments du dos­sier sont à la charge du voi­sin, sans amende à la clé tou­te­fois, car au­cune dé­non­cia­tion n’a été for­mu­lée.

«Après tout ça, j’ai vu rouge», re­prend Fré­dé­ric Gay. D’au­tant que le Ge­ne­vois d’ori­gine, en dif­fi- culté fi­nan­cière, ba­taille en pa­ral­lèle avec le même voi­sin, le BTI et le SDT pour ob­te­nir les au­to­ri­sa­tions de ré­no­ver sa propre mai­son. Sa nou­velle ac­ti­vi­té dans le chanvre lé­gal sous serre lui vaut en outre des ini­mi­tiés au vil­lage (notre édi­tion du 2 no­vembre), sans comp­ter les vo­leurs ré­gu­liers at­ti­rés par sa pro­duc­tion.

«Des af­fa­bu­la­tions!»

Le voi­sin vi­sé, ori­gi­naire de la Ri­vie­ra, em­ployé d’une mul­ti­na­tio­nale et ré­si­dant en Suisse alé­ma­nique, ad­met son tort: «Je pen­sais ne pas être obli­gé de de­man­der une au­to­ri­sa­tion pour ce ga­rage, pour le­quel j’avais un ac­cord avec le pré­cé­dent pro­prié­taire moyen­nant l’abat­tage à mes frais de quatre arbres. Après il se peut qu’il n’en ait pas in­for­mé M. Gay.» Il ré­fute par contre tout pri­vi­lège: «Tout a évi­dem­ment été fait et ré­gu­la­ri­sé dans le strict res­pect des règles et pro­cé­dures. Toute in­ter­pré­ta­tion contraire est sim­ple­ment er­ro­née.» Et de dé­plo­rer les «af­fa­bu­la­tions» de son an­cien voi­sin, les in­sultes, vexa­tions et autres cour­riers in­cen­diaires par avo­cats in­ter­po­sés.

Une vraie dis­pute de chif­fon­niers, de l’avis même de Da­vid Fer­ra­ri, res­pon­sable du BTI, à l’ori­gine de la dé­non­cia­tion de Fré­dé­ric Gay: «À la li­mite, je peux ad­mettre une part de frus­tra­tion, nous-mêmes avions émis des ré­serves concer­nant le ga­rage. Mais il ne peut pas pré­tendre construire quelque chose de dix fois plus grand sans au­to­ri­sa­tion juste pour se faire en­tendre!»

Une tri­bune chez la pré­fète

Une ter­rasse qui au­ra tout de même va­lu à l’in­té­res­sé un pas­sage de­vant la pré­fète en sep­tembre. Exac­te­ment ce que le fan­tasque Cor­sa­lin re­cher­chait! «Je l’ai lais­sée me faire la le­çon, me dire que je ris­quais jus­qu’à 200 000 fr. d’amende, puis j’ai re­pris ses propres ar­gu­ments dans le contexte du ga­rage. Elle m’a en­gueu­lé, dit que je l’avais prise en otage, que ce n’était pas une fa­çon de faire, mais je vou­lais qu’elle m’en­tende.» Une tri­bune libre à 2600 fr., soit le mon­tant de son amende. «Des ca­ca­huètes», fan­fa­ronne Fré­dé­ric Gay.

Et sa ter­rasse de rêve? Le BTI lui a si­gni­fié un ordre de re­mise en état. Un éven­tuel dos­sier de de­mande de ré­gu­la­ri­sa­tion peut par­ve­nir au SDT. Mais Fré­dé­ric Gay ad­met être usé: «Avec toutes ces his­toires, je ne crois pas que je vais m’éter­ni­ser à Cor­seaux.»

Fré­dé­ric Gay a op­té pour la voie de l’illé­ga­li­té pour se faire en­tendre: une grande sur­face amé­na­gée dans les vignes.

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