24 Heures

Le siècle de Broulis

- Jérôme Cachin Rubrique Vaud & Régions

Le très Grand argentier a donc annoncé qu’il quitterait le gouverneme­nt vaudois à la fin de cette législatur­e, c’est-à-dire à la dernière seconde du mois de juin 2022. Ce départ, après vingt ans passés au Conseil d’État, lui a valu des hommages variés. Au PLR, les sentiments sont mêlés, mais le soulagemen­t domine. Maintenant qu’il est bientôt loin, il est facile pour ses groupies de dire qu’il aurait pu faire une législatur­e de plus. Les autres pensent qu’il en a fait une de trop, mais ils n’ont plus trop besoin de le dire.

C’est dans le journal «La Région» (Nord vaudois) du 20 août que la gerbe des hommages a été nouée avec la plus grande ferveur. On y déguste les envolées des autres stars de la politique nord-vaudoise. L’UDC Jacques Nicolet voit Pascal Broulis «tout en haut de la pyramide». Plus significat­if encore: le probable candidat Vert au gouverneme­nt, Vassilis Venizelos, le qualifie de «véritable homme d’État».

Quant à la ministre socialiste Cesla Amarelle, elle le décrit comme un «surdoué de la chose politique» et «quelqu’un de très généreux». Évidemment, tout individu voulant se faire élire ou réélire au Conseil d’État en 2022 a plutôt intérêt à manier l’encensoir pour celui qui avait réussi à réunir 60% des suffrages sur son nom.

Le fondateur du journal, Isidore Raposo, est aussi au rendez-vous de la chorale. «Dialoguer fait partie de sa nature profonde, tout comme partager et travailler en équipe», assure l’adorateur patenté du futur ex-ministre. L’attachemen­t sincère d’un témoin contempora­in est sans doute précieux. Mais on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même.

«Ce qu’il y a de pratique, avec les références antiques, c’est qu’elles sont suffisamme­nt mortes et enterrées pour qu’on puisse y puiser une variété de leçons nimbées de sagesse, sans trop prendre de risque.»

Ainsi, le 19 août, lorsqu’il commente son départ dans «Le Temps», le futur ex-conseiller d’État explique: «Périclès a été élu dix-sept fois de suite… avant de mourir de la peste. Le peuple est souverain, c’est à lui que revient de choisir ses dirigeants et de les reconduire autant de fois qu’il le souhaite.»

Périclès? Cet homme politique athénien du Ve siècle av. J.-C. avait plus d’une corde à son arc. Ce qu’il y a de pratique, avec les références antiques, c’est qu’elles sont suffisamme­nt mortes et enterrées pour qu’on puisse y puiser une variété de leçons nimbées de sagesse, sans trop prendre de risque. Périclès réélu dix-sept fois de suite? Peut-être, mais la durée de chaque mandat était d’une année… Les Vaudois d’aujourd’hui feront le calcul.

Certes, l’expression «le siècle de Périclès» s’est imposée comme un synonyme de ce cinquième siècle avant notre ère dans l’antiquité grecque. C’est dire l’importance du bonhomme. Mais les historiens ont largement eu le temps de se lancer dans des controvers­es. Périclès s’est-il imposé par le seul effet de sa longévité en politique et son populisme? Ou plutôt par son goût des travaux monumentau­x et sa promotion de la démocratie? Le jeu de la référence antique est donc aussi à double tranchant.

Pascal Broulis s’est parfois adonné à l’approximat­ion historique. Personne ne lui en voudra pour ça. En juin encore, il expliquait devant le congrès de son parti comment il fallait aborder les élections au Grand Conseil l’an prochain. «Je rêve que nous ayons à nouveau une liste jeune PLR: 150 jeunes, 150 seniors, ça veut dire 300 personnes. C’est un peu les 300 Spartiates dans cette bataille mythique de Leonidas, le président Buffat à sa tête. Finalement une réussite. En tout cas des perspectiv­es.»

Il ne leur a pas dit (mais s’en souvenait-il?) que les 300 Spartiates et Leonidas se sont tous fait trucider à la fin de cette «bataille mythique».

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