Os­ter­meier fait en­trer les «gi­lets jaunes» au théâtre

Bien­tôt à Vi­dy, «Re­tour à Reims» s’in­filtre dans l’ac­tua­li­té fran­çaise

24 Heures - - La Une - ATS

Il a fal­lu moins de trois mois pour que le théâtre s’em­pare des «gi­lets jaunes». Quelques heures avant l’acte IX du mou­ve­ment contes­ta­taire s’est ou­vert ven­dre­di à Pa­ris un spec­tacle d’une ré­so­nance presque ir­réelle avec l’ac­tua­li­té.

Au Théâtre de la Ville, près des Champs-Ély­sées, où des CRS ar­més veillaient en pré­vi­sion des ma­ni­fes­ta­tions, le met­teur en scène al­le­mand Thomas Os­ter­meier pré­sen­tait son adap­ta­tion de l’es­sai de Di­dier Eri­bon sur le trans­fuge de clas- ses, «Re­tour à Reims», pièce qui ar­rive en avril à Lau­sanne, au Théâtre de Vi­dy, dans le cadre du fes­ti­val Pro­gramme Com­mun. «Vers qui les ex­ploi­tés et les dé­mu­nis peuvent-ils se tour­ner pour se sen­tir ex­pri­més?» de­man­dait le so­cio­logue dans son oeuvre au­to­bio­gra­phique et so­cio­lo­gique. «Ils ont be­soin d’être en­ten­dus», s’ex­clame un per­son­nage de­vant des images de «gi­lets jaunes» pro­je­tées dans cette pièce qui évoque «rond­spoints blo­qués» et «rues fer­mées».

Dans son ou­vrage, Di­dier Eri­bon re­tourne dans sa ville na­tale, Reims, à la mort de son père et re­trouve le monde ou­vrier de son en­fance avec le­quel il avait rom­pu trente ans au­pa­ra­vant. Il dé­couvre que sa fa­mille, qui vo­tait com­mu­niste, a bas­cu­lé dans l’ex­trême droite. Par­tant de ce ré­cit per­son­nel, il se livre à une ré­flexion sur les classes, la fa­bri­ca­tion des iden­ti­tés ou le dé­ter­mi­nisme so­cial.

«Pour moi, c’était très sur­pre­nant de lire ces ré­flexions après tous ces évé­ne­ments», af­firme Thomas Os­ter­meier, qui a mon­té en 2017 une ver­sion de la pièce en al­le­mand et en an­glais, bien avant la nais­sance des «gi­lets jaunes». «Beau­coup de ce qu’il dé­crit ex­plique en quelque sorte ce qui ar­rive en ce mo­ment», ajoute le di­rec­teur de la Schaubühne de Ber­lin.

«Et si c’est l’ex­trême droite qui ga­gnait les élec­tions dans trois ans?» s’in­quiète un per­son­nage. «On n’au­ra plus de sub­ven­tions pour faire ce genre de films; ça t’an­goisse pas?» lance-t-il.

Alors que la dé­fiance des Fran­çais vis-à-vis des ins­ti­tu­tions et de leurs re­pré­sen­tants est au plus haut, le texte de Di­dier Eri­bon dé­crypte aus­si l’in­ca­pa­ci­té de la gauche à par­ler au nom des ou­vriers. Les «gi­lets jaunes» sont «un mou­ve­ment sans cadre po­li­tique et c’est lié à ce que dit Di­dier. C’est dû en par­tie à l’échec de la gauche. Il n’y a plus de confiance dans les di­ri­geants», sou­ligne Os­ter­meier.

L’ac­tua­li­té a rat­tra­pé le spec­tacle: la re­pré­sen­ta­tion de sa­me­di a été re­por­tée à di­manche en rai­son de la dif­fi­cul­té d’ac­cès en cas de ma­ni­fes­ta­tions.

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