Le Con­seil fé­dé­ral bloque sur le par­tage des dé­par­te­ments

Il fau­dra une deuxième séance pour ré­par­tir les dé­par­te­ments. Un blo­cage vi­se­rait la so­cia­liste Si­mo­net­ta Som­ma­ru­ga

24 Heures - - La Une - Lise Bai­lat Berne

Pour­quoi les mi­nistres n’ar­rivent pas à se mettre d’ac­cord? C’est au­tour de Si­mo­net­ta Som­ma­ru­ga, semble-t-il, que s’ar­ti­cu­le­rait le blo­cage. Ex­pli­ca­tions.

La jo­lie musique de la concor­dance, en­ten­due lors de la double élection au Con­seil fé­dé­ral de mer­cre­di, s’est dé­jà tue. Ven­dre­di, le gou­ver­ne­ment dans sa com­po­si­tion nou­velle, avec Ka­rin Kel­lerSut­ter (PLR) et Vio­la Am­herd (PDC), s’est réuni pour pro­cé­der à la ré­par­ti­tion des dé­par­te­ments. Coup de théâtre dans l’après-mi­di: on ap­pre­nait qu’il n’était pas par­ve­nu à se mettre d’ac­cord. Le pré­sident de la Con­fé­dé­ra­tion, Alain Ber­set, l’a com­mu­ni­qué en ces termes: «Nous avions une séance dé­jà très char­gée. Nous avons pro­cé­dé à une pre­mière dis­cus­sion. Nous al­lons pour­suivre la se­maine pro­chaine.» Pressé de ques­tions, le Fri­bour­geois a in­di­qué que ce n’est pas la pre­mière fois, à sa connais­sance, qu’une ré­par­ti­tion des dé­par­te­ments se fait sur plu­sieurs jours.

Mais le manque de temps n’est pas seul en cause. «Si ce­la se passe bien, c’est fait en dix mi­nutes», in­dique une source proche du gou­ver­ne­ment. D’autres sources confiaient ces der­niers jours que le Con­seil fé­dé­ral était dé­ter­mi­né à ré­gler ra­pi­de­ment la ques­tion de la ré­par­ti­tion des dé­par­te­ments. Mais, se­lon nos in­for­ma­tions, la dis­cus­sion d’en­vi­ron une heure qu’ont me­née les sept mi­nistres qui di­ri­ge­ront la Suisse dès jan­vier pro­chain a été très en­ga­gée. Elle n’a pas per­mis de sur­mon­ter des di­ver­gences dé­jà ap­pa­rues du­rant les consul­ta­tions me­nées par le pré­sident Ber­set ces deux der­niers jours.

Qu’est- ce qui coince? Une chose est sûre se­lon nos re­cherches: trois mi­nistres veulent conser­ver leur dé­par­te­ment. Il s’agit d’Alain Ber­set (PS) qui gère l’In­té­rieur, d’Ue­li Mau­rer (UDC) aux Fi­nances et d’Igna­zio Cas­sis (PLR) aux Af­faires étran­gères. Tra­di­tion­nel­le­ment, les nou­veaux élus, qui sont les der­niers à ex­pri­mer leur sou­hait du­rant la séance de ré­par­ti­tion, prennent les dé­par­te­ments res­tants. Vio­la Am­herd s’est dé­cla­rée pu­bli­que­ment ou­verte à tous les di­cas­tères, tan­dis que Ka­rin Kel­ler-Sut­ter n’a pas ex­pri­mé de pré­fé­rence par­ti­cu­lière.

Une «éco­lo» au DETEC?

Le fo­cus se res­serre ain­si sur Guy Par­me­lin, l’ac­tuel chef de la Dé­fense (DDPS), et Si­mo­net­ta Som­ma­ru­ga, qui oeuvre de­puis huit ans au Dé­par­te­ment de justice et po­lice (DFJP). Surprise, Guy Par­me­lin n’au­rait pas re­ven­di­qué un autre di­cas­tère. Son en­tou­rage a pour­tant dis­til­lé ces der­niers jours le mes­sage que le Vau­dois au­rait sou­hai­té quit­ter la Dé­fense. Mais son par­ti, l’UDC, s’est mon­tré di­vi­sé sur la ques­tion. Et alors qu’il doit al­ler de l’avant ces pro­chai- nes se­maines avec le pro­jet de re­nou­vel­le­ment de la dé­fense aé­rienne, mal re­çu en consul­ta­tion, Guy Par­me­lin a ob­te­nu jeu­di un coup de pouce du Con­seil des États. Ce si­gnal a pu le convaincre de res­ter par­mi les gris-verts.

C’est donc bien au­tour de Si­mo­net­ta Som­ma­ru­ga que s’ar­ti­cu­le­rait le blo­cage. La so­cia­liste, après avoir ac­cé­lé­ré les pro­cé­dures d’asile et mo­der­ni­sé le droit de la fa­mille, sou­hai­te­rait re­ce­voir le Dé­par­te­ment de l’en­vi­ron­ne­ment, des transports, de l’éner­gie et de la com­mu­ni­ca­tion (DETEC), au­jourd’hui gé­ré par Do­ris Leu­thard. Pour­quoi le lui re­fu­ser? Qui fait obs­tacle? Dif­fi­cile d’en sa­voir plus à ce stade. Un ob­ser­va­teur pri­vi­lé­gié avance une hy­po­thèse: la droite bour­geoise (PLR et UDC), ma­jo­ri­taire au Con­seil fé­dé­ral et au par­le­ment, grin­ce­rait des dents à l’idée de lais­ser deux dé­par­te­ments mam­mouths aux deux so­cia­listes. L’en­ga­ge­ment de Si­mo­net­ta Som­ma­ru­ga pour l’en­vi­ron­ne­ment – elle qui ré­vé­lait en 2017 à la RTS avoir conti­nué à co­ti­ser pour l’As­so­cia­tion Transports et En­vi­ron­ne­ment (ATE) – pour­rait aus­si faire fi­gure d’épouvantail à droite.

Si tel est le cas, pour la Ber­noise, vice-doyenne du gou­ver­ne­ment, la pi­lule doit être amère, voire in­di­geste. C’est dé­jà elle qui avait été for­cée en 2010, à l’is­sue d’une séance de ré­par­ti­tion hou­leuse, de re­prendre le Dé­par­te­ment de justice et po­lice contre son gré, ren­dant fou de rage le pré­sident du Par­ti so­cia­liste, Ch­ris­tian Le­vrat.

Dans ces cir­cons­tances, le fait que du cô­té du PLR un main­tien de Si­mo­net­ta Som­ma­ru­ga au DFJP et un dé­part en 2021 soient évo­qués de­puis quelques jours tient-il du ha­sard? L’équa­tion de­vrait être ré­so­lue ven­dre­di pro­chain. En re­fer­mant sur elle la pa­ren­thèse do­rée d’un col­lège apai­sé.

«La droite bour­geoise, ma­jo­ri­taire au Con­seil fé­dé­ral et au par­le­ment, grin­ce­rait des dents à l’idée de lais­ser deux dé­par­te­ments mam­mouths aux deux so­cia­listes»

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