ICÔNE

Pour qui veut me­ner la ba­taille sur le ter­rain du style, au­jourd’hui aus­si stra­té­gique que la force in­dus­trielle, les en­jeux sont du cô­té des icônes.

Bilan - Luxe - - Sommaire - Cris­ti­na d’agos­ti­no et My­ret Za­ki

Leur pou­voir est au coeur des en­jeux du luxe

Au-de­là de la simple re­con­nais­sance, l’icône est au­jourd’hui vi­tale pour les grands noms. Formes, codes cou­leurs, ma­té­riaux, les si­gna­tures de marque sont om­ni­pré­sentes dans le dis­cours des pa­trons de l’hor­lo­ge­rie en 2018. Car les crises suc­ces­sives qui ont fra­gi­li­sé les ex­por­ta­tions ces 20 der­nières an­nées ont obli­gé les marques hor­lo­gères à bâ­tir ou conso­li­der l’éter­nel. Les Oys­ter, Royal Oak, Speed­mas­ter, Por­tu­guese, San­tos, Na­vi­ti­mer, Lu­mi­nor, Car­re­ra, Nau­ti­lus et bien d’autres ont pour beau­coup été in­ven­tées au siècle pas­sé. L’icône, cet em­blème du style ex­pri­mé en quelques courbes, ce concen­tré du dis­cours li­sible dans la fi­nesse d’un guillo­ché, le tou­cher d’un maillon ou le tran­chant d’une lu­nette, est de nou­veau au centre des pou­voirs. Les grandes mai­sons en ont toutes. Mais les gar­der à flot ne suf­fit plus. Il faut au­jourd’hui l’es­prit vi­sion­naire qui sau­ra en ex­traire les sym­bo­liques pour en in­ven­ter de nou­velles, sans can­ni­ba­li­ser les fi­gures du pas­sé. Une mai­son, Car­tier, dont le ca­pi­tal ico­nique est par­ti­cu­liè­re­ment puis­sant, vient de nom­mer à la tête de ses créa­tions hor­lo­gères un nou­veau stra­tège. Ren­contre avec une femme qui veut re­le­ver le dé­fi. Ma­rie-laure Cé­rède a le sens du vo­lume et une vi­sion. Des pré­re­quis plu­tôt fon­da­men­taux pour une di­rec­trice de créa­tion. Mais c’est peut-être son tou­cher ex­pert, dé­ve­lop­pé grâce à la sculp­ture, et sa cu­rio­si­té très forte pour les arts qui com­plètent sa ca­pa­ci­té hors normes à com­prendre, puis trans­cen­der les codes de la mai­son. Car face aux cen­taines de marques hor­lo­gères qui oc­cupent le pay­sage hor­lo­ger suisse et qui chal­lengent constam­ment les en­seignes his­to­riques sur leur ca­pa­ci­té à in­no­ver au coeur de la mé­ca­nique, les grandes mai­sons doivent gar­der une lon­gueur d’avance sur le ter­rain des icônes et du style. N’ac­cède donc pas qui veut au temple de la créa­tion chez Car­tier.

______Ma­rie-laure Cé­rède a ga­gné ses ga­lons, au fil de ses créa­tions. Sa car­rière, com­men­cée chez Car­tier en 2002 comme pro­duct ma­na­ger de la di­vi­sion hor­lo­ge­rie, lui ouvre les portes de la connais­sance de l’ar­ti­sa­nat, des codes de la marque. Elle y ad­mire la fi­gure de Jeanne Tous­saint, icône in­car­née de Car­tier. Elle y com­prend aus­si toute l’im­por­tance du client, au centre de chaque ré­flexion. Puis, elle part re­joindre en 2005 une autre marque, Har­ry Wins­ton, pour y di­ri­ger les créa­tions hor­lo­gères et joaillières jus­qu’en 2015. « Car­tier est res­tée ma mai­son de coeur. Lors­qu’il y a dix-huit mois, on m’a pro­po­sé de la re­joindre à nou­veau, j’ai très vite ac­cep­té. Chez Car­tier, il n’y a pas be­soin d’ajou­ter des formes dé­co­ra­tives. Nous sommes ra­di­caux dans nos pro­pos, c’est-à-dire en­ga­gés créa­ti­ve­ment. La si­gna­ture doit être re­con­nais­sable, en un trait. C’est l’in­tui­tion qui parle. Mais il est clair que l’on ba­lance constam­ment entre le fait de ré­in­ter- pré­ter des icônes et le fait d’ins­tal­ler de nou­velles si­gna­tures. » Mais est-ce pour au­tant le tra­vail d’une seule per­sonne ? « J’at­tache une grande im­por­tance à la créa­tion col­lec­tive. L’équipe est com­po­sée de douze per­sonnes, entre Pa­ris et Ge­nève, ain­si que la ma­nu­fac­ture que nous in­té­grons dans notre pro­cess créa­tif. Le des­sin, le concept de base se fait plu­tôt à Pa­ris, car c’est le siège de nos archives et le sens sty­lis­tique de Car­tier est in­ti­me­ment lié à la ville elle-même, à son ar­chi­tec­ture, grande source d’ins­pi­ra­tion. Nous créons des pièces très ar­chi­tec­tu­rées, une tra­di­tion liée à la nais­sance des pre­mières icônes Car­tier. Une par­faite connais­sance du pas­sé est in­dis­pen­sable. » De­puis quelques an­nées, la mai­son Car­tier pro­pose une re­vi­site des grandes icônes, à chaque nou­velle col­lec­tion. L’an­née der­nière, la pan­thère re­trou­vait de la vi­gueur, cette an­née, c’est la ligne San­tos, pre­mière mon­tre­bra­ce­let ico­nique de la mai­son. Ma­rie-laure Cé­rède : « Pour pro­cé­der de ma­nière réus­sie, il faut se po­ser des ques­tions es­sen­tielles, à sa­voir quelles sont les va­leurs qui nous im­portent au­jourd’hui et que veut-on trans­mettre ? Avec la San­tos, nous sou­hai­tons of­frir l’élé­gance vi­sion­naire de la marque, sa mo­der­ni­té, son er­go­no­mie. Mais est-ce que l’on in­fluence pour au­tant les codes de la marque ? Je di­rais qu’on les étire. Mais leur re­con­nais­sance doit être im­mé­diate. » Plus af­fran­chie, la col­lec­tion Car­tier libre amène des de­si­gns qui bou­le­versent l’exis­tant et mettent en lu­mière un sa­voir- faire no­va­teur. La montre pan­thère ou la ligne bai­gnoire ont été par­ti­cu­liè­re­ment re­mar­quées : « Créer quelque chose de fon­da­men­ta­le­ment nou­veau est tou­jours une pré­oc­cu­pa­tion chez nous. Car­tier libre nous le per­met. »

« Nous créons des pièces très ar­chi­tec­tu­rées, une tra­di­tion liée à la nais­sance des pre­mières icônes Car­tier »

La montre pan­thère « Cette pièce est com­po­sée de 900 billes d’or qui vont gra­duel­le­ment tom­ber sur le ca­dran, des­si­nant une pan­thère. Cette tech­nique a été ex­trê­me­ment com­plexe à mettre en place. Des études très poin­tues ont été me­nées sur le tom­ber des billes, avec sen­sua­li­té et de ma­nière fluide sur le ca­dran. Elle re­flète la dé­marche de la mai­son: la tech­nique doit être au ser­vice du de­si­gn. »

La Crash ra­dieuse «Nous l’avons «re­cra­shée», c’est-à-dire que nous avons gra­vé plu­sieurs fois sa forme à la main et, par un ef­fet hyp­no­tique de jeux vi­suels, «l’ac­ci­dent» semble plus ex­trême que l’ori­gi­nal.»

La bai­gnoire L’interdite «Nous vou­lions éro­ti­ser le poi­gnet.»

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