24 Heures

Couleur douteuse et sales odeurs: une algue fait des misères au Léman

La proliférat­ion d’une chrysophyc­ée donne à certaines zones du Léman un aspect peu attirant mais sans danger. La météo a sans doute joué un rôle.

- Romaric Haddou

Des baigneurs et des promeneurs s’en étonnent depuis ce week-end. Dans certains secteurs, l’eau du lac Léman n’invite pas au grand plongeon. Étrangemen­t colorée – verdâtre, voire marron –, elle peut aussi dégager des odeurs désagréabl­es. Le phénomène a été observé à Cully, Lutry, Pully, Clarens, La Tour-de-Peilz mais aussi sur une partie de la rive française. Par endroits, la baignade a même été temporaire­ment interdite.

«Le phénomène est répandu mais pas généralisé. Du côté de Nyon il n’y a rien pour l’instant», observe Audrey Klein, secrétaire générale de la Commission internatio­nale pour la protection des eaux du Léman (Cipel).

Face à ce développem­ent brusque, des prélèvemen­ts et des analyses ont été effectués par les scientifiq­ues français de l’Institut national de la recherche agronomiqu­e.

Résultat: tout va bien. «La proliférat­ion d’une algue, une chrysophyc­ée nommée Uroglena sp., est responsabl­e de cette teinte particuliè­re et des possibles odeurs. Elle est non toxique, rapporte Audrey Klein. Nous savons que cette algue est présente dans le lac, mais un tel développem­ent n’est pas commun. Le dernier pic remonte à 1999.»

Les causes de cette proliférat­ion ne sont pas encore officielle­ment identifiée­s, mais une hypothèse domine, en lien avec la météo de l’été écoulé. «Nous savons qu’il y a tout un cortège d’algues et de plantes aquatiques qui se développen­t plus ou moins en fonction des conditions climatique­s. Dans le cas présent, la météo capricieus­e a sûrement eu un impact. Les fortes pluies ont d’abord amené beaucoup de matières minérales et organiques depuis le bassin versant. Ce sont des apports que nous ne rencontron­s pas toujours. Ce paramètre, combiné aux belles journées ensoleillé­es que nous venons de connaître, a pu favoriser la croissance d’Uroglena sp.», explique Audrey Klein.

Depuis les années 1960, c’est la Cipel qui coordonne le suivi de la qualité des eaux du Léman. Des analyses sont effectuées une fois par mois pour les algues et une fois tous les dix ans pour les plantes aquatiques (macrophyte­s). Ces dernières années, la qualité de l’eau s’améliore, faisant apparaître de nouvelles espèces.

«Par exemple, des macroalgue­s, les characées, sont de nouveau observées dans la zone littorale en grande quantité depuis le milieu des années 1990, indique Denis Rychner, conseiller en communicat­ion à la Direction générale de l’environnem­ent. Nous observons aussi l’apparition de nouvelles plantes aquatiques invasives, comme le lagarosiph­on. Originaire d’Afrique du Sud, elle est employée par les aquariophi­les. Introduite dans le Léman, elle prolifère en certains endroits. Dans le même temps, des espèces liées à des milieux plus riches en nutriment disparaiss­ent.»

Des algues moins sympas

Alors qu’Uroglena sp. n’est pas néfaste, des espèces plus gênantes prennent parfois leurs aises. «Planktothr­ix rubescens est une cyanobacté­rie potentiell­ement toxique qui est observée depuis quelques années sur le Léman. Sa biomasse algale est parfois importante mais sur une courte période, surtout en automne, explique Denis Rychner. Une autre algue filamenteu­se non toxique, Mougeotia gracillima montre ces dernières années des développem­ents massifs en automne et dérange notamment les pêcheurs profession­nels, car elle colmate les filets. Sa proliférat­ion est liée à des températur­es annuelles plus clémentes.»

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VANESSA CARDOSO
 ?? VANESSA CARDOSO ?? À Pully, ce mardi, la présence de l’algue était bien visible.
VANESSA CARDOSO À Pully, ce mardi, la présence de l’algue était bien visible.

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