Ma­cron pu­blie sa lettre aux Fran­çais et Ma­rine Le Pen part à l’as­saut de l’Eu­rope

Por­tée par les «gi­lets jaunes» et le contexte eu­ro­péen, Ma­rine Le Pen rêve d’un «mo­ment ve­nu» pour faire tom­ber et Ma­cron et l’UE

24 Heures - - Suisse - Alain Re­be­tez Pa­ris

Ce n’est pas la pre­mière fois pour le Front na­tio­nal, mais le choix du lieu n’est pas ano­din – la salle de la Mu­tua­li­té, à Pa­ris. C’était un fief de la gauche, aux murs des cou­loirs on aper­çoit les pho­tos de ceux qui ont mar­qué l’en­droit: Ber­tolt Brecht, Georges Mar­chais, Fran­çois Mit­ter­rand, les mi­li­tantes du MLF… Di­manche, c’était Ma­rine Le Pen. Pour lan­cer la cam­pagne des élec­tions eu­ro­péennes de son par­ti, dont le nou­veau nom – le Ras­sem­ble­ment na­tio­nal (RN) – prend ici tout son sens.

Le par­ti a le vent en poupe, tous en sont convain­cus. «On nous avait dit qu’avec Ma­rine Le Pen, ce se­rait le chaos. Eh bien avec Ma­cron, C’EST le chaos!» iro­nise Sé­bas­tien Che­nu, le porte-pa­role du par­ti, pour chauf­fer la salle. La veille, le pays a vé­cu le 9e acte de mo­bi­li­sa­tion des «gi­lets jaunes», 84 000 ma­ni­fes­tants se­lon les chiffres du Mi­nis­tère de l’in­té­rieur, soit une par­ti­ci­pa­tion qui re­part à la hausse par rap­port à la se­maine pré­cé­dente (50 000). Même si les vio­lences ont for­te­ment di­mi­nué, le mou­ve­ment ne fai­blit pas et le RN s’en frotte les mains.

«Le grand bas­cu­le­ment»

«Le mo­ment est ve­nu! Le mo­ment de la grande cla­ri­fi­ca­tion et du bas­cu­le­ment», an­nonce Ma­rine Le Pen quand elle entre sur scène, où de grandes lettres po­sées comme des plots pro­clament le slo­gan du jour: «On ar­rive!» Et d’em­blée son dis­cours s’ins­crit dans la ré­volte des «gi­lets jaunes», pro­vo­quée à l’en­tendre par un pré­sident «in­com­pé­tent dans ses com­por­te­ments et dans ses fonc­tions», qui a fait le choix de «la confron­ta­tion quand la si­tua­tion de­man­dait l’apai­se­ment» et qui «cri­mi­na­lise le mou­ve­ment avec le­quel il pré­tend dé­battre». Bref, qui fait tout faux. Se­lon Ma­rine Le Pen, si l’As­sem­blée na­tio­nale n’est pas dis­soute d’ici au 26 mai, comme elle le ré­clame, «alors l’ar­bi­trage po­li­tique de­vra ve­nir des élec­tions eu­ro­péennes, et l’en­jeu se­ra clair: battre Ma­cron!»

À plu­sieurs re­prises, la pré­si­dente du RN ré­pète la même for­mule: «Le mo­ment est ve­nu.» Car il y a une conjonc­tion, avec à l’in­té­rieur du pays la co­lère des «gi­lets jaunes» et au ni­veau eu­ro­péen la mise en cause des règles de l’UE par l’Ita­lie, la Hon­grie, l’Au­triche, la Po­logne… «Deux blocs se font face: les «eu­ro­péistes», qui dé­fendent l’UE, et nous, les pa­triotes, qui dé­fen­dons la vraie Eu­rope, l’Eu­rope des peuples.» Pour elle, «le mo­ment du grand bas­cu­le­ment» est ve­nu, qui per­met­tra une vé­ri­table ré­forme et la créa­tion d’une «Al­liance eu­ro­péenne des Na­tions» où les fron­tières se­raient res­tau­rées, où chaque pays dé­ci­de­rait sou­ve­rai­ne­ment de son bud­get et de ses lois, où la Com­mis­sion eu­ro­péenne se­rait ra­me­née à un rôle de «se­cré­ta­riat tech­nique» et où les oli­gar­chies se­raient «mises au pas».

La salle ap­prouve, mais c’est sur­tout quand Ma­rine Le Pen dé- nonce les mon­dia­listes – «contrai­re­ment à eux, nous ne sommes pas EN France, mais DE France» – que les ap­plau­dis­se­ments éclatent et que la foule chante en re­frain: «On est chez nous!» Et c’est quand elle dé­nonce le «mons­trueux tra­fic d’êtres hu­mains qu’or­ga­nisent des ONG» et qu’elle pro­met qu’«avec nous, l’Aqua­rius n’ac­cos­te­ra pas» qu’elle dé­chaîne les bra­vos les plus en­thou­siastes.

En­suite, elle pré­sente les douze pre­miers can­di­dats de la liste RN aux élec­tions eu­ro­péennes, qui se­ra di­ri­gée par un très jeune mi­li­tant de 23 ans, Jor­dan Bar­del­la, porte-pa­role du par­ti de­puis 2017 et qui di­rige la branche jeu­nesse du mou­ve­ment. Ma­rine Le Pen dé­fend son pro­té­gé comme «le meilleur exemple de la mé­ri­to­cra­tie mi­li­tante». En réa­li­té, il a été pré­fé­ré à Ni­co­las Bay, lui aus­si un an­cien pro­té­gé de Ma­rine Le Pen et qui fai­sait fi­gure de fa­vo­ri. Mais à 42 ans et fort d’une so­lide ex­pé­rience au Par­le­ment eu­ro­péen, où il co­pré­side un des groupes na­tio­na­listes, peut-être avait-il le dé­faut de com­men­cer à prendre un peu trop de place.

Ces que­relles d’ap­pa­reil n’émeuvent guère la salle. Jor­dan Bar­del­la fait son dis­cours à l’amé­ri­caine, sans notes et en ar­pen­tant la scène le mi­cro à la main. Dis­cours of­fen­sif – «Nous ne dé­pen­se­rons pas le moindre eu­ro pour ac­cueillir un mi­grant tant qu’un seul Fran­çais dor­mi­ra dans la rue» – où il at­taque Em­ma­nuel Ma­cron: «Non seule­ment il gou­verne sans le peuple, mais il gou­verne contre le peuple.»

À deux re­prises, la salle se lève et scande lon­gue­ment: «Ma­cron dé­mis­sion, Ma­cron dé­mis­sion!» Tiens, à ce mo­ment-là on se croi­rait dans une ma­nif des «gi­lets jaunes». «Si seule­ment», ré­pond Jor­dan Bar­del­la dans un sou­pir plein d’es­poir…

REU­TERS

Ma­rine Le Pen a lan­cé di­manche à Pa­ris la cam­pagne du Ras­sem­ble­ment na­tio­nal pour les élec­tions eu­ro­péennes.

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