«Mon der­nier vol, c’était pour mon tra­vail, re­monte à 2006»

Be­noît Ge­ne­cand (PLR/GE) fait par­tie des gens qui ne prennent (presque) plus l’avion. Pour des mo­tifs éco­lo­gistes et par re­jet du tou­risme de masse. Interview

24 Heures - - Suisse - Ch­ris­tian Ber­net

En douze ans, il n’a pris l’avion qu’une seule fois. Ses va­cances, il les passe ici, à Ge­nève, dans sa ville. Et s’il en­vi­sage des voyages, ils sont au long cours, à pied ou en bus. Be­noît Ge­ne­cand, conseiller na­tio­nal PLR ge­ne­vois, passe pour l’en­ne­mi des éco­los. Pour­tant, il fait par­tie de ces per­sonnes, de plus en plus nom­breuses, qui re­jettent cette fré­né­sie du voyage, cette fièvre du vol low cost qui fait s’en­vo­ler les gens pour un week-end dans les ca­pi­tales. Parce que l’avion pol­lue et parce qu’il n’offre que «des illu­sions de dé­pay­se­ment».

Cet été, il a tra­ver­sé les Alpes à pied, de Ge­nève à Nice. Mais pour le re­tour, il a pris l’avion, seule en­torse à ses convic­tions. En­tre­tien dans son stamm, un ca­fé ge­ne­vois où il a ses ha­bi­tudes de lec­teur de jour­naux.

Pour­quoi avoir dé­ci­dé de ne plus prendre l’avion?

Je ne l’ai pas dé­ci­dé. C’est ve­nu sans que je m’en rende compte. Mon der­nier vol, c’était pour mon tra­vail, en 2006. Puis j’ai at­ten­du l’oc­ca­sion qui jus­ti­fie­rait vrai­ment que je re­prenne l’avion. J’au­rais pu al­ler aux Ba­ha­mas voir de la fa­mille, mais ce­la ne m’a pas ten­té. Plus les an­nées pas­saient et moins j’avais en­vie de ce type de voyage.

Mais vous mar­chez jus­qu’à Nice et vous re­ve­nez en avion.

Mon fils part deux ans à New York avec sa femme et mes pe­tits-en­fants. Deux ans, c’est long. J’irai donc les voir, en avion. Et comme je ne vou­lais pas que mon fils pense que je fais une en­torse à mes convic­tions à cause de lui, j’ai pris l’avion à Nice. Je ne suis pas un fon­da­men­ta­liste.

Vous dites qu’on vous prend pour une per­sonne bi­zarre.

Dire qu’on ne prend pas l’avion est aus­si sur­pre­nant que d’an­non­cer qu’on est de­ve­nu boud­dhiste. Les gens ont be­soin d’une ex­pli­ca­tion: soit vous avez peur, soit vous êtes un in­dé­crot­table pan­tou­flard. Car pour beau­coup, les va­cances sont sy­no­nymes d’éloi­gne­ment et donc de vol en avion. On nous a en­fer­més dans cette équa­tion con­su­mé­riste et fu­meuse.

Con­su­mé­riste?

Ces voyages ra­pides et bon marché sont ar­chi­ba­li­sés. Les villes se res­semblent, la nour­ri­ture est mon­dia­li­sée et on y fait du shop­ping. Ce dé­sir d’ailleurs a été construit, il ne fait pas par­tie de notre cer­veau rep­ti­lien. Pen­dant des siècles, l’homme n’a pas voya­gé. Mais un mar­ke­ting puis­sant nous fait croire qu’on n’a pas vé­cu si on n’a pas vi­si­té toutes les ca­pi­tales eu­ro­péennes. Et fu­meuse aus­si?

Est-ce que ce­la a du sens de par­tir dix jours à l’autre bout du monde? Est-ce qu’on s’y re­pose vrai­ment? Est-ce qu’on est plus ou­vert au monde si on a fou­lé cin­quante pays, ne se­rait-ce qu’une se­maine? Je ne crois pas. Mais si vous re­ve­nez de va­cances sans ré­cit, sans être bron­zé, vous êtes un plouc. Et comme les vols sont de­ve­nus très bon marché et que les gens peuvent se les payer, c’est dif­fi­cile de chan­ger. C’est de­ve­nu une drogue. Même si les choses com­mencent à chan­ger.

Vous n’avez donc pas vi­si­té les ca­pi­tales eu­ro­péennes?

Non, je suis un vieux con. Je n’ai été ni à Ber­lin, ni à Co­pen­hague, ni à Por­to. Je suis une mau­vaise herbe su­per­lo­cale et je marche. La marche offre une ex­pé­rience in­com­pa­rable sur la dis­tance et le temps. C’est mille fois plus dé­pay­se­ment qu’un wee­kend à Bar­ce­lone.

Où par­tez-vous en va­cances? J’ai la chance d’être in­dé­pen­dant et de ga­gner as­sez bien ma vie. Je fais des ba­lades au bord du Rhône, ça me re­pose, je consulte les jour­naux au ca­fé et je lis cin­quante livres par an. Mes va­cances, je les ai en quelque sorte in­té­grées dans mon quo­ti­dien.

Pas de re­gret?

Non. Je sais que je ne ver­rai ja­mais la Chine ni le Ma­chu Pic­chu. Et alors? En re­vanche, j’irai peut-être au Ja­pon. Et j’ai­me­rais bien prendre plu­sieurs mois et faire le tour de la Mé­di­ter­ra­née, avec les bus, en par­tant de la gare Dor­cière, di­rec­tion les Bal­kans. Sans sa­voir où dor­mir le soir.

Votre re­non­ce­ment à l’avion, c’est donc da­van­tage une ques­tion de phi­lo­so­phie que d’éco­lo­gie?

Les deux as­pects sont liés. On ne peut pas être éco­lo­giste sans se po­ser la ques­tion de son com­por­te­ment. Si­non votre pen­sée est hors-sol. C’est par­fois ce que je re­proche aux éco­los qui veulent in­ter­dire les 4X4 sans re­gar­der leur propre bi­lan car­bone. Il faut joindre la pa­role aux actes. Il est clair que si je re­nonce à l’avion, c’est à cause de la pol­lu­tion qu’il gé­nère. En­fin, ce n’est pas un mode de trans­port agréable. Un aé­ro­port, c’est asep­ti­sé comme un hô­pi­tal, on y vend du par­fum pas cher et on se fait par­fois trai­ter comme du bé­tail. Ce n’est pas un bon trip.

Vous ré­dui­sez aus­si votre consom­ma­tion en gé­né­ral? J’es­saie, mais je ne suis pas un exemple de fru­ga­li­té. La dé­crois­sance pour­rait me conve­nir, mais avant d’être membre du club, il y a du bou­lot.

Pour­tant, on ne vous consi­dère pas comme un éco­lo.

Je passe même pour leur en­ne­mi à Berne. Je me suis op­po­sé à la loi sur la stra­té­gie éner­gé­tique parce qu’elle fai­sait la part belle à cer­tains ar­ran­ge­ments de groupes d’in­té­rêts. Si­non je suis in­tran­si­geant sur l’uti­li­sa­tion du sol ou sur la pro­tec­tion du loup. Et mes pré­oc­cu­pa­tions en­vi­ron­ne­men­tales me placent même tout à gauche des élus PLR.

MA­GA­LI GI­RAR­DIN

L’élu PLR ge­ne­vois Be­noît Ge­ne­cand l’ad­met sans dé­tour: «Je n’ai été ni à Ber­lin, ni à Co­pen­hague, ni à Por­to. Je suis une mau­vaise herbe su­per­lo­cale et je marche.»

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