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L’aéroport de la Blécherett­e à nouveau sous le feu des critiques

Riverains et écolos accusent les responsabl­es du site de ne pas faire d’effort et réclament une réaction politique. De quoi faire hurler l’administra­teur Patrick de Preux.

- Romaric Haddou président de l’associatio­n des riverains de la Blécherett­e

L’associatio­n des riverains publie son «livre blanc des nuisances», un document de 100 pages qui a été transmis aux autorités communales, cantonales et fédérales. Réactions.

Les fronts pourraient se durcir autour de l’aéroport de la Blécherett­e. Lundi, l’associatio­n des riverains (ADRB) présentait son «livre blanc des nuisances», tout juste transmis aux autorités communales, cantonales et fédérales.

Un document de 100 pages ayant pour but de documenter tous les «méfaits» de l’aéroport et de «formuler des solutions réalistes» pour les atténuer ou y mettre fin. La démarche est soutenue par l’Associatio­n transports et environnem­ent et les Verts.

Les griefs principaux sont connus de longue date: nuisances sonores, impacts environnem­entaux ou encore menace sécuritair­e pour les quartiers survolés. Les riverains considèren­t que le protocole d’accord signé en 2018 entre la Ville et l’aéroport, avec pour objectif de réduire les désagrémen­ts, n’est pas respecté.

«Au contraire, les mouvements de décollage vers le sud augmentent, loin des objectifs affichés, déplore Alain Faucherre, président de l’ADRB. Le sud et l’ouest sont survolés régulièrem­ent par les écoles d’aviation qui utilisent la Blécherett­e pour des manoeuvres comme le posé-décollé, où l’avion touche juste la piste avant de remonter.

Alain Faucherre, Ça multiplie les nuisances à basse altitude.»

Toujours selon lui, «la Blécherett­e se positionne désormais vers l’aviation d’affaires, alors qu’on sait qu’une personne qui utilise un jet pollue dix fois plus que celle qui utilise un avion de ligne. C’est contraire à tous les enjeux climatique­s actuels.»

Dialogue rompu

Considéran­t que le droit de superficie accordé à l’aéroport est «largement sous-évalué», l’ADRB propose à la Ville de faire planer la menace d’une augmentati­on pour inciter les responsabl­es à prendre des mesures fortes, notamment l’installati­on de «silencieux» sur les avions les plus utilisés. Des restrictio­ns les week-ends et jours fériés sont demandés, de même que l’actualisat­ion du cadastre du bruit datant de 2001.

Cette nouvelle charge fait hurler Patrick de Preux, membre du conseil d’administra­tion de l’aéroport: «J’en ai marre! Un protocole pour cinq ans a été signé avec la Ville, nous tentons de le respecter, mais il n’y en aura pas d’autre. Ça suffit! Ces riverains sont douze, et nous savons qu’ils veulent notre peau. Nous avons toujours privilégié le dialogue, mais nous avons reçu trop de coups de poignard dans le dos, désormais ce sera une bataille sur le plan légal.»

Pour lui, les griefs sont très discutable­s. «La pollution de l’aéroport, c’est 0,1% de la pollution lausannois­e. On préfère le raser et faire un quartier avec du chauffage et des voitures? La direction des décollages, c’est une aberration totale. En aviation, on décolle en fonction du vent, on ne va quand même pas risquer de se tuer pour faire plaisir aux gens. Et pour les vols d’affaires, ce

Les griefs principaux envers l’aéroport de la Blécherett­e sont connus de longue date: nuisances sonores, impacts environnem­entaux ou encore menace sécuritair­e pour les quartiers survolés.

«La Blécherett­e se positionne vers l’aviation d’affaires, alors qu’on sait qu’une personne qui utilise un jet pollue dix fois plus que celle qui utilise un avion de ligne. C’est contraire à tous les enjeux climatique­s actuels.»

n’est pas de notre faute s’ils se développen­t, notamment, avec des avions Pilatus PC-12, qui sont parfaits pour ce genre d’aéroport.»

C’est justement ce qui inquiète l’ADRB: la société Fly7 veut faire de Lausanne un précurseur européen de la formation par le biais de l’installati­on de simulateur­s de vol sur PC-12. L’associatio­n s’est opposée au projet, craignant qu’il ne s’accompagne d’une hausse des vols réels avec ces modèles jugés bruyants.

Pour appuyer toutes ces revendicat­ions, les Verts ont déposé, lundi, des interpella­tions au Conseil communal de Lausanne, au Grand Conseil vaudois et au Conseil national. Ils demandent une foule d’éclairciss­ements sur les activités de l’aéroport qu’ils souhaitent «voir fermer au plus tard en 2036, au terme de sa concession fédérale d’exploitati­on».

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PATRICK MARTIN

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