«C’est ter­rible de voir ses hommes dé­chique

24 Heures - - Samedi -

Val­do Bar­bey, ar­tiste peintre d’Yver­don, dé­cembre 1914, ex­trait ti­ré de ses Mé­moires.

«Nous pous­sant mu­tuel­le­ment, nous cram­pon­nant à des ca­davres tom­bés sur les pa­ra­pets, nous sommes sor­tis du boyau et avons com­men­cé l’as­cen­sion pé­rilleuse et lente de la crête […]. Je sai­sis mon fu­sil re­cou­vert de boue, j’y fixe la baïon­nette quand, su­bi­te­ment, il me semble qu’on m’as­sène un coup ter­rible sur le crâne… Je com­prends que je suis tou­ché, quand une atroce dou­leur à l’épaule droite me fait perdre peu à peu connais­sance. Je me laisse glis­ser dans la boue. Je me dis que je vais mou­rir. […] Puis plus rien. Deux jours après, com­plè­te­ment aveugle, je re­pre­nais mes sens, éten­du sur un lit d’am­bu­lance. […] L’un des ma­jors n’était pas un in­con­nu pour moi; sur­pris et tou­ché de mon état, il put me faire éva­cuer par le train de bles­sés qui par­tait ce soir-là pour Pa­ris. Oh ce voyage! Quelles dou­leurs à chaque tour de roue! […] Le troi­sième jour au ma­tin, le train s’ar­rête à Au­ber­vil­liers. Je dis­tingue à peine un vi­sage de femme en­ca­dré de che­veux blancs. Elle me donne du cham­pagne et dit à d’autres éten­dus comme moi sur ces ci­vières: «Cou­rage en­fants! C’est pour Dieu! C’est pour la France!»

Lettre d’un lé­gion­naire lau­san­nois à son frère, en juillet 1916.

«Les an­ciennes tran­chées al­le­mandes prises quelques jours au­pa­ra­vant n’existent plus: tout a été dé­truit, le sol ni­ve­lé; des vil­lages, il ne reste à peine que quelques pans de murs dont les plus hauts n’ont

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