«On ne peut plus ra­con­ter Vi­docq comme avant»

24 Heures - - La Rencontre -

Vi­docq (1775-1857) a un gros ca­sier au cinéma, Har­ry Baur, George San­ders, Claude Brasseur.

Je n’ai rien re­vu de par­ti­cu­lier. J’ai des sou­ve­nirs d’en­fance, le Vi­docq au cha­peau en ar­rière, plus lé­ger, créé par Mar­cel Blu­wal et Claude Brasseur avec une ef­fi­ca­ci­té in­croyable. Blu­wal a tour­né avec mon père des films qui m’ont mar­qué, c’était une autre époque.

Votre Vi­docq tranche, rend la du­re­té du Se­cond Em­pire, entre cor­rup­tion et mi­sère.

Parce qu’au­jourd’hui, les spec­ta­teurs veulent se rac­cro­cher au réa­lisme et qu’ils sont beau­coup plus aguer­ris au ni­veau vi­suel. Au contraire du public des an­nées 50 et 60, qui n’avait pas au­tant d’ex­pé­rience des images, ni di­gé­ré tous ces codes. Ja­dis, la ma­nière de ra­con­ter des his­toires, c’était Tin­tin, avec une forme d’in­no­cence et de fan­tai­sie. Et beau­coup plus de len­teur. Le môme de 10 ans au­jourd’hui, pas be­soin d’ap­puyer trois fois sur le bou­ton pour qu’il capte l’in­fo. Il connaît les sym­boles.

Voyou, in­dic, flic, pri­vé… Vi­docq fas­cine jus­qu’au jeu vi­déo «As­sas­sin’s Creed Uni­ty».

Vi­docq va créer la po­lice mo­derne. Avant lui, les gen­darmes portent bi­corne et grosse mous­tache, on les voit ar­ri­ver de loin. Ce qui est mar­rant, dans les an­nées 80, je me sou­viens que les flics, on les re­con­nais­sait aus­si dans la rue! Même dé­gui­sés, ils avaient la gueule de l’em­ploi. De nos jours, ils se confondent avec les bandes, frin­gués avec des marques, de vrais mal­frats sauf qu’ils sont du bon cô­té. Ou pas. Toutes les his­toires res­tent pos­sibles, il n’y a pas d’ar­ché­type en marbre.

La clé de ce Vi­docq se­rait la so­li­tude?

Je l’ai vé­cu ain­si. En li­sant le scé­na­rio, je voyais ces plans du type re­je­té de tout le monde, le ba­gnard qui ne trouve pas sa place. Pas un truc de nos­tal­gie, plu­tôt un mé­lange de so­li­tude froide et manque d’en­vie. Seule sa femme le ré­chauffe. Là il est pa­reil que nous: l’amour le rend très fort mais aus­si très vul­né­rable. C.LE

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