La charge fis­cale ex­ces­sive de la classe moyenne dite ai­sée

24 Heures - - Opinions - Gian­lui­gi Mon­ti An­cien di­ri­geant Groupe fi­nan­cier eu­ro­péen

Il pa­raît que la po­pu­la­tion suisse est jus­te­ment at­ta­chée à la pro­gres­si­vi­té de l’im­pôt. Mais force est de consta­ter que, dé­sor­mais, il existe dans ce pays plu­sieurs ca­té­go­ries de contri­buables à géo­mé­trie fis­cale va­riable.

Com­men­çons par les moins fa­vo­ri­sés, qui bé­né­fi­cient, presque tou­jours à rai­son, d’une as­sis­tance fi­nan­cière et so­ciale im­por­tante et qui ne paient pas d’im­pôts (env.iron 25% dans le can­ton de Vaud, soit plus de 90 000 mé­nages). À l’op­po­sé, il y a les riches et ul­tra­riches qui par­viennent à ré­duire le poids fis­cal au mi­ni­mum et même à né­go­cier leurs im­pôts.

Puis il y a les bé­né­fi­ciaires de for­faits fis­caux, avec une charge ex­cep­tion­nel­le­ment basse compte te­nu de leur ai­sance fi­nan­cière consi­dé­rable, qui évitent sur­tout l’im­pôt sur la for­tune. Con­ti­nuons avec les en­tre­prises qui, dans la ré­vo­lu­tion fis­cale en cours (RIE), se­ront taxées à 14%, un vrai ca­deau; la taxa­tion moyenne suisse étant dé­jà par­ti­cu­liè­re­ment avan­ta­geuse, aux alen­tours de 19%.

En­suite, il y a la tranche im­por­tante des contri­buables qui paient l’im­pôt sur les re­ve­nus (sa­laires), les taux étant mo­diques pour les tranches basses et aux ni­veaux eu­ro­péens pour les hauts sa­laires.

Et pour fi­nir reste la classe moyenne dite ai­sée, qui sup­porte un poids ex­ces­sif de l’im­pôt (re­ve­nus plus for­tune), net­te­ment plus lourd que dans d’autres pays. Une classe for­mée no­tam­ment de cadres su­pé­rieurs, de pe­tits en­tre­pre­neurs, de pro­fes­sions li­bé­rales, de re­trai­tés, etc., qui as­sument ou ont as­su­mé des re­spon- sa­bi­li­tés et des risques ma­jeurs dans leur pro­fes­sion. Les can­tons de Vaud et Ge­nève sont de­ve­nus des en­fers fis­caux pour ces contri­buables. Les taux d’im­pôt sur la for­tune y avoi­sinent 1%, soit plus que le double du taux moyen suisse (0,38%) et 4 à 5 fois plus que ce­lui de cer­tains autres can­tons. À no­ter que, à cause de l’ef­fet cu­mu­lé de ces taux lé­ma­niques et de la baisse des ren­de­ments, la charge fis­cale de ces gens dé­passe par­fois à l’heure ac­tuelle 50-70% et les pousse dans les li­mites du bou­clier fis­cal (71,5%).

«Les can­tons de Vaud et Ge­nève sont de­ve­nus des en­fers fis­caux pour ces contri­buables»

Quant à l’im­pôt sur la for­tune, consi­dé­ré comme une aber­ra­tion par des ex­perts in­ter­na­tio­naux et dé­sor­mais éli­mi­né ailleurs, il se­rait l’im­pôt qui pose le plus de pro­blèmes en Suisse, se­lon le fis­ca­liste Xa­vier Ober­son. In­tro­duit fin 1800 pour taxer les grosses for­tunes de l’époque (vastes pro­prié­tés im­mo­bi­lières, comme les cam­pagnes de l’Her­mi­tage ou du De­nan­tou, à Lau­sanne), il s’est pro­gres­si­ve­ment ins­tal­lé, tou­chant tous les ac­tifs des contri­buables, y com­pris l’ou­til de tra­vail. Il est de­ve­nu la chasse gar­dée des can­tons et com­munes. De sur­croît, Vaud et Lau­sanne ap­pliquent en­core un im­pôt de suc­ces­sion en ligne di­recte.

Cette classe moyenne ai­sée, beau­coup plus im­por­tante en suf­frages qu’on le pense, n’in­té­resse plus le monde po­li­tique. Le ras-le-bol de ces contri­buables est fort éle­vé. Il se tra­duit par des dé­parts vers d’autres can­tons ou à l’étran­ger, et sur­tout par une pé­nu­rie de nou­veaux contri­buables ju­teux. Iné­qui­table et in­quié­tant!

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