Faut-il lire les mé­dias russes comme «Rus­sia To­day»?

Bilan - - La Une - PAR MYRET ZA­KI

Rt, la chaîne dis­rup­tive. C’était le thème de l’in­ter­ven­tion d’An­na Bel­ki­na, ré­dac­trice en chef ad­jointe de Rus­sia To­day (RT). Ve­nue de Mos­cou, elle a dé­bat­tu le 26 avril avec des jour­na­listes ro­mands au châ­teau de Cop­pet (GE), à l’in­vi­ta­tion de Fre­de­rik Paul­sen, consul gé­né­ral ho­no­raire de la Fé­dé­ra­tion de Russie. « L’in­for­ma­tion n’est pas quelque chose d’ob­jec­tif, ne l’a ja­mais été, et au­jourd’hui moins que ja­mais», a-t-il lan­cé en pré­am­bule. Eric Hoes­li, an­cien ré­dac­teur en chef du Temps, au­jourd’hui jour­na­liste et pro­fes­seur, a évo­qué en in­tro­duc­tion un «cli­mat de po­li­tique in­ter­na­tio­nale ex­trê­me­ment agres­sif, fait de dis­cours bel­li­queux, d’ac­cu­sa­tions graves, de me­sures mi­li­taires et de ba­na­li­sa­tion de dé­cla­ra­tions in­sul­tantes de la part de res­pon­sables gou­ver­ne­men­taux». Mo­dé­rant la table ronde, il a sou­hai­té une «dis­cus­sion se­reine» au su­jet du «nou­veau champ de ba­taille» qu’est de­ve­nue l’in­for­ma­tion, pré­lude à une «guerre plus vaste qui ne dit peut-être pas en­core son nom». Dans cette ba­taille de l’in­for­ma­tion, un ac­teur fait beau­coup par­ler de lui: Rus­sia To­day, une chaîne de té­lé­vi­sion fi­nan­cée par le Gou­ver­ne­ment russe. Lan­cée il y a treize ans, la chaîne, re­bap­ti­sée RT, est de­ve­nue de­puis mon­diale. Une chaîne qui dé­range net­te­ment dans cer­tains mi­lieux po­li­tiques et mé­dia­tiques d’Eu­rope et des Etats-Unis.

«Nous nous consi­dé­rons comme une chaîne dis­rup­tive, a com­men­cé An­na Bel­ki­na.

Nés en 2005, nous avons au­jourd’hui 8 chaînes, en 6 langues, 100 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs heb­do­ma­daires dans

47 pays, en hausse de 33% en deux ans. Nous avons

190 mil­lions de vi­si­teurs par mois sur le site et sommes la pre­mière chaîne TV de news sur YouTube, avec plus de 5 mil­liards de vues.» Jus­qu’ici, sou­ligne An­na Bel­ki­na, le monde avait une seule voix prin­ci­pale vers la­quelle se tour­ner pour s’in­for­mer des af­faires du monde, la voix oc­ci­den­tale, in­car­née par de puis­santes chaînes comme CNN et BBC. «Nous avons vou­lu of­frir une pers­pec­tive al­ter­na­tive sur l’ac­tua­li­té mon­diale, faire en­tendre des voix dif­fé­rentes, dé­fier les nar­ra­tifs éta­blis.»

L’in­for­ma­tion est le nou­veau champ de ba­taille. «Les mé­dias russes ap­portent un re­gard com­plé­men­taire aux mé­dias oc­ci­den­taux», plaide An­na Bel­ki­na, de la chaîne de TV russe RT.

Perte de confiance

Elle es­time que le suc­cès de RT est ve­nu du fait que nombre de ci­toyens per­daient confiance dans les «mé­dias mains­tream». «Les gens sa­vaient que le monde était un peu plus com­plexe que ce qui était trop sou­vent pré­sen­té comme blanc ou noir. Les in­fos ne reflétaient pas ce qu’ils voyaient au quo­ti­dien tout près de chez eux, et leurs voix n’étaient pas en­ten­dues. La réa­li­té est que la de­mande était là avant même l’ar­ri­vée de RT.»

Comme nombre de mé­dias eu­ro­péens ou américains se pré­valent ou­ver­te­ment, sur leur site web, de por­ter la voix de leur pays, elle es­time que RT «com­plète la vi­sion du monde.» Mal­heu­reu­se­ment, ob­serve-t-elle, la chaîne ren­contre une vive ré­sis­tance aux Etats-Unis et en France, où elle est dé­criée et me­na­cée de fer­me­ture «par ceux-là même qui donnent des le­çons de li­ber­té d’ex­pres­sion à la Russie». Ces com­por­te­ments ne font que per­pé­tuer, as­sure-

«LES IN­FOS DES «MÉ­DIAS MAINS­TREAM» NE REFLÉTAIENT PAS CE QUE LES GENS VOYAIENT AU QUO­TI­DIEN TOUT PRÈS DE CHEZ EUX»

Eric Hoes­li, fin connais­seur de la Russie, et An­na Bel­ki­na, ré­dac­trice en chef ad­jointe de la chaîne RT In­ter­na­tio­nal.

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