Nyon ho­nore le père de Jean­Jacques Rous­seau

24 Heures - - La Une - Ma­de­leine Schürch

Une plaque épi­gra­phique a été po­sée au nu­mé­ro 1 de la rue De­la­flé­chère pour rap­pe­ler que l’hor­lo­ger ge­ne­vois Isaac Rous­seau, père de l’illustre phi­lo­sophe, a re­mon­té les pen­dules à Nyon, où il a vé­cu plus de 25 ans. Jean-Jacques Rous­seau, ci-des­sus dans l’ate­lier, écrit à son propos: «Je le vois en­core vi­vant du tra­vail de ses mains et nour­ris­sant son âme des vé­ri­tés les plus su­blimes.»

Une plaque rap­pelle qu’Isaac Rous­seau, père du cé­lèbre phi­lo­sophe, a re­mon­té les pen­dules de Ge­nève à Nyon, en pas­sant par Is­tan­bul

Si Isaac, le pa­pa de Jean-Jacques Rous­seau, s’est ré­fu­gié à Nyon en 1722, c’est qu’il vou­lait échap­per à une convo­ca­tion de la po­lice de la Ré­pu­blique de Ge­nève. Que lui re­pro­chait-on? D’avoir chas­sé à la Ser­vette sur le do­maine pri­vé du ca­pi­taine Gau­tier, qui en était fort mar­ri. Le père de l’écri­vain et phi­lo­sophe s’est donc exi­lé dans le Pays de Vaud, alors sous do­mi­na­tion ber­noise. C’est sur la mai­son qui a rem­pla­cé celle où il a vé­cu jus­qu’à sa mort, en 1747, au nu­mé­ro 1 de la rue De­la­flé­chère, qu’une plaque com­mé­mo­ra­tive a été dé­voi­lée ven­dre­di en pré­sence du consul gé­né­ral de la Ré­pu­blique de Tur­quie. Car ce­lui que son fils a sur­nom­mé «l’hor­lo­ger du sé­rail» avait aban­don­né femme et en­fant pour al­ler, quelques an­nées plus tôt, re­mon­ter les pen­dules à Cons­tan­ti­nople.

«Ce par­cours de vie un peu par­ti­cu­lier et les liens af­fec­tifs qui liaient père et fils mé­ri­taient de mar­quer sa pré­sence à Nyon, où il a vé­cu du­rant 25 ans», ex­plique Ré­my Hil­de­brand, fon­da­teur et pré­sident du Co­mi­té eu­ro­péen Jean-Jacques Rous­seau, qui a pris l’ini­tia­tive d’of­frir cette plaque épi­gra­phique à la Ville de Nyon. Celle-ci com­prend une ins­crip­tion et, dans un coin, un QR Code qui per­met­tra aux pas­sants et tou­ristes de lire la vie d’Isaac sur leur smart­phone.

Pre­mière fuite

Une vie pas­sée à l’éta­bli, puisque le Ge­ne­vois des­cend d’une longue li­gnée d’hor­lo­gers. Jean-Jacques ra­conte qu’il ai­mait, en­fant, se rendre dans l’ate­lier de son grand­père Da­vid, un ar­ti­san ré­pu­té. Né à Ge­nève en 1672, Isaac Rous­seau se forme avec ses proches et se ma­rie en 1704 avec une fille de bonne fa­mille, Su­zanne Ber­nard, dont la mère n’ap­prouve guère cette union. Ha­bi­tant la même mai­son, cette der­nière, par ses cri­tiques, rend vite la vie d’Isaac im­pos­sible. Mal­gré la nais­sance d’un pre­mier fils, Fran­çois, il dé­cide de quit­ter le foyer. Il part en 1705 à Cons­tan­ti­nople pour de­ve­nir hor­lo­ger au sein de la communauté ge­ne­voise éta­blie dans l’Em­pire ot­to­man. Outre l’avan­tage de mettre une grande dis­tance entre lui et sa belle-mère, il es­père y ga­gner de quoi en­tre­te­nir sa fa­mille. Il res­te­ra sur les rives du Bos­phore du­rant 6 ans.

En 1711, ap­pre­nant la mort de sa belle-mère, Isaac re­vient aus­si­tôt à Ge­nève, sans un sou. Il s’ins­talle au 40, Grand-Rue. C’est là que son se­cond fils, Jean-Jacques, naît l’an­née sui­vante. Mais Su­zanne ne sur­vit pas à l’ac­cou­che­ment, suc­com­bant quelques jours plus tard à une fièvre puer­pé­rale. L’hor­lo­ger se re­trouve seul avec ses en­fants. «Je na­quis in­firme et ma­lade; je coû­tai la vie à ma mère et ma nais­sance fut le pre­mier de mes mal­heurs», ra­conte Jean-Jacques dans ses « Confes­sions » . Isaac sol­li­cite l’aide de sa pe­tite soeur Su­zon pour te­nir la mai­son et d’une jeune fille, Mie, pour veiller sur le pe­tit. Le père au foyer consacre beau­coup de temps à son ca­det, lui ra­con­tant des his­toires d’ar­ti­san hor­lo­ger, ses ren­contres et, sur­tout, sa vie à Cons­tan­ti­nople (lire ci-des­sous). Au point que Ré­my Hil­de­brand y voit une ré­fé­rence pé­da­go­gique dont se ser­vi­ra plus tard Jean-Jacques dans «Émile», son trai­té d’édu­ca­tion.

Reste que lors­qu’il fuit Ge­nève, Isaac laisse Jean-Jacques, 10 ans, aux bons soins de sa soeur Théo­do­ra. Il ar­rive à Nyon avec sa pe­tite soeur Su­zon, qui épou­se­ra plus tard un dé­nom­mé Gon­ce­rut. Quant à Isaac, il se re­ma­rie en 1726 à Pran­gins avec Jeanne Fran­çois.

Il dé­sire de­ve­nir Ha­bi­tant de Nyon, mais sa de­mande se­ra re­tar­dée, car une fois en­core, Isaac, im­pé­ni­tent chas­seur, s’est ren­du cou­pable d’avoir ti­ré des oi­seaux au bord du lac, à la pointe de Pro­men­thoux, à Tré­lex et Gin­gins.

Jean-Jacques vien­dra plu­sieurs fois vi­si­ter son père à Nyon, mais ra­re­ment à la mai­son de la rue De­la­flé­chère. Ils se voient dans un pe­tit bis­trot près du châ­teau, où ils évoquent le sou­ve­nir de Su­zanne et na­viguent l’été sur le lac.

Com­mé­mo­ra­tion

«Je le vois en­core vi­vant du tra­vail de ses mains et nour­ris­sant son âme des vé­ri­tés les plus su­blimes» Jean-Jacques Rous­seau

À propos de son père

DR

PHI­LIPPE MAEDER

En haut, la belle mai­son de la fin du XVIIIe siècle, si­tuéee 1, rue De­la­flè­chère, chère, qui a rem­pla­cé acé celle où a vé­cu écu Isaac Rous­seau les s 25 der­nières s an­nées de sa vie. À droite, un por­trait du père de Jean-Jacques Rous­seau, réa­li­sé é par un peintre tre in­con­nu.

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