La réa­li­té der­rière les chiffres

24 Heures - - Samedi - E.L.B.

Pen­dant des mois, «24 heures» a pa­tiem­ment com­pi­lé, croi­sé et ana­ly­sé les ar­chives fran­çaises dé­clas­si­fiées. Ce tra­vail de re­cherche per­met, au­jourd’hui, de mettre un vi­sage sur de nom­breux Suisses as­pi­rés par la tour­mente de la Grande Guerre. Der­rière ces par­cours in­di­vi­duels, c’est toute une époque qui re­jaillit, celle des hommes et des femmes qui vi­vaient et fai­saient cette Suisse de la Belle Époque. Des noms, des quo­li­bets, des pro­fes­sions, des ori­gines, des vies or­di­naires et ex­traor­di­naires.

Com­bien étaient-ils vrai­ment?

Les ar­chives listent les noms de 1901 hommes, nés en Suisse, et tom­bés au front. Ce contin­gent té­moigne pour une par­tie seule­ment des com­bat­tants suisses ayant re­joint les rangs fran­çais. Ceux qui sont nés outre-Ju­ra, ou ailleurs par le globe, nous échappent. De même que ceux qui sont re­ve­nus vi­vants. Ces 1901 croix de bois per­mettent d’es­ti­mer le nombre de com­bat­tants nés en Suisse à plus de 12 000 hommes en tout, se­lon les mé­thodes sta­tis­tiques dé­fi­nies après-guerre. Avec les na­tifs de l’étran­ger, ce se­rait beau­coup plus. Des chiffres utiles pour es­ti­mer un phé­no­mène contro­ver­sé: les mi­li­ta­ristes suisses parlent de 3000 morts, soit de 8000 à 14 000 en­ga­gés en tout. Les études sé­rieuses évoquent, quant à elles, un maxi­mum de 6000 en­ga­gés.

Hu­mai­ne­ment, le plus jeune Suisse avait 17 ans. Le plus vieux 58. Le plus gra­dé était com­man­dant. Les mé­tiers des hommes sont ré­vé­la­teurs. Ceux qui sont par­tis sont très ma­jo­ri­tai­re­ment dans le pe­tit com­merce (ar­ti­sans, com­mis), un peu moins dans la pe­tite in­dus­trie (tour­neurs, ou­vriers) et l’agri­cul­ture. Les mé­tiers de ser­vice (voi­tu­riers, gar­çon de salle) sont sur­re­pré­sen­tés. L’hor­lo­ge­rie aus­si. Les mé­tiers d’art ou in­tel­lec­tuels sont rares dans les re­gistres.

Quel a été leur pro­fil?

D’où ve­naient-ils?

Beau­coup des villes ro­mandes ou fran­co­philes alé­ma­niques. Les zones fron­tières sont éga­le­ment en pr­pre­mière ligne.

Qu’en Q conclure?

L’ap­pel au dra­peau tr­tri­co­lore a concer­né les couches so­ciales ddé­fa­vo­ri­sées d’un pays en­core sous-in- 67 67 dus­tria­li­sé. La solde (un peu), l’éva­sion (sou­vent) ou, sur­tout, la dé­fense d’une pa­trie dont ils se sen­taient proches leur a par­lé. Dans le Ju­ra vau­dois ou le Grand Ge­nève, ceux qui sont par­tis étaient des jeunes de fa­milles vi­vant al­ter­na­ti­ve­ment d’un cô­té ou de l’autre de la fron­tière: la grande mo­bi­li­té de ces in­di­vi­dus est frap­pante. Ils sui­vaient l’em­bauche et vi­vaient sou­vent quelques an­nées à l’étran­ger. Et les morts? Ils ré­vèlent le prix hu­main des grandes of­fen­sives, les Suisses étant sou­vent dans des troupes d’as­saut (Lé­gion ou chas­seurs al­pins).

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.