Ma­riage de dupes

Bilan - - Décryptage - PAR JOAN PLANCADE

LA­FAR­GEHOL­CIM Emoi à Pa­ris, avec la fer­me­ture des bu­reaux du géant fran­çais du ci­ment La­farge dans la ca­pi­tale: 97 li­cen­cie­ments à la clé et le ra­pa­trie­ment d’ac­ti­vi­tés au siège d’Hol­cim en Suisse: les noces cé­lé­brées en 2015 ont ache­vé de tour­ner à la prise de contrôle hel­vé­tique.

Bien sûr, on peut ar­guer des dif­fi­cul­tés de La­farge, em­pê­tré dans un scan­dale de col­la­bo­ra­tion avec Daesh en Sy­rie.

Bien sûr, les dés étaient pi­pés à la base, puisque l’échange d’ac­tions s’était sol­dé par

53% du nou­veau conglo­mé­rat dé­te­nu par les ac­tion­naires du ci­men­tier suisse.

Mais force est de consta­ter que le ma­riage entre égaux ne marche pas. Quand l’opé­ra­tion n’avorte pas, elle bas­cule né­ces­sai­re­ment d’un cô­té.

To­tal a en­ter­ré Elf et Daim­ler pha­go­cy­té Ch­ris­ler, Jür­gen Schrempp, pré­sident de Daim­ler, avouant même avec cy­nisme dans le «Fi­nan­cial Times» que l’em­ploi des mots «fu­sion entre égaux» ré­pon­dait à des mo­ti­va­tions d’ordre «psy­cho­lo­gique.» Un jeu de dupes en somme.

Car l’in­dus­trie est af­faire de pou­voir et non de ma­riage. Si une OPA (offre pu­blique d’achat) réus­sie marque la fin d’une guerre, l’OPE (offre pu­blique d’échange) n’en an­nonce que le dé­but. L’op­por­tu­ni­té de prendre le contrôle d’un concur­rent pour pas un franc, quand une OPA se se­rait sol­dée par des mil­liards de dé­penses, reste une oc­ca­sion in­es­pé­rée. Alors que les Fran­çais étaient à la pa­rade, les Suisses four­bis­saient leurs armes. D’au­tant plus que le contraste est sai­sis­sant avec l’OPA man­quée de Saint-Go­bain sur Si­ka. Le groupe fran­çais dé­bour­se­ra au fi­nal plus de 3 mil­liards… mais le chi­miste suisse res­te­ra maître chez lui.

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