Se­lon Marc Fa­ber, «Mon­naie pleine» est une er­reur

Ren­con­tré quelques jours avant la vo­ta­tion sur l’ini­tia­tive po­pu­laire, le fi­nan­cier Marc Fa­ber la dé­nonce: elle don­ne­rait «en­core plus de pou­voir à ceux qui ont créé la crise fi­nan­cière».

Bilan - - Sommaire - PAR DA­NIEL ESKENAZI

«LES BANQUES CEN­TRALES NE SONT PAS TO­TA­LE­MENT IN­DÉ­PEN­DANTES COMME ELLES LE PRÉTENDENT»

Cé­lèbre pour sa lettre fi­nan­cière in­ti­tu­lée «Gloom, Boom & Doom Re­port», le gou­rou de la fi­nance Marc Fa­ber cri­tique l’ini­tia­tive po­pu­laire «Mon­naie pleine». Se­lon lui, elle veut at­tri­buer le contrôle de la mon­naie au gou­ver­ne­ment.

L’ini­tia­tive «Mon­naie pleine» vise à ga­ran­tir le mo­no­pole de la créa­tion mo­né­taire à la BNS. Les banques com­mer­ciales ne pour­raient plus créer de la mon­naie élec­tro­nique comme c’est le cas au­jourd’hui. Que pen­sez­vous de cette pro­po­si­tion?

La dis­cus­sion sur le sys­tème mo­né­taire est bien­ve­nue, mais il y a beau­coup de mal­en­ten­dus sur la ma­nière de me­ner des ré­formes. Une par­tie du dé­bat a lieu en rai­son de la crise fi­nan­cière de 2007 et 2008. Mais elle ré­sulte des ban­quiers cen­traux qui n’ont pas fait leur tra­vail. Ils au­raient dû res­ser­rer leur po­li­tique mo­né­taire beau­coup plus tôt. Je ne blâme pas tel­le­ment la BNS sur cette ques­tion, mais la fonc­tion d’une banque cen­trale est de su­per­vi­ser le sys­tème fi­nan­cier, contrô­ler la quan­ti­té et la qua­li­té de sa mon­naie. Les ban­quiers cen­traux n’ont pas été vi­gi­lants et n’ont pas réa­li­sé les chan­ge­ments qui se pro- dui­saient sur les mar­chés fi­nan­ciers au ni­veau de la ti­tri­sa­tion des prêts. Ils ont lais­sé les cré­dits aug­men­ter et ont pen­sé qu’une bulle im­mo­bi­lière aux Etats-Unis se­rait fa­vo­rable à la crois­sance éco­no­mique.

Au­jourd’hui, cette ini­tia­tive veut don­ner en­core plus de pou­voir à ceux qui ont créé la crise fi­nan­cière, ce qui est une mau­vaise idée. En fait, elle veut at­tri­buer le contrôle de la mon­naie au gou­ver­ne­ment. Je consi­dère que les banques cen­trales en font par­tie. Elles ne sont pas to­ta­le­ment in­dé­pen­dantes comme elles le prétendent. Je suis un éco­no­miste des mar­chés et en fa­veur du sys­tème ca­pi­ta­liste. Je ne peux pas être fa­vo­rable à cette ini­tia­tive. Par ailleurs, je par­tage le point de vue du gou­ver­neur cen­tral Tho­mas Jor­dan qui ne dé­sire pas avoir plus de pou­voir.

Les pro­mo­teurs de l’ini­tia­tive es­timent qu’en ex­cluant les banques com­mer­ciales de la créa­tion de mon­naie, les crises fi­nan­cières pour­raient être évi­tées. Par­ta­gez-vous leur avis?

Non, en fait je pense que si on les ex­cluait, les crises fi­nan­cières se­raient en­core pires. En fait, le sau­ve­tage du hedge fund LTCM en 1998 a mon­tré que des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières peuvent être sau­vées par les ban­quiers cen­traux en cas de pro­blème. C’est ce qui s’est pas­sé avec Mer­rill Lynch, AIG qui était ac­com­pa­gné de Gold­man Sachs. Et, en fait, via Gold­man Sachs, le mar­ché en­tier des dé­ri­vés a été sau­vé. Je com­prends les pro­mo­teurs de l’ini­tia­tive po­pu­laire qui es­timent que les banques cen­trales n’au­raient pas dû sau­ver les banques. C’est vrai, elles au­raient dû les lais­ser faire faillite. En fait, je se­rais plus fa­vo­rable à un sys­tème où les épar­gnants peuvent par exemple re­ce­voir leur sa­laire sur un compte ban­caire to­ta­le­ment en sé­cu­ri­té. Il se­rait sé­pa­ré des ac­ti­vi­tés des banques d’in­ves­tis­se­ment qui im­pliquent au­jourd’hui, dans une cer­taine me­sure, des tran­sac­tions ris­quées avec l’ar­gent des épar­gnants.

Si le oui l’em­porte, la BNS dé­ci­de­ra du mon­tant glo­bal du cré­dit dont l’éco­no­mie au­ra be­soin comme le veut l’ini­tia­tive. Comment évo­lue­ront

les taux d’in­té­rêt en Suisse?

Si l’ini­tia­tive était ac­cep­tée, ce­la n’au­rait pas beau­coup d’im­pact sur les taux d’in­té­rêt en Suisse. L’en­vi­ron­ne­ment mon­dial a beau­coup plus d’in­fluence. Mais de toute fa­çon, la pro­ba­bi­li­té que le oui l’em­porte est proche de zé­ro.

Marc Fa­ber: «Il y a beau­coup de mal­en­ten­dus sur la ma­nière de me­ner des ré­formes».

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