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Les talibans affirment avoir pris le contrôle de la vallée du Panchir

Vingt ans après l’assassinat du «Lion du Panchir», le clan du commandant Massoud subit un coup dur. Les talibans ont annoncé lundi contrôler la totalité de la vallée.

- Margaux Benn

La vallée, enclavée et difficile d’accès, à 80 km au nord de Kaboul, était le dernier foyer d’opposition armée aux talibans. Peter Maurer, président du CICR, est arrivé dans le pays.

C’était le dernier recoin du pays qui échappait encore au contrôle des talibans: le Panchir, province du centre de l’Afghanista­n, où quelques irréductib­les affrontaie­nt les assauts des extrémiste­s. Cette vallée qui, selon la légende, n’aurait jamais été capturée au cours des siècles est tombée aux mains des talibans. «Notre pays est désormais sorti du marasme de la guerre», se félicitait lundi le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid.

Pendant la nuit, de violents affronteme­nts ont terrassé les combattant­s du Front national de résistance (FNR) menés par Ahmad Massoud, fils du célèbre commandant Ahmad Shah Massoud, surnommé le «Lion du Panchir» et qui y affronta les talibans dans les années 90. En sous-nombre, dépassés par les offensives talibanes incessante­s depuis quelques jours, les combattant­s du FNR – dont les effectifs ne dépasserai­ent guère les quelque 2000 hommes – avaient pourtant requis dimanche soir un cessez-le-feu.

Leur demande n’a pas été entendue et, dans les heures qui ont suivi, le FNR a subi de lourdes pertes. Parmi elles, le général Abdoul Wudod Zara (neveu d’Ahmad Shah Massoud), ainsi que le porte-parole Fahim Dashty, célèbre journalist­e afghan qui avait rejoint le FNR lors de sa création deux ans plus tôt. Dans les années 90, il avait combattu aux côtés du commandant Massoud et échappé de peu à la mort, le 9 septembre 2001, lorsque des membres d’AlQaïda avaient fait exploser une caméra piégée, tuant le commandant Massoud deux jours avant les attentats du 11 septembre. Son visage coiffé d’un pakhol, chapeau traditionn­el, inonde les réseaux sociaux où l’on rend hommage au reporter devenu maquisard.

L’appel de Massoud

Le FNR, pourtant, nie avoir perdu la bataille: le compte Twitter officiel du mouvement a fait savoir lundi que «les allégation­s des talibans en ce qui concerne leur occupation du Panchir étaient fausses. Les forces du FNR sont présentes sur tous les points stratégiqu­es de la vallée et continuero­nt à se battre.» De son côté, Ahmad Massoud, dont on ignore où il se trouve, affirme: «Nous sommes au Panchir et notre résistance continue.» Sur Facebook, cet officier formé à l’académie mi

litaire britanniqu­e de Sandhurst appelle les Afghans à se mobiliser à travers le pays contre les talibans.

«Malgré son manque d’expérience, le jeune Massoud a pu s’établir comme un personnage charismati­que, qui tranche avec la vieille garde corrompue. Il peut compter sur le soutien non seulement des membres de sa propre ethnie tadjike, mais également sur bon nombre d’autres Afghans opposés aux talibans; notamment les Hazaras, ethnie minoritair­e et chiite, particuliè­rement ciblée par les extrémiste­s sunnites», analyse Omar Sadr, professeur associé en sciences politiques à la prestigieu­se Université américaine de Kaboul, avant que celle-ci n’ait dû fermer ses portes lors de la prise de pouvoir des talibans.

«Voyons s’il parviendra à convaincre les Afghans de se soulever en masse contre le nouveau régime taliban», conclut-il. Ahmad Massoud est secondé par Amrullah Saleh, vice-président du gouverneme­nt déchu et président par intérim autoprocla­mé. Cet ancien chef des services secrets afghans, qui a passé l’essentiel de sa carrière à traquer les talibans, est considéré comme l’éminence grise du FNR.

Les talibans ont fait savoir, à travers leur porte-parole, que les habitants du Panchir n’avaient rien à craindre d’eux. Pourtant, dans de nombreuses provinces, des témoignage­s relayés par des organisati­ons de défense des droits humains comme Human Rights Watch font état de nombreuses exactions, qui visent en particulie­r les anciens employés gouverneme­ntaux et des forces armées afghanes ou étrangères. Sans compter que, lors d’une conférence de presse lundi matin, Zabihullah Mujahid a mis en garde quiconque envisagera­it de s’opposer au règne des talibans: «L’Émirat islamique (ndlr: nom officiel que se donne le mouvement) est très susceptibl­e au sujet des insurrecti­ons. Quiconque tente de créer une insurrecti­on sera durement réprimé», a-t-il annoncé.

La victoire des talibans au Panchir, si elle demeure encore disputée, semble inéluctabl­e. Ils en sont convaincus: deux nuits plus tôt, après que le mouvement eut conquis de vastes territoire­s de la province, des centaines de militants à Kaboul avaient tiré des rafales d’armes automatiqu­es dans les airs pendant près d’une heure, pour célébrer – avec un peu d’avance – leur mainmise sur l’intégralit­é du pays.

«Voyons si Ahmad Massoud parviendra à convaincre les Afghans de se soulever en masse contre le nouveau régime taliban.»

Omar Sadr, professeur associé en sciences politiques à l’Université américaine de Kaboul, avant que celle-ci n’ait dû fermer ses portes

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Des hommes du Front national de défaite face aux talibans. Le FNR
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AFP résistance antitaliba­n dans la vallée du Panchir, mercredi passé, quelques jours avant leur affirme que ses troupes continuent à se battre.
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