Pri­vé de masques, le per­son­nel de la voi­rie est in­quiet

Le per­son­nel de la voi­rie joue un rôle fon­da­men­tal, a for­tio­ri du­rant l’épi­dé­mie. Mais les pro­tec­tions manquent

24 Heures - - Front Page - Ca­the­rine Co­chard

Ceux qui col­lectent nos dé­chets sont po­ten­tiel­le­ment en contact avec des ob­jets conta­mi­nés. La si­tua­tion les in­quiète d’au­tant plus qu’ils tra­vaillent sans masque. Ré­ac­tions.

Tous les jours, à l’ar­rière des ca­mions, les em­ployés de la voi­rie col­lectent nos dé­tri­tus. En cette pé­riode où il est plus que né­ces­saire de te­nir les rues propres, ils tra­vaillent bien sou­vent sans masque. «Nous en avons com­man­dé, qui ne sont ja­mais ar­ri­vés», dé­plore Roxane Fa­raut Li­nares, en charge de l’éli­mi­na­tion des dé­chets à Nyon.

La mu­ni­ci­pale énu­mère les dis­po­si­tions prises par la Ville pour ces em­ployés. «Nous avons li­bé­ré le per­son­nel à risque pour le pro­té­ger. Ceux qui conti­nuent de tra­vailler portent leurs gants de sé­cu­ri­té, car ils peuvent se bles­ser avec les ob­jets conton­dants qu’ils col­lectent. Ils les changent plus ré­gu­liè­re­ment, tout comme leurs vê­te­ments, qui passent au la­vage plus sou­vent que d’ha­bi­tude.»

«Nous veillons à ce que les bons gestes soient res­pec­tés», as­sure Sté­phane Beau­di­not, chef du Ser­vice de la pro­pre­té ur­baine à Lau­sanne. Du gel dés­in­fec­tant a été mis à dis­po­si­tion du per­son­nel, et les tra­vailleurs à l’ar­rière du ca­mion sont de toute fa­çon à une dis­tance de 2 mètres l’un de l’autre. «Les char­geurs ont la consigne de ne plus en­trer dans la ca­bine avec le chauf­feur», ajoute le res­pon­sable. «De toute ma­nière, on ne touche pas les sacs en plas­tique, seule­ment les contai­ners dans les­quels ils se trouvent», in­dique Frédéric Bom­ba, chef d’équipe de la pro­pre­té ur­baine à Morges.

Re­non­cer au tri

Au ni­veau de la Con­fé­dé­ra­tion, des re­com­man­da­tions sup­plé­men­taires con­cer­nant l’éli­mi­na­tion des or­dures mé­na­gères ont été émises le 19 mars der­nier. Elles de­mandent à la po­pu­la­tion de pla­cer dans de pe­tits sacs en plas­tique fer­més par un noeud les masques, mou­choirs, ar­ticles hy­gié­niques et ser­viettes en pa­pier im­mé­dia­te­ment après avoir été uti­li­sés, puis de pla­cer ces sa­chets dans un sac taxé.

«Les mé­nages dans les­quels se trouvent des per­sonnes ma­lades ou en qua­ran­taine doivent re­non­cer au tri usuel du PET, de l’alu, du pa­pier, etc., ajoute le do­cu­ment. Ces dé­chets doivent être éli­mi­nés avec les or­dures mé­na­gères afin d’évi­ter toute trans­mis­sion du vi­rus par ce biais. Il en va de même pour les dé­chets verts et le com­post, qui doivent eux aussi être je­tés avec les or­dures mé­na­gères.» «Nous n’avons au­cun moyen de sa­voir si tout le monde ap­plique bien ces re­com­man­da­tions», re­grette Mi­chel Ma­gnin, chef d’ex­ploi­ta­tion des dé­chets ur­bains et de la pro­pre­té à Nyon. Le res­pon­sable s’in­quiète pour la san­té des membres de son équipe et le risque in­hé­rent d’être en sous-ef­fec­tif. «On a mis huit per­sonnes vul­né­rables à l’ar­rêt pour les pro­té­ger. Rien que pour Nyon, on a be­soin de quinze per­sonnes sur le ter­rain. Pour pal­lier les éven­tuels ma­lades, on a mis en place un tour­nus, avec neuf per­sonnes qui res­tent à l’abri à la mai­son et qui iront tra­vailler la se­maine pro­chaine pen­dant que quinze autres sont sur le ter­rain.» Il manque donc dé­jà, en l’état, six per­sonnes, alors que, comme le chef d’ex­ploi­ta­tion le rap­pelle, «ra­mas­ser les or­dures est une né­ces­si­té pour évi­ter no­tam­ment que d’autres ma­la­dies ne se ré­pandent». Mu­ni­ci­pal à Pen­thé­réaz, Laurent Droz fait par­tie des vo­lon­taires qui ef­fec­tuent le ra­mas­sage des dé­chets une fois par se­maine dans son vil­lage de 420 âmes. «À l’échelle de ma com­mune, ce­la ne m’in­quiète pas de faire la tour­née, té­moigne-t-il. Mais pour les équipes en ville, ça doit être stres­sant. Sur­tout que les dé­chets à col­lec­ter sont en sen­sible aug­men­ta­tion, en­vi­ron 20% de plus que d’ha­bi­tude se­lon mon constat, puisque les gens res­tent à la mai­son et en­gendrent plus d’or­dures.»

Manque d’an­ti­ci­pa­tion

Du cô­té des syn­di­cats, l’in­quié­tude et l’aga­ce­ment se mé­langent. «On a eu énor­mé­ment d’ap­pels la se­maine der­nière de la part de ces em­ployés, in­forme Ma­ria Pe­dro­sa, se­cré­taire syn­di­cale pour la com­mune de Lau­sanne au SSP (le Syndicat des ser­vices pu­blics). Les tra­vailleurs de la voi­rie ne sont pas ras­su­rés.»

Le constat est sem­blable sur La Côte. «Ce per­son­nel est très ex­po­sé puis­qu’il est po­ten­tiel­le­ment en contact di­rect avec le vi­rus, dans les or­dures, s’in­quiète Le­ti­zia Piz­zo­la­to, en charge de la com­mune de Nyon au SSP. Les em­ployés qui nous ap­pellent re­grettent le manque de consi­dé­ra­tion des au­to­ri­tés pour le tra­vail qu’ils four­nissent et leur san­té.»

Le syndicat conçoit par­fai­te­ment bien que le per­son­nel mé­di­cal et hos­pi­ta­lier soit prio­ri­taire sur la ques­tion des masques. «Pour nous, les em­ployeurs pu­blics n’ont pas suf­fi­sam­ment an­ti­ci­pé et pris la me­sure de la si­tua­tion. Ils n’ont sur­tout pas as­sez pris au sé­rieux les risques en­cou­rus par les tra­vailleurs et en par­ti­cu­lier ceux qui col­lectent nos dé­chets.»

JOËLLE FABRE

Le SSP dit avoir re­çu de nom­breux ap­pels d’em­ployés de la voi­rie in­quiets.

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