24 Heures

Prison à vie requise contre le meurtrier de Samantha, à Cheyres

- Benjamin Pillard

L’accusé, un Genevois de 25 ans, a tué son amie d’enfance en novembre 2017. Il était passé aux aveux le surlendema­in de la découverte du corps en janvier 2018. Verdict mercredi.

Le procès du jeune Genevois qui avait tué son amie d’enfance en 2017 s’est tenu ce lundi à Granges-Paccot (FR). Son mobile n’apparaît pas clairement.

Prison à vie. C’est la peine requise ce lundi par le procureur général adjoint Raphaël Bourquin à l’encontre du Genevois de 25 ans à l’origine de la mort de son amie Samantha à Cheyres (FR), en novembre 2017. Le représenta­nt du Parquet fribourgeo­is a retenu l’assassinat, et non le meurtre.

L’accusé était jugé à Granges-Paccot (FR), également pour l’infraction d’actes d’ordre sexuel commis sur une personne incapable de résistance, subsidiair­ement atteinte à la paix des morts.

«Il a agi avec une absence totale de scrupules, c’est tout simplement monstrueux. Sa culpabilit­é est extrêmemen­t lourde: c’était un piège sordide, savamment orchestré. Un acte inhumain», a asséné Raphaël Bourquin. Et de qualifier le réquisitoi­re livré ce jour de «l’un des plus terribles» de sa carrière.

Un prétexte pour l’attirer

L’accusé, ami d’enfance de la jeune femme, n’était passé aux aveux que le surlendema­in de la découverte du corps dans un marais de Cheyres (FR), en janvier 2018 – soit deux mois après son forfait. C’était en vue d’un transport de cannabis contre paiement que le tueur l’avait convaincue de le rejoindre dans cette commune de la Broye, où il était domicilié et travaillai­t comme aide-cuisinier.

Un prétexte, en réalité, a fait savoir l’accusé ce lundi. Face à lui, posé sur une chaise par des proches de la victime, un grand portrait de feu Samantha. Il assure l’avoir fait venir afin de lui «mettre un coup de pression pour la faire parler», au sujet d’une tromperie d’ordre financier. «Mettre en oeuvre un plan pareil pour obtenir de l’argent par-derrière… La façon dont elle s’est investie là-dedans pendant deux ans m’a impression­né», a-t-il lancé.

Des messages échangés entre les deux Genevois attestent que les quelque 10’000 francs remis à Samantha durant les dix-huit mois qui ont précédé le drame par celui qui était aussi trafiquant de stupéfiant­s visaient à toucher un héritage de la mère de la victime, prétendume­nt décédée. En contrepart­ie de cette avance de

«Si mon client a commis l’irréparabl­e, son acte n’est pas le fait d’un monstre, mais d’un jeune adulte, plutôt esseulé, abandonné.»

Me Telmo Vicente, défenseur du tueur

frais, la jeune femme lui avait promis de lui remettre le tiers, soit 450’000 francs.

Puis, six mois avant le crime, la jeune femme lui avait écrit qu’elle ne toucherait finalement que 500 francs. «Quand elle est revenue à la charge en juillet, j’avais toujours l’espoir que cet héritage tombe», déclare l’accusé, bien qu’aucun message ne prouve une nouvelle relance à ce sujet.

Relation «bizarre»

L’aide-cuisinier jure n’avoir eu aucune autre intention le soir de l’homicide. En tout cas pas de convaincre son amie d’enfance d’avoir un rapport sexuel avec lui et/ou d’emménager avec lui dans un appartemen­t de la région. Au printemps 2017, l’homme avait pourtant dit à Samantha «vouloir avancer» avec elle. Ce à quoi l’intéressée a répondu qu’elle éprouvait elle aussi «sûrement plus que de l’amitié» pour lui, sans être pour autant prête à coucher avec lui.

«On a toujours eu cette relation bizarre», a lancé le Genevois face aux cinq juges du Tribunal pénal de l’arrondisse­ment de la Broye. Et d’ajouter: «C’est une fille qui m’a largement aidé financière­ment pendant l’adolescenc­e, elle m’a passé bien plus d’argent que ce que je lui ai donné.» Il dit avoir ressenti «une certaine colère» lorsqu’il a découvert, trois mois avant son crime, que la mère de Samantha était en fait toujours en vie: «Je n’allais plus pouvoir offrir quelque chose à ceux qui en ont besoin avec cet héritage.»

Pour Raphaël Bourquin, le mobile sentimenta­l – avoir été potentiell­ement éconduit le soir du drame – serait le moins invraisemb­lable. Le procureur général adjoint se dit surtout convaincu que le tueur a abusé sexuelleme­nt de sa victime: elle avait été retrouvée le bas du corps dénudé et le soutien-gorge coupé sur le devant. L’auteur l’aurait assommée à l’aide d’un maillet, entravée avec des serre-câbles, traînée au sol sur plus de 60 mètres puis attachée à un arbre.

Autant de sévices infligés alors que Samantha était peut-être encore en vie; un témoin a dit avoir entendu un cri dans le secteur deux heures après l’arrivée de la

Genevoise à Cheyres. Les légistes ne sont pas parvenus à trancher entre une mort par hypothermi­e ou par noyade.

Meurtre plaidé

«Si mon client a commis l’irréparabl­e, son acte n’est pas le fait d’un monstre, mais d’un jeune adulte, plutôt esseulé, abandonné», a lancé le défenseur de l’accusé, Me Telmo Vicente, dans une brève plaidoirie d’une quinzaine de minutes. Il demande que le meurtre soit retenu – qualificat­ion moins lourde que l’assassinat. Selon lui, il pourrait s’agir d’un homicide involontai­re dans le cas d’une noyade survenue lorsque le Genevois ligotait Samantha dans une eau qui lui arrivait à mi-mollets.

«Ma fille est détruite depuis qu’elle a perdu son enfant unique: elle a failli plusieurs fois se donner la mort, confie la grand-mère de la jeune femme devant la Cour. Durant l’année 2018, on l’a retrouvée plusieurs fois dans le cimetière, couchée sur la tombe de Samantha.»

Le tueur présumé, pour sa part, explique ainsi la raison pour laquelle il n’a pas écrit à la famille de la victime depuis les faits: «S’excuser d’un tel acte, caché derrière une feuille de papier, c’est bien plus insultant qu’autre chose. Comme un manque de respect.»

Le verdict sera rendu ce mercredi.

 ?? FLORIAN CELLA ?? Le corps de la victime avait été découvert en janvier 2018 dans ce marais de Cheyres (FR).
FLORIAN CELLA Le corps de la victime avait été découvert en janvier 2018 dans ce marais de Cheyres (FR).
 ?? DR ?? L’accusé assure qu’il n’avait pas l’intention de supprimer son amie lorsqu’elle l’a rejoint, en novembre 2017.
DR L’accusé assure qu’il n’avait pas l’intention de supprimer son amie lorsqu’elle l’a rejoint, en novembre 2017.
 ?? DR ?? Le jeune tueur a été emmené en fourgon à l’issue de l’audience à Granges-Paccot.
DR Le jeune tueur a été emmené en fourgon à l’issue de l’audience à Granges-Paccot.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland