Pu­bli­ci­tas: mau­vaise nou­velle pour la presse!

Bilan - - Un Oeil Sur Les Médias - PAR ROMAINE JEAN

L’agence pu­bli­ci­tas a dé­po­sé son bi­lan et c’est, à l’échelle du mar­ché des mé­dias, l’équi­valent d’un groun­ding. Une me­nace sup­plé­men­taire pour la presse ré­gio­nale et les pe­tits jour­naux, qui n’avaient pas be­soin de ce­la! La fin d’une époque, sans que l’on sache quelle se­ra la sui­vante. Ain­si donc la ré­gie par qui tout pas­sait, l’en­tre­prise ré­pu­tée in­sub­mer­sible, comme Swis­sair à l’époque, s’est ef­fon­drée comme un châ­teau de cartes. On la sa­vait en dif­fi­cul­té, un plan de sau­ve­tage était en cours et puis… la fin! Comment en est-on ar­ri­vé là? Comment ex­pli­quer la chute de celle qui fut lea­der de la pub en Suisse, de l’adresse de toute per­sonne à la re­cherche d’un emploi, d’une lo­ca­tion, de toute en­tre­prise sou­cieuse d’une cam­pagne pu­bli­ci­taire à l’échelle na­tio­nale.

Pu­bli­ci­tas, lea­der de la com­mer­cia­li­sa­tion pu­bli­ci­taire, affiche en­core fiè­re­ment le site de l’en­tre­prise! La dé­ci­sion prise en avril par les grands édi­teurs, Ta­me­dia (édi­teur de Bi­lan), Rin­gier Axel Sprin­ger, Ad­mei­ra, NZZ, AZ Me­dia et Romandie Com­bi, de se re­ti­rer, avec ef­fet im­mé­diat, avait si­gné l’ar­rêt de mort de la ré­gie. Re­tard de paie­ment. C’est peu dire! Le re­fus du plan de sau­ve­tage et la ra­pi­di­té du dé­pôt de bi­lan laissent au­gu­rer d’une si­tua­tion bien plus grave que celle que pres­sen­tie.

Sauve-qui-peut gé­né­ral

Pu­bli­ci­tas tombe pour n’avoir pas su ou pas pu an­ti­ci­per l’ef­fon­dre­ment du mar­ché pu­bli­ci­té, as­pi­ré par les géants du net et les pla­te­formes nu­mé­riques des grands édi­teurs. Ceux-ci se sont tous équi­pés de leur propre ré­gie. La vieille ins­ti­tu­tion de ré­fé­rence est de­ve­nue, au fil du temps, in­utile.

En at­ten­dant de sa­voir ce qu’il en reste, c’est le sauve-qui-peut gé­né­ral, avec plaintes, com­man­de­ments de payer et longues pro­cé­dures à la clé. On ne sait pour l’heure ce qui pour­ra en être re­ti­ré et à quelle échéance.

Cette faillite n’est pas comme une autre et, pour cer­tains titres ré­gio­naux, c’est une ca­tas­trophe. Des mois d’ar­rié­rés de paie­ment, qui pour­raient ame­ner à des fer­me­tures ou à de nou­velles me­sures d’économie.

Le Jour­nal du Ju­ra, en ré­gie ex­clu­sive avec Pu­bli­ci­tas de­puis 120 ans, ar­ti­cule le chiffre de cen­taines de mil­liers de francs qui man­que­ront cette an­née au bud­get. L’heb­do­ma­daire Le Ré­gio­nal, por­té à bout de bras par une équipe de jour­na­listes pro­fes­sion­nels et in­dé­pen­dants, en est aus­si pour des di­zaines de mil­liers de francs d’ar­rié­rés. Si ce titre de­vait dis­pa­raître, qui pu­blie­ra des édi­tions spé­ciales sur les comptes des com­munes de La­vaux, de la Ri­vie­ra ou du Cha­blais, qui évo­que­ra l’ac­tua­li­té cultu­relle, so­ciale de la ré­gion, qui don­ne­ra une voix à ses ha­bi­tants? Un vrai service public.

Pour l’heure, cha­cun s’est or­ga­ni­sé dans l’ur­gence pour gé­rer le pas­sage et épon­ger l’ar­doise, mais la perte d’une ré­gie pu­bli­ci­taire cen­trale pé­na­li­se­ra en­core un peu plus des ré­dac­tions dé­jà sur le fil du ra­soir. Elle ac­cen­tue­ra aus­si sans doute le pas­sage à la pu­bli­ci­té nu­mé­rique.

«La faillite de la ré­gie pu­bli­ci­taire pé­na­li­se­ra en­core un peu plus des ré­dac­tions dé­jà sur le fil du ra­soir»

Un dé­sert po­li­tique

La fin de Pu­bli­ci­tas est dé­ci­dé­ment une très mau­vaise nou­velle. Elle l’est d’au­tant plus qu’elle s’ins­crit dans un dé­sert po­li­tique en ma­tière mé­dia­tique. Et le sort ré­ser­vé à l’ATS, en crise pro­fonde, ne laisse hé­las pré­sa­ger rien de bon. Après avoir fait mine de s’en émou­voir, une com­mis­sion du Na­tio­nal a re­fu­sé les maigres deux mil­lions d’aide di­recte qui avaient été pro­mis. L’agence qui ar­rose d’un ta­pis de nou­velles l’en­semble de la presse et par­ti­cu­liè­re­ment les pe­tites ré­dac­tions a dé­jà ré­duit sa voi­lure.

La prise de conscience des dan­gers qui me­nacent la presse n’au­ra du­ré que le temps d’une cam­pagne Billag. On avait sou­li­gné alors l’im­por­tance de mé­dias in­dé­pen­dants, forts, et di­ver­si­fiés. Qu’en se­ra-t-il lorsque sub­sis­te­ront, aux cô­tés de la SSR, que quelques grands édi­teurs?

romaine jean est jour­na­liste, di­rec­trice de la com­mu­ni­ca­tion pour Sion 2026 et pré­si­dente de la Fon­da­tion Hi­ron­delle.

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